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Le prétexte

Le prétexte
Photo Journal de Quebec, Simon Clark

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Le premier ministre refuse de prononcer le mot «austérité». Le second budget de son gouvernement est pourtant dangereusement austère. Un chiffre marque le pas de l’austérité libérale plus que tous les autres: 1,2 %.

Alors que la moyenne annuelle «normale» est de 4 %, la réduction radicale du taux de croissance des dépenses de programmes à 1,2 % ne couvre même pas les «coûts de système». Traduction: les compressions seront massives.

C’est ce qu’on appelle affamer les services publics. Y compris pour les «missions essentielles» de l’État. En santé, la hausse ne sera que de 1,4 % et en éducation, d’à peine 0,2 %.

À ce compte, le gouvernement Couillard ne coupe plus dans le seul «gras» de la bureaucratie. Il enfonce le bistouri dans l’os et le muscle.

Les dommages collatéraux seront réels. Les services publics pâtiront. Le recours au privé s’accentuera d’autant. L’équité sociale, déjà malmenée, en prendra pour son rhume. Le gouvernement privera aussi une économie déjà fragile de son propre apport.

La saignée

«Pourquoi Philippe Couillard préfère-t-il les scénarios catastrophiques à la réalité objective?»

Depuis son élection, Philippe Couillard brandit l’épouvantail d’une catastrophe financière si le déficit zéro n’est pas atteint dès cette année. Or, il n’y a pas péril en la demeure.

Les agences de notation sont silencieuses. Les taux d’intérêt sont minuscules. Le déficit du Québec est parmi les plus bas au pays.

C’est pourquoi Pierre Fortin, un économiste qui n’est pourtant pas de l’école «progressiste», conseille fortement d’étaler l’atteinte de l’équilibre budgétaire sur trois ans. Question de ne pas plomber la relance et de préserver la qualité des services. Ce que le gouvernement refuse de faire.

Pourquoi Philippe Couillard préfère-t-il les scénarios catastrophistes à la réalité objective? Parce que derrière l’austérité se cache une vision politique très précise. Celle d’un État appelé à jouer un rôle de moins en moins important dans l’économie et la redistribution de la richesse.

Crier au «mur» budgétaire sur lequel on ne fonce pourtant pas n’est qu’un prétexte à une réduction majeure du rôle de l’État.

Puisque les mots ont encore un sens, cette vision a un nom: le néolibéralisme. Au Québec, cette vision s’installe lentement depuis deux décennies. Ce qui distingue le gouvernement actuel de ses prédécesseurs est qu’il enfonce le pied sur l’accélérateur.

Vous avez dit «surplus»?

Combien de Québécois se bouchent le nez parce qu’ils espèrent que le déficit zéro dégagera des surplus pour de meilleurs services publics? Une belle illusion.

Dans les faits, M. Couillard s’est engagé à investir d’éventuels surplus non pas dans les services, mais pour des baisses d’impôts, le Fonds des générations et l’élimination graduelle de la taxe santé.

Pour une société vieillissante où de nombreux Québécois s’approchent aussi de la retraite sans le moindre fonds de pension, la réduction du rôle de l’État est le pire des scénarios. C’est pourquoi la pire des insultes à l’intelligence est d’entendre le gouvernement marteler qu’il coupe pour le bien des «générations à venir».

Comment s’étonner, alors, de voir les plus jeunes d’entre nous prendre la rue pour signaler leur refus d’un tel marché de dupes.

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