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Rapport Payette : du grand n’importe quoi !

Pauline Marois, PQ, campagne, Dominique Payette
photo d’archives, simon clark

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Je viens de terminer la lecture des 50 pages de rapport de Dominique Payette sur les médias de Québec. C’est hallucinant. Voici mes réflexions à la lecture de ce document bâclé et affligeant, qui n’aurait même pas mérité la note de passage s’il avait été soumis par un étudiant inscrit au bac en communication..

 

1-L’auteure démolit à coups de pic la radio parlée de Québec... sans jamais donner un seul exemple. Pas un pour étayer sa thèse. Elle accuse la radio de faire du « bullying » de l’intimidation, d’être misogyne, anti-syndicale etc mais elle est incapable de donner un seul exemple concret.

Et ça se permet de faire la leçon aux journalistes ?

 

 

2-Madame Payette est une adepte de la théorie du complot. Lisez donc cet extrait du rapport : « Il est aussi plus rentable — parce que plus spectaculaire — de favoriser des positions polarisées et alarmistes sur tous les sujets, même si cela suggère qu’il n’y a de position possible que dans les extrêmes et non pas sur tout le spectre des opinions. Il ne faut donc pas perdre de vue qu’il est dans l’intérêt des propriétaires de médias parlés de répandre le plus possible les idées néoconservatrices qui privilégient l’entreprise privée et s’attaquent à l’impôt sur le revenu et aux services publics. « 

Alors si je vous comprends bien, les animateurs et chroniqueurs ne défendent pas leurs idées de droite ou de centre droite par conviction personnelle mais bien parce qu’ils sont un des rouages d’un vaste complot financier. Big Brother is on Quebec radios. Hou hou. Et c’est elle qui parle de climat de peur ?

 

3-Dans son rapport, Mme Payette affirme avoir écouté 75h de radio parlée (à CHOI, FM93 et NRJ)* pendant une semaine en février de cette année. Mais elle est incapable de citer une seule phrase pour étayer les affirmations suivantes :

« Certains propos tenus en ondes à Québec constituent en pra-tique du bullying. Insultes personnelles, transformation des noms de famille en propos grossiers, etc.

 

(...) Les propos antiféministes sont aussi très nombreux et il est évident qu’ici aussi la rhétorique des animateurs est de présenter les hommes d’aujourd’hui comme victimes des avancées des femmes et des autres minorités. (...) les mêmes prises de position qu’à Québec : idéologie de droite ultra individualiste, libertarienne même dans certains cas, niant le rôle bénéfique — ou même simplement utile — de l’État et des services publics, attaques personnelles : misogynie et antiféminisme, homo- phobie, racisme ; rancœur et hargne contre les intellectuels et les artistes décrits comme des parasites, et les universitaires décrits comme des snobs méprisant la classe moyenne, et les étudiants, des paresseux, enfants gâtés du système, etc ».

Soixante-quinze heures d’écoute Madame Payette et vous restez dans les généralités ? Vous n’avez pas noté une seule des phrases qui vous ont fait dresser les cheveux sur la tête ?

 

4-Le fameux climat de peur. Voici l’extrait crucial du rapport :

« Il faut bien se décider à appeler un chat un chat. On peut bien parler d’intimidation, de plaisanteries douteuses, de propos dévalorisants, ou même de comportement adolescent, la force de frappe des radios de Québec et son contenu dépréciatif atteignent des sommets difficiles à imaginer de l’extérieur. Ces propos, et leur mul-tiplication dans l’espace public par le relais que créent aujourd’hui les réseaux sociaux, entretiennent un régime de peur dans la région parmi toutes les personnes qui en sont victimes par elles-mêmes ou par leur groupe d’appartenance portant gravement atteinte à leur liberté d’expression. Parmi les groupes ciblés systématiquement : les personnes assistées sociales, Radio-Canada et les services publics, les musulmans pratiquants, les Autochtones, les artistes, les intellectuels, les personnes handicapées, les groupes communautaires, les féministes, les fonctionnaires du gouvernement du Québec, les représentants du mouvement étudiant... Il ne fait aucun doute à mes yeux désormais qu’il faut pouvoir remettre en question ce pouvoir trop absolu, arbitraire et autoritaire comme on le fait en démocratie de toutes les structures autocratiques. »

 

Toutes ces personnes et groupes ne devraient jamais être critiquées, jamais remises en question ? Il serait plus simple, Madame Payette, que vous envoyiez aux radios parlées la liste des sujets que votre Majesté les autorise à aborder.

 

5-L’anonymat

Voici un autre extrait du rapport : « Au cours de mes travaux pour cette étude, j’ai rencontré des porte-parole de groupes ciblés par les médias de Québec, vio- lemment pris à partie, verbalement par les contenus des radios, et aussi physiquement parfois, par des auditeurs devenus des mili- tants subjugués par ces propos. J’en ai conclu que la menace per-manente que ces agressions verbales font peser sur leur personne et leurs activités crée un climat de peur qui n’a pas sa place en démo- cratie.

 

 

Il n’est pas normal — ainsi que cela m’a été rapporté — que certains groupes et associations dans la région de la Capitale-Nationale ne puissent pas exercer leurs activités au grand jour par crainte d’être malmenés par les animateurs des radios et les commentateurs. Il n’est pas normal que des enfants s’en prennent à d’autres dans la cour d’école parce que leurs parents, militants syndicaux, sont la cible des animateurs en période de négociation de convention collective. « 

 

Le problème, c’est que Madame Payette ne cite personne. Qui sont ces groupes ? Combien de personnes a-t-elle rencontrées ? Comment a-t-elle vérifié la véracité de leurs propos ? Même pour une reportage banal dans un quotidien ce genre de déclarations à l'emporte-pièce, appuyé sur des sources anonymes, sans aucun détail documenté, ça ne serait pas acceptable. 

