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J’aurais voulu faire La Voix

J’aurais voulu faire La Voix
Illustration Benoit Tardif, Colagene

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Longtemps, j’ai rêvé de devenir chanteuse. Évidemment, ce n’est pas le rêve le moins répandu chez les jeunes filles! Ma mère tentait alors de me convaincre que je pourrais faire comme dans Star d’un soir: être une personne «normale» qui chante dans ses temps libres. Sans doute avait-elle compris que je n’avais pas tout à fait l’organe de Céline Dion.

Je ne suis pas une statistique

Si j’écris que j’aurais voulu faire La Voix comme si je sortais du placard, c’est que ça étonnera peut-être bien des gens. On m’associe aux snobs, à l’élite culturelle, à ceux qui lisent de la poésie contemporaine et qui aiment les films avec d’interminables plans-séquences sans dialogue.

Et tout le monde vous dira qu’il n’existe que deux sortes de public: le public snob et le grand public. Ces deux publics seraient incompatibles et se regarderaient en chiens de faïence, chacun dans sa salle de spectacle spécialisée.

C’est pour ça que j’insiste sur le fait que j’adore La Voix parce que je suis bien tannée qu’on tente de me mettre (et vous aussi d’ailleurs) dans une petite case. Je pense au contraire qu’il y en a 100 des publics différents, peut-être 1000. Je pense que je ne suis pas une statistique. C’est vrai que j’aime la danse contemporaine, que je lis beaucoup de poésie, mais je ne suis pas moins sincère là-dedans que dans mon plaisir devant un James Bond ou un téléroman. Ce sont des parties différentes de moi qui vibrent, mais ça vibre.

Être libres

Et je ne suis pas en train de dire que tout se vaut, encore moins qu’il ne faudrait rien critiquer. Je ne suis même pas en train de dire que j’aime tout de La Voix. Je dis juste que c’est fatigant qu’on traite le monde comme un gros site de suggestions culturelles sur la forme de «Si vous aimez ceci, vous aimerez aussi cela.» Fatiguée aussi qu’on essaie de nous faire croire qu’il y a une opposition directe entre deux formes de culture. Ce n’est pas si tranché au couteau: il y a 1000 publics et il y a 1000 propositions culturelles, profitons-en!

En fait, la seule chose qui me fait de la peine c’est quand j’aime quelque chose que presque personne ne connaît. Je n’ai aucune envie d’empêcher le monde d’aimer ce qu’ils aiment, mais j’aurais parfois envie que les coups de cœur soient mieux répartis ou que nous soyons tous un peu plus curieux.

Alors je me dis que c’est sûr que je ne serai jamais la voix du Québec. En fait, je pense bien que je ne serai jamais la quoi-que-ce-soit du Québec... Mais ça a de l’air que je savais assez écrire pour qu’on me donne l’opportunité de dire ceci: méfiez-vous de tous ceux qui voudraient vous enfermer dans une case culturelle. Y compris de vous-mêmes.