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Devenir grand pour Noël

Devenir grand pour Noël
Illustration Benoit Tardif, colagene.com

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Notre vie est parcourue de mille signes qui nous rappellent qu’on grandit: le bal de finissants, le ­premier investissement dans un REER, la première voiture ou le foie qui survit moins bien le lendemain de ­soirées arrosées. Il y a mille signes, et nous aimons nous rappeler que s’ils peuvent refléter la maturité, ils ­peuvent aussi être l’indication d’un plus grand besoin de confort et d’une peur des imprévus. Le jour où tu n’envisages plus de passer la nuit couché sur le plancher de l’appartement de tes amis, tu sais que tu deviens grand...

Mais les fêtes de fin d’année qui arrivent à grands pas, on ne les associe jamais au fait d’être grand. Au contraire, au premier bruit de clochette, on revendique le retour de ­notre cœur d’enfant et on évoque la magie. La magie, ce n’est pas très rationnel, et tout le monde sait que les grandes personnes sont censées être rationnelles. Noël, c’est d’abord l’affaire des petits.

Envisager un sapin

Pourtant, à la fin novembre, je me suis ­retrouvée assise sur mon sofa, un peu méditative, à observer ce grand appartement que j’habite seule et je me suis dit qu’il était peut-être temps de grandir encore. Sur mes genoux, une petite figurine de casse-noisette achetée récemment, une petite figurine faite pour un arbre de Noël. Sauf que je n’ai jamais fait d’arbre de Noël.

Bien sûr, j’ai déjà fait des arbres de Noël à une époque où je n’en assumais pas vraiment la responsabilité. C’était l’époque où ma mère allait parfois chercher le sapin elle-même dans la forêt. C’était aussi l’époque où les cheveux d’ange – un nom cute pour parler d’une décoration en laine de verre – collaient partout. L’époque où l’on portait de gros collants en laine. Et quand on dit laine de verre et collant en laine, on se rappelle que c’était l’époque où Noël piquait! C’est peut-être finalement la meilleure preuve que je suis devenue grande: on ne voit plus beaucoup de laine de verre dans les sapins de Noël!

Donc, je n’ai jamais vraiment fait d’arbre de Noël depuis que je suis responsable de gérer mon espace. Pourquoi, après tout, décorer un appartement où personne ne vit vraiment puisque j’y suis seule et le traverse, toujours à la course, jusqu’au 22 décembre bien compté? Ensuite je file pour aller célébrer ailleurs... Et pourquoi alimenter la magie des Fêtes quand il n’y a pas ­d’enfants avec qui la partager? Je ne suis pas vraiment une grincheuse de Noël, mais ­l’effort consenti me semblait ­inutile.

Allumer des lumières

Cette envie de sapin m’habitait sans doute depuis quelque temps puisque j’avais acheté, ici et là, des décorations. C’était un peu ­inconscient, comme si je me préparais un trousseau pour une nouvelle vie: une vie de grande!

Regardant mon appartement qui se ­transforme pour Noël, bien que ma vie soit comme avant – je suis peu chez moi, je suis seule, il n’y a pas d’enfants, etc. – j’ai le sentiment bizarre de m’inviter chez moi. Comme si j’habitais davantage cet appartement en y accueillant les Fêtes. Comme si j’appelais l’espoir de faire de ce lieu un lieu de plus en plus vivant. Après tout, l’arbre de Noël servait d’abord à saluer le retour de la lumière: on a connu pire symbole.