 

6-Les assistés sociaux

Extrait du rapport : « Il n’est pas normal non plus que le fait d’être bénéficiaire de l’aide sociale soit l’objet de quolibets et mène à la honte, à l’opprobre et à l’exclusion sociale. »

Si des gens se font traiter de BS, c’est à cause des radios parlées. Et comme chacun sait, à part à Québec, personne dans la province ne se fait traiter de BS. C’est un phénomène qui n’existe que dans la Capitale Nationale.  

 

 

7-Mais j’avoue que c’est lorsqu’elle parle de la gauche que Madame Payette m’a fait le plus rire.

Extrait du rapport : «  L’idée revient périodiquement : lancer des médias de gauche en réponse aux tirs des radios parlées de Québec. L’idée est difficilement viable pour plusieurs raisons. La première est que le style de ces médias — soit le dénigrement des adversaires, la dérision, l’humiliation de groupes sociaux — se conjugue mal avec une gauche qui se veut pédagogique et informative, et qui s’oppose à l’aliénation des populations que ces attitudes entraînent. »

 

Hahahaha ! La gauche est pure, aimante, douce, maternelle. La gauche est pédagogique et informative ! Elle ne se livre jamais à des attaques. Elle est bienveillante, compatissante, la gauche. Elle n’attaque jamais ses adversaires, la gauche. Elle ne s’abaisse jamais è des attaques personnelles. Misère, Madame Payette, enlevez vos lunettes roses !

 

 

 

 

8-Madame Payette devrait sérieusement songer à une carrière d’humoriste.  Vous vous demandez pourquoi il y a tant de publicités de chars dans les radios parlées ? Madame Payette a la réponse !

 

Extrait du rapport : « il est évident que certaines options éditoriales des radios soutiennent également si ce n’est franchement la position des commerçants, du moins leur intérêt. Les positions résolument pour l’utilisation de la voiture personnelle, par exemple, au détri- ment du transport en commun et des voies réservées, la posture climato-sceptique également répandue sur les ondes, si elles ne sont pas directement dictées par des concessionnaires automobiles, ne sont évidemment pas pour leur déplaire ».

 

 

 

9-Mais la proposition qui me fait le plus peur dans le rapport est la recommandation de la mise sur pied d’une ONG. Ben oui, on manquait justement de groupes dans le vaste organigramme du modèle québécois !

 

Extrait du rapport : « Que soit développée et soutenue une organisation citoyenne nationale non partisane de défense du journalisme de qualité pour faire de l’éducation aux médias, vaincre le fatalisme de la population face au contenu médiatique, et prendre le contrepied d’une information réduite au statut de marchandise. Cette ONG devra être indépendante et apte à mener des recherches et des enquêtes sur l’exercice du journalisme au Québec . »

 

 

 

10-Pourquoi Mme Marois a-t-elle confié le mandat de cette étude sur les médias de Québec a une candidate péquiste défaite ? Pourquoi l’a-t-elle de surcroit confié à quelqu’un qui a blamé les médias de Québec pour sa défaite ? Comme témoin objectif, on a déjà vu mieux.

 Pourquoi Mme Marois n’a-t-elle pas confié ce rapport à quelqu’un d’objectif, de neutre, un prof de médias qui n’a pas fait de politique et qui n’a pas une dent longue comme ça contre les médias mêmes qu’elle est censée observer ?

11-Dominique Payette et Madame Marois oublient-elles que les milliers qui ont servi à financer le rapport sont issus des « fonds de Pauline Marois au Ministère du Conseil exécutif du Québec », de fonds publics, donc fournis par l’ensemble des contribuables. Pas seulement les auditeurs de Radio-Canada et les lecteurs du Devoir. L’ensemble de la société civile. Quel culot, maintenant qu’elles ont dépensé notre fric, de ne divulguer les résultats du rapport et de ne commenter le rapport qu’avec leurs médias chouchous !

 

12-Dans le rapport, Mme Payette affirme que les radios de Québec s’en prennent aux groupes féministes. Oui, et puis ? On n’a pas le droit de critiquer le féminisme ? Je suis une fervente féministe, mesdames Payette et Marois. Pourtant, comme chroniqueuse à CHOI j’ai à plusieurs reprises critiqué soit la FFQ soit le Conseil du statut de la femme soit des féministes qui dérapaient.

Il n’y a pas un pan de la société qui est « protégée » intouchable. Ce n’est pas parce que vous êtes d’une couleur politique que vous avez le droit de nous censurer et de nous dire quels sont les sujets que l’on peut aborder et lesquels sont « hors limites ».

 

13-J’ai très hâte au rapport Payette sur les médias de Montréal. Sur les radios qui traitent les gens de Québec de mongol. Sur la radio privée où on joue au jeu « mort ou fif ». Sur le chroniqueur qui a traité Lise Ravary de dinde. Sur les médias qui penchent à gauche. Sur les auteurs d’essai de droite qui ne sont jamais interviewés à la radio d’État. Sur les animateurs qui diffament chaque semaine ceux qui ne pensent pas comme eux.

 

 

*une petite question ici. Si son rapport s’intitule L’information à Québec, pourquoi n’a-t-elle pas aussi analysé le contenu des émissions de Radio-Canada ? On aurait eu un point de comparaison... Comme une sorte de « groupe contrôle ». On aurait peut-être appris des choses étonnantes... Quand on fait un rapport sur un milieu donné, on étudie tous les composants de ce milieu. Pas juste ceux qui nous amusent.