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Doper la nation

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Rares ont été ceux surpris par les conclusions d’une enquête indépendante menée par l’Agence mondiale antidopage concernant un dopage systématique des athlètes russes encadré par le gouvernement de Vladimir Poutine. Leurs performances stupéfiantes aux derniers Jeux olympiques de Londres et de Sotchi laissaient planer peu de doutes sur le fait qu’ils ne fonctionnaient pas à l’eau claire.

Ce dopage étatique de la part de l’État russe n’est guère surprenant, compte tenu de l’héritage laissé par la période soviétique. À l’époque de la Guerre froide, les compétitions sportives permettaient alors à cette superpuissance aux pieds d’argile d’affirmer à la face du monde la supériorité de l’homo sovieticus et de l’idéologie marxiste-léniniste. Pour ceux qui en doutaient encore, le sport est et demeure une composante fondamentale de l’affirmation identitaire des nations et aucun peuple n’échappe à cette règle.

Affirmer sa supériorité

Le soccer est probablement le sport qui a généré le plus d’études sur le sujet. Les victoires de la France à la Coupe du monde et à l’Euro respectivement en 1998 et en 2000 ont fait dire aux élites politiques et intellectuelles qu’elles représentaient la supériorité de son modèle d’intégration des immigrants. En effet, cette équipe métissée au visage «Black-Blanc-Beur» était selon ces derniers l’incarnation parfaite du creuset républicain et du fait que des individus d’origines ethnoculturelles diverses pouvaient œuvrer ensemble à la grandeur de la nation. À l’inverse, ces spécialistes ont pointé du doigt l’image très blanche des joueurs de la Mannschaft allemande comme étant le symbole qu’un immigrant turc ne pourrait jamais devenir un citoyen allemand de plein droit.

« Les athlètes ne sont que de simples instruments au service d’une cause supérieure »

Le sport est également une arme politique de choix dans les sociétés plurinationales comme la nôtre. La formation de l’équipe masculine de hockey à l’occasion des Jeux olympiques constitue un bon exemple. Dans le passé, les souverainistes ont souvent déclaré que les athlètes québécois étaient sous-représentés et que cette situation montrait de façon éclatante le traitement politique injuste du Québec au sein de la fédération canadienne.

L’instrumentalisation des athlètes

Dans ce petit jeu, il est clair que les athlètes deviennent de simples instruments au service d’une cause supérieure, et ce, souvent contre leur gré. Cela fut le cas lors du mondial de 1974 lorsque l’Allemagne fédérale affronta en phase préliminaire l’équipe est-allemande. Ce match représentait davantage qu’une simple confrontation footballistique. Il s’agissait évidemment d’une occasion permettant à l’un de ces régimes d’affirmer sa supériorité.

L’équipe de l’Allemagne de l’Est remporta alors le match grâce à un but marqué par Jürgen Sparwasser qui devint alors contre son gré un héros national et l’incarnation du brave prolétaire supérieur à l’infâme capitaliste décadent de l’Ouest.

N’étant plus en mesure d’assumer un tel rôle de soutien à un régime qu’il détestait, celui-ci a décidé de faire défection en Allemagne de l’Ouest en 1988. L’instrumentalisation des athlètes est malheureusement la norme dans le monde du nationalisme. Parlez-en à Maurice Richard...

Il est évidemment malheureux que des centaines d’athlètes russes aient participé à ce dopage étatique soutenu par le régime de Vladimir Poutine. Soyons toutefois conscients que ces derniers ne sont que de simples pions dans un jeu global dans lequel toutes les nations participent.

 

 

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