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Les secrets des pyramides décryptés

L’équipe du chercheur Xavier Maldague participe à une mission scientifique inédite

 Xavier Maldague, ingénieur en génie électrique à l’Université Laval.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés Xavier Maldague, ingénieur en génie électrique à l’Université Laval.

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Ingénieur en génie électrique à l’Université Laval, Xavier Maldague était loin de se douter qu’il travaillerait un jour à dévoiler les secrets de la pyramide de Khéops, en Égypte. C’est pourtant ce que lui et son équipe feront au cours des prochains mois, en collaborant à la mission scientifique «Scan Pyramids», un projet de recherche d’une ampleur inégalée jusqu’à maintenant. À l’aide d’un équipement ultra-sophistiqué, ces chercheurs pourraient contribuer à résoudre l’énigme entourant la construction des pyramides, qui persiste depuis 4500 ans.

Quel est l’objectif de la mission à laquelle vous participez?

L’objectif à long terme, c’est de percer certains mystères des pyramides. Rien que pour la construction, il existe des théories, mais on n’est sûr de rien. Il y a une théorie qui veut que les pyramides aient été construites avec des rampes intérieures, proches de la surface. On pourrait probablement le valider par thermographie infrarouge. Il y a aussi l’antichambre du pharaon, qui n’a jamais été découverte. Quand on regarde des photos, c’est ahurissant, les personnes étaient plus petites que les énormes blocs [qui ont servi à la construction des pyramides], qui ont dû être traînés grâce à la force humaine, avec les moyens d’il y a 4500 ans.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur ce projet?

 Xavier Maldague, ingénieur en génie électrique à l’Université Laval.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés

Nous sommes impliqués dans ce projet, initié par l’Institut français HIP et l’Université du Caire, depuis le tout début, en 2010, mais les événements politiques en Égypte ont reporté le début de la mission. HIP est allé chercher les expertises les plus pertinentes pour ce projet. Le but était simple: il fallait pouvoir inspecter les pyramides sans les stimuler autrement que par ce qui est naturel, ce qui ne laissait pas grand choix dans les méthodes possibles.Nos activités dans ce domaine [la thermographie infrarouge] ici, à l’Université Laval, nous ont conduits «naturellement» à nous impliquer dans ce projet.

Comment la thermographie infrarouge permettra-t-elle d’en apprendre davantage sur la construction des pyramides?

 Xavier Maldague, ingénieur en génie électrique à l’Université Laval.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés

Dès qu’on chauffe une surface, ça engendre des ondes thermiques qui se propagent sur la surface et qui vont rebondir. On va mesurer ces ondes thermiques avec une caméra infrarouge. Pour chauffer la surface, le seul moyen qu’on a est l’effet des saisons. C’est pour ça qu’on doit faire les mesures pendant un an. [...]. Ce qu’on pourra observer, ce sont toutes les structures proches de la surface externe, si elles existent. S’il y a des rampes intérieures ou des conduits qui débouchent, ça pourrait nous en dire plus sur la façon dont les pyramides ont été construites.

Ce projet a débuté l’automne dernier. Qu’est-ce que vous avez découvert jusqu’à maintenant?

Nous avons des données préliminaires qui montrent des anomalies thermiques quand même significatives, de quelques degrés, à la surface. On ne peut pas trop les expliquer jusqu’à maintenant. Surtout que nous, à l’Université Laval, nous sommes des ingénieurs, nous ne sommes pas des architectes. On peut dire qu’on voit une anomalie et ensuite les personnes compétentes pourront, grâce à la modélisation 3D entre autres, dire à quoi ça correspond.

À quels défis techniques êtes-vous confrontés sur le terrain?

 Xavier Maldague, ingénieur en génie électrique à l’Université Laval.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés

Il y en a beaucoup. L’approvisionnement en électricité est une chose; il faut aussi transmettre les images, donc ça prend une connexion internet en plein désert, pendant une longue période de temps. Ce qu’on veut, c’est que les images soient prises sur les quatre faces des pyramides toutes les 20 minutes et que ces images arrivent ici, sur un serveur de l’Université Laval, pour en faire ensuite la collecte et le traitement. Les caméras qui seront installées à l’extérieur des pyramides doivent aussi résister à la chaleur et aux tempêtes de sable.

Avez-vous bon espoir de pouvoir résoudre une partie du mystère des pyramides?

Probablement qu’il y a des mystères qui vont disparaître, mais il y a d’autres mystères qui vont survenir aussi. C’est souvent le cas, quand on fait de la recherche. De toute façon, on ne voudrait pas éclaircir tous les mystères, ce serait malheureux dans l’imaginaire collectif. On va découvrir des choses fort intéressantes, mais il restera d’autres énigmes à résoudre.