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J'ai dîné avec Monsieur Parizeau

Jacques Parizeau
Photo d'archives

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C’était à l’été 2012. Nous étions réunis­­ dans un hôtel de Montréal, pour dîner avec Monsieur. De jeunes militants, des musiciens, des acteurs, des artistes de toutes sortes. On allait ­parler d’avenir, mais surtout écouter la personne qui était passée le plus près de réaliser notre rêve commun à tous, notre projet de société : l’indépendance­­.

C’était à l’été 2012. Nous étions réunis­­ dans un hôtel de Montréal, pour dîner avec Monsieur. De jeunes militants, des musiciens, des acteurs, des artistes de toutes sortes. On allait ­parler d’avenir, mais surtout écouter la personne qui était passée le plus près de réaliser notre rêve commun à tous, notre projet de société : l’indépendance­­.

Je me rappelle avoir été très intimidée. Monsieur était un homme de bonnes ­manières, avec un charisme, une stature ­imposante. Juste à y repenser, j’en tremble encore. À la fois impressionnée et, de voir cet homme octogénaire devant moi dans toute sa rigidité, ma foi, touchée.

J’ai pris place à table et monsieur Parizeau s’est mis à parler.

Il avait un si grand talent d’orateur et de pédagogue, que soudainement, je me suis sentie comme un génie. Je comprenais tout. L’économie québécoise, notre système d’éducation, notre histoire, le pourquoi nous en sommes là, les décisions politiques et leurs conséquences, tout. Il simplifiait tout.

Il me rappelait mon professeur d’histoire Normand Guèvremont. Un homme qui expliquait les choses avec une telle passion et une telle clarté qu’il réussissait à nous faire sentir plus intelligents et plus instruits que nous ne l’étions réellement. Lorsque le cancer l’a emporté trop tôt, j’étais peinée, pas seulement parce qu’on perdait l’homme et son savoir, mais surtout son talent de le transmettre. Ce don unique que peu de personnes possèdent.

Comme pour Monsieur.

Trois idées

Au cours de ce dîner, j’étais si concentrée, fascinée, que j’ai retenu tout ce qui s’est dit, j’ai appris, et il y a trois choses qui me reviennent en tête chaque jour de ma vie.

C’est précieux, ça. Avoir le pouvoir de marquer les gens avec ses idées, jusqu’à les implanter dans leur tête, comme des guides de vie.

  • Pour être un bon premier ministre, il faut à la fois être capable d’aller prendre une bière avec Michel Chartrand et un scotch avec le président de la Banque Nationale au Ritz.
  • Pour être un bourgeois à 40 ans, il faut avoir été communiste à 19 ans.
  • On s’en fout si les gens en place sont de gauche ou de droite, l’important c’est qu’ils aient le cœur à la bonne place.

Il n’y a pas une journée qui passe sans que j’y pense. Ça me ramène à mon besoin­­ de vouloir changer les choses, pour vivre dans un monde qui me ressemble en vieillissant. De m’adapter et de m’ouvrir aux gens de tous les milieux. De me rappeler qu’on peut penser différemment de moi et avoir quand même de bonnes intentions.

Il y avait beaucoup de tolérance chez cet homme qu’on aime faire passer pour un ­intolérant. Beaucoup d’amour pour les siens et une vie entière à se consacrer à eux.

On parle beaucoup des 20 ans du référendum cette semaine. Et chaque fois que je ­revois des images, je suis attristée de voir qu’on abandonne souvent ces politiciens qui ont pensé à nous plutôt qu’à leurs intérêts personnels. Qu’on laisse souvent tomber les rêveurs, ceux-là mêmes qui ont bâti la ­société dans laquelle on vit. Comme si on ne voulait pas y croire.

Qu’on soit de gauche ou de droite, ­communiste ou bourgeois, fédéraliste ou séparatiste­­, on vit tous dans ce Québec que Parizeau a contribué à bâtir.

Espoir

Vingt ans après le référendum, j’espère ­encore, j’espère toujours.

Vous allez me dire que je prêche pour ma paroisse et que je suis aveuglée par mes idéologies.

Mais j’espère encore...

Parce que je ne crois pas au fatalisme.

Si l’on pense que tout est décidé d’avance, on reste chez soi.

On fait de la politique quand on y croit.

Et vous savez ça vient de qui ça? De qui j’ai appris ça? Parizeau ?

Non. Jean Charest.

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