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Le Québec ne devrait pas craindre la nouvelle orthographe, croit une réputée linguiste

Le Québec ne devrait pas craindre la nouvelle orthographe, croit une réputée linguiste
DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

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Alors que la France est plongée en pleine polémique concernant l’enseignement de la nouvelle orthographe, l’occasion pourrait être belle pour le Québec d’emboiter le pas à nos cousins français, estime la réputée linguiste, Chantal Contant.

Les Français sont nombreux à s’indigner cette semaine, après avoir appris que la nouvelle orthographe sera enseignée dans les institutions scolaires. Le mot-clic #JeSuisCirconflexe est apparu sur Twitter pour dénoncer la «disparition» du fameux accent.

Dans les faits, la nouveauté est que dès l’automne prochain, en France, tous les éditeurs de manuels scolaires ont décidé, à la recommandation du ministère de l’Éducation nationale, d’appliquer la réforme orthographique approuvée par l’Académie française en 1990.

Le Monde fait toutefois remarquer qu’en réalité, le ministère indique depuis 2008 que «l’orthographe révisée est la référence».

«Ça a davantage été officialisé [en France], mais il n’y a pas de nouveaux changements, explique Chantal Contant, spécialiste des rectifications de l'orthographe du français dans la francophonie, qui défend ardemment la nouvelle orthographe. Les gens pensent que ça va aller trop loin, qu’il y a du nivellement par le bas. Ce n’est pas du tout le cas. Ça vient plutôt régulariser et réparer des anomalies.»

La linguiste est d’ailleurs d’avis que le Québec devrait maintenant prendre exemple sur la France.

«On est en retard au point de vue des consignes ministérielles, soutient Mme Contant. Nous, au Québec, les enseignants ont juste eu la confirmation en 2009 qu’il faut accepter la nouvelle orthographe quand on corrige. Mais maintenant que la France demande à ses enseignants de l’enseigner, le Québec n’aura plus le choix de le faire aussi», croit-elle, faisant bien remarquer que l’orthographe dite «traditionnelle» ne devient pas fautive pour autant.

«Ognon» et «nénufar»

Par ailleurs, l’accent circonflexe ne disparaît pas, rappelle la spécialiste.

«Ça ébranle certaines personnes, parce que l’accent circonflexe devient facultatif sur le “i” et le “u”, mais il ne s’enlève pas sur le “a”, le “o” et le “e”», précise-t-elle.

On note quelques rares exceptions, comme «jeûne» et «mûr», qui conservent l’accent circonflexe, afin de ne pas créer de confusion avec les mots s’orthographiant de la même façon, mais sans accent.

À ceux qui sourcillent devant les mots «ognon» et «nénufar», l’enseignante à l’UQAM souligne qu’il ne s’agit pas d’avoir tout simplement voulu simplifier leur écriture.

«“Oignon” s’écrivait “ognon” dans le dictionnaire de l’Académie, mais ils avaient enlevé le “i” en 1878. Ils l’ont donc réparé, expose Mme Contant. Et “nénufar” s’était toujours écrit avec un “f”, mais un lexicologue s’est trompé en 1935. On s’est rendu compte que le mot ne provenait pas du grec, mais de l’arabe. On a donc remis le ”f” au lieu du “ph”», spécifie-t-elle.

Environ 3500 mots sont touchés par la réforme orthographique de 1990, ce qui signifie environ «un mot par page», selon la spécialiste.