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Ok, ok, je ferme mon cellulaire

Vous ne m’aurez pas avec la nostalgie du passé. Avec mon cellulaire, je ne suis plus jamais seule.

Ok, ok, je ferme mon cellulaire
illustration, marie-pier gagné

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Phrase que je répète un million de fois par jour. Oui, je pourrais vous faire une belle chronique ­moralisatrice, prônant les ­tendances «retour en arrière» et «c’était tellement mieux dans le bon vieux temps quand on se parlait dans des boîtes de conserves accrochées par un fil entre deux cabanes dans les arbres», mais NON.

Phrase que je répète un million de fois par jour. Oui, je pourrais vous faire une belle chronique ­moralisatrice, prônant les ­tendances «retour en arrière» et «c’était tellement mieux dans le bon vieux temps quand on se parlait dans des boîtes de conserves accrochées par un fil entre deux cabanes dans les arbres», mais NON.

Je sais ce qu’est la solitude, mon ami.

Je me rappelle du passé.

Je sais ce que c’est que de déménager à chaque trois ans, changer de ville, d’amis, d’école.

De partir refaire ma vie à l’autre bout du monde, de parcourir des rues, sans le sous, seule, avec personne pour partager ne serait-ce que la beauté d’un paysage.

N’avoir aucun contact et attendre que la vie, tout bonnement, me porte vers les bonnes personnes.

Courir vers une cabine téléphonique pour faire un appel à frais viré pour parler à ses parents.

Mon lecteur CD qui saute, mon ­appareil photo jetable qui fait des horribles photos.

Fuck le bon vieux temps.

Dans ma poche, mes artistes ­préférés.

Des photos de mon réveillon de Noël.

La photo d’un sourire. Un sourire que j’aime.

Ma propre face. Oui, ma face. Prise par moi-même. Parce qu’y’a jamais personne qui nous prend en photo, ­ciboire, avouez-le donc.

Des textos...

De bonnes nouvelles. Un enfant est né. Un nouveau contrat. Un je t’aime inattendu.

Des textos...

De mauvaises nouvelles. Qu’on prend le temps d’encaisser.

Un «Ça va pas» qui nous fout la trouille en un centième de seconde.

«Qu’est-ce qui se passe.»

Des mots tristes...mais par écrit, ­personnellement, ça me donne la force de les encaisser. Les mots sont encore plus tristes dans une voix cassée par la peine. Les mots écrits sont plus doux.

Lorsque les voyages me manquent, j’ai la plus belle vidéo du monde de la côte du ­Pacifique qui me propulse instantanément dans les vagues qui m’ont bercée.

J’ai ma mère qui peut maintenant me ­bombarder de ses inquiétudes à tout ­moment.

Un papa et des mentors qui peuvent me ­répéter des «Tout va s’arranger».

Tous ces amis drôles qui s’efforcent de me faire rire.

Tous ces gens que je traîne dans ma poche.

Une chanson de Sofia Nolin qui me berce quand j’ai le cafard.

Une recette qui me dépanne quand je ­cuisine pour un garçon.

Des cartes qui m’aident à me retrouver lorsque je suis perdue dans le milieu de nulle part.

Au bout du doigt, la réponse à toutes mes questions. Il fait combien dehors? Est-ce que le Canadien a gagné? C’était en quelle année déjà la révolution culturelle chinoise? Je veux tout savoir et j’ai toutes les réponses dans la paume de ma main.

Dans mon téléphone: mon journal, ma ­musique, ma famille, mes amis, le monde.

Vous ne m’aurez pas avec la nostalgie du passé, où celle que j’étais, seule et ­maladroite, n’arrivait pas à en faire autant dans une journée.

Avec lui, je ne suis plus jamais seule. Et si je le suis, je peux faire comme dans le bon vieux temps: composer un numéro, appeler une amie que je pourrais regarder droit dans les yeux, toucher, écouter.

Et qui après une heure ou deux, va me crier après: LÂCHE TON MAUDIT ­CELLULAIRE.

 

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