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La négligence des élus

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Le rapport de la commission Charbonneau n’aura finalement pas été la bombe tant attendue. Le désaccord entre les commissaires sur le lien entre le financement des partis politiques et la corruption a volé la vedette. Mais entre les lignes du rapport, un constat grave se défile.

La corruption et la collusion ont régné grâce à la négligence d’élus et de ministères. Ils ont fermé les yeux et fait la sourde oreille, alors que les solutions leur étaient déjà connues. Cette négligence s’est faite aux dépens des contribuables, dont les clans mafieux vidaient discrètement les poches.

Actions concrètes

Pourquoi peut-on dire qu’il y a eu négligence? Parce que la crise politique qui a entouré la commission Charbonneau a soudainement donné lieu à bon nombre d’actions concrètes. Des actions entreprises bien avant le dépôt, mardi, des recommandations.

Par exemple, la commission Charbonneau recommande la fondation d’une Autorité des marchés publics pour encadrer l’octroi des contrats. Cette mesure permettrait de dépolitiser ces processus, de les isoler de certains fonctionnaires et élus, incapables de distinguer leur propre intérêt de celui du contribuable.

Or, l’Autorité des marchés financiers avait déjà été chargée d’une partie de la tâche en 2012. Il y a quelques jours à peine, le gouvernement Couillard a dévoilé son intention de créer un poste de commissaire aux contrats publics. Lui qui s’était pourtant déjà dressé contre un projet d’agence, comme le suggère Charbonneau. Pourquoi a-t-on eu besoin de lui tordre le bras?

Expertise

La Commission met aussi le doigt sur un autre problème bien connu. Dans plusieurs ministères qui octroient des contrats, l’expertise est insuffisante. Les ingénieurs manquent.

Cela laisse trop de pouvoir aux consultants externes et aux entrepreneurs mal intentionnés. Une nouvelle Autorité des marchés publics permettrait de regrouper l’expertise en un seul lieu, et de la valoriser. Le gouvernement du Québec serait ainsi plus efficace pour scruter à la loupe les octrois de contrats, y compris dans les municipalités.

Le gouvernement Couillard s’est lancé dans une recherche désespérée de gains d’efficacité. La commission Charbonneau lui propose cette avenue, qu’il ne peut pratiquement pas refuser.

Le plus bas soumissionnaire

Une expertise meilleure et mieux utilisée, notamment en matière d’ingénierie, permettra de remettre en question la fameuse règle du plus bas soumissionnaire. Une pratique qui, contrairement aux apparences, ne fait pas toujours pencher la balance en faveur du contribuable.

Mal encadrée, celle-ci peut rendre les résultats des appels d’offres prévisibles et encourager la collusion. Elle peut aussi inciter au nivellement par le bas. À la réduction de la qualité des œuvres. Aux demandes d’extras qui finissent en dépassements de coûts.

Mais pour octroyer les contrats aux meilleurs soumissionnaires, il faut une expertise de pointe et indépendante, que Québec se doit de mieux utiliser.

Bêtise humaine

Laissez un troupeau d’enfants sans surveillance autour d’un pot de bonbons, et vous savez pertinemment ce qui arrivera. Qu’est-il arrivé dans le secteur de la construction? La même chose. On ignore peut-être si les partis politiques se sont servis directement.

Cela ne nous empêche pas de les juger sévèrement pour le chaos qui règne dans l’industrie de la construction.

 

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