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Le fleuve Saint-Laurent n’échappe pas à la pollution par le plastique

Écologiste spécialiste des mammifères marins et du fonctionnement des écosystèmes de renommée internationale, Lyne Morissette s’entend au pire lorsque viendra le temps d’analyser les résultats recueillis d’ici la prochaine année dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent.
Photo courtoisie Lyne Morissette Écologiste spécialiste des mammifères marins et du fonctionnement des écosystèmes de renommée internationale, Lyne Morissette s’entend au pire lorsque viendra le temps d’analyser les résultats recueillis d’ici la prochaine année dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent.

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RIMOUSKI- Si la communauté internationale s’inquiète du «7e continent de plastique», cette immense plaque de déchets de la taille du tiers des États-Unis évoluant dans le nord de l'océan Pacifique, ce phénomène toucherait maintenant le golfe et le fleuve Saint-Laurent.

Si le sujet est peu documenté, des scientifiques veulent déterminer ses effets dévastateurs sur la faune marine.

Responsable du navire de recherches Roter Sand, l’école de voile à vocation environnementale ÉcoMaris de Rimouski profitera de sa participation à une mission du groupe français «Expédition 7e continent», financée par l’Union européenne et prévue en mai 2016 dans l’océan Atlantique, pour étudier l’étendue des débris de plastique qui s'accumulent dans les gyres du golfe et du fleuve du Saint-Laurent, ces gigantesques tourbillons d'eau formés d'un ensemble de courants marins.

Écologiste spécialiste des mammifères marins et du fonctionnement des écosystèmes de renommée internationale, Lyne Morissette s’attend au pire lorsque viendra le temps d’analyser les résultats recueillis d’ici la prochaine année.

«En effectuant une simple opération de nettoyage d’une berge sur le littoral de Rimouski avec des élèves d’une école primaire, nous avons amassé 300 kilos de particules de plastique en quelques heures. Imaginez ce qu’on pourrait récolter dans des filets servant à échantillonner de façon quantitative les microdébris présents dans le Saint-Laurent», indique-t-elle.

De la cigarette à la voiture

Constitués notamment de filtres de cigarettes, de bouchons de plastique, de contenants de nourriture ainsi que de morceaux de métal et de voitures, ces masses importantes de déchets se retrouvent inévitablement dans la chaîne alimentaire. Les oiseaux, les poissons et les mammifères marins ingurgitent des quantités astronomiques de plastique, qui se rendent jusqu’à l’humain.

«Lorsqu’on fait l’autopsie de baleines, il n’est pas rare de constater comment elles ont été contaminées par le plastique. Elles ne font pas la distinction par exemple entre le krill et des bouchons. On parle beaucoup de surpêche et changements climatiques, mais il faut maintenant se demander si les problèmes de certaines espèces dans le fleuve et dans le golfe ne sont pas directement reliés à ce phénomène», soutient Mme Morissette.

Urgence d’agir

Si la population comprend mieux l’importance de protéger le fleuve Saint-Laurent, la chercheuse de l’Université du Québec à Rimouski espère que les scientifiques recevront l’appui des gouvernements pour accumuler les données nécessaires permettant de mettre en perspective cette présence importante du plastique dans les eaux canadiennes.

«Nous devrons être créatifs pour trouver du financement, puisque la science n’est pas le département le plus populaire chez nos élus. Il faudra faire autrement en utilisant des bateaux de plaisanciers ou de gens préoccupés par la défense de l’environnement. L’important, c’est de ratisser le plus grand nombre de kilomètres de mer possible. On doit arrêter de croire que nous vivons dans une cloche de verre. Le plastique dans les océans est dorénavant reconnu comme un des grands enjeux mondiaux. Il y a une urgence d’agir rapidement», croit Lyne Morissette.