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Les CPE font un excellent boulot: il faut les multiplier !

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Dans une entrevue publiée ce jeudi, le Dr Gilles Julien des centres de pédiatrie sociale affirmait que l’État avait créé un éléphant blanc en mettant sur pied le réseau des CPE.

Autrement dit, les CPE s’avéraient, selon cette déclaration, une réalisation coûteuse et de peu d’utilité. Il n’y a pas d’autre signification à cette expression. Et il ajoutait: «On a démobilisé les familles. On leur a dit: Vos enfants, l’État va s’en occuper. Mais ça n’a pas de bon sens que le gouvernement s’occupe de nos bébés dans les garderies!»

Suite au tollé suscité par ses déclarations, le Dr Julien affirme avoir été cité hors contexte. Et, il se prononce clairement désormais contre les coupes budgétaires imposées aux CPE qui, dit-il, touchent directement nos enfants les plus vulnérables.

Les CPE font œuvre utile

Nous savons en effet, preuves scientifiques québécoises à l’appui, que les enfants de familles défavorisées qui ont fréquenté un CPE ont de 2,5 fois moins de risque de présenter un «retard» dans leur développement lorsqu’ils arrivent à l’école que les enfants qui ont fréquenté d’autres types de service de garde. Les CPE font un excellent boulot.

Mais, dit Gilles Julien, les enfants vulnérables qui profiteraient le plus de fréquenter les CPE n’y sont pas assez nombreux. Là-dessus, il a raison. Alors, si on convient que ce n’est pas en traitant les CPE «d’éléphant blanc» qu’on arrivera à corriger ce problème, que peut-on y faire?

Est-ce que retarder la création des places en CPE jusqu’en 2020 comme le projette le gouvernement actuel est la bonne solution? Est-ce qu’ouvrir toute grande la porte aux services de garde commerciaux est la bonne approche alors que le taux des plaintes y est trois fois plus élevé que dans les CPE et qu’on y retrouve un roulement annuel du personnel de 50 %?

Ne devrait-on pas miser sur ce que l’on a de mieux? Ne devrait-on pas multiplier rapidement la création de CPE là où sont les besoins les plus grands et offrir un accès gratuit, par exemple, aux familles éligibles au crédit d’impôt de solidarité? Vaut mieux chercher une solution qu’un coupable.

Les parents assument leurs responsabilités

Quant à cette supposée démobilisation des parents que l’État aurait encouragée en créant des services de garde éducatifs, je ne connais aucune donnée qui permettrait de soutenir une telle affirmation. Les CPE offrent la possibilité aux parents, en particulier aux mamans, de travailler et d’améliorer le sort économique de leur famille.

Cela s’est traduit par une réduction, entre 2000 et 2010, de 67 % de la pauvreté chez les familles avec enfants de 0-6 ans. Cela a aussi permis de réduire de 30 % qu’il était en 1991, à 12 % maintenant, le taux d’inscription des mères monoparentales à l’aide sociale. Ces parents ne sont pas démobilisés; c’est tout le contraire: ils assument pleinement leurs responsabilités.

Cependant, les données dont nous disposons témoignent davantage de jeunes parents qui se sentent coupables de ne pas offrir plus de temps à leurs enfants. Le problème de la conciliation travail-famille n’a pas encore été réglé convenablement, et c’est du côté de l’organisation, des horaires de travail et du transport qu’il faudrait regarder, me semble-t-il.

Les CPE ne sont pas une cour des Miracles.