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Quand les artistes montréalais signent avec Québec

Quand les artistes montréalais signent avec Québec
Photo Le Journal de Québec, Annie T Roussel

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Peu de compagnies de musique de Québec peuvent se vanter d’attirer en leurs rangs des artistes de Montréal: c’est pourtant ce que réussit à faire depuis des années Rafael Pérez, à la tête de Coyote Records, qui compte de précieux atouts dans son écurie.

Alfa Rococo, Karim Ouellet, Claude Bégin, Klô Plegag, Marième, Mauves, Antoine Corriveau, Stefie Shock: voilà ne serait-ce qu’une partie des artistes musicaux alliés à Coyote Records, qui donne dans la gérance, l’édition musicale, la production et la mise en marché de disques ainsi que la production de spectacles.

Bien installé à Québec, rien ne destinait vraiment Rafael Pérez à devenir l’un des piliers de l’industrie musicale de la capitale. Alors qu’il termine des études en administration à l’Université Laval, en 2006, des amis l’approchent pour lui demander de l’aide pour leur carrière musicale.

«Je pense à Webster et Sagacité, qui faisaient du rap. Ils m’ont demandé si je ne pouvais pas leur donner un coup de main pour leur trouver une maison de disques, sur le développement de leur carrière, l’administration, etc. Chose que très naïvement, j’ai accepté de faire», se souvient-il.

Rivaliser d’originalité

Pérez, qui travaille alors en restauration en marge de ses études, s’aperçoit rapidement que le métier, s’il est passionnant, n’est pas aussi simple. Qu’à cela ne tienne, le jeune entrepreneur rivalise d’originalité pour parfaire ses connaissances en la matière.

«J’ai suivi des formations à l’ADISQ, j’ai lu sur Internet. Je me suis commandé plusieurs livres qui, la plupart du temps, viennent de France, parce qu’on n’a pas beaucoup de littérature sur la production, l’édition, la gérance d’artistes ici. C’est un peu comme ça que je me suis fait la main: expérience terrain, autodidacte et lectures!» dit-il.

Abusive Records

Il se fait connaître tout d’abord sous l’étiquette Abusive Records, qui lance dès sa première année d’activité l’album de la formation Sagacité. «Ce n’était pas un grand succès populaire, mais ça avait bien joué à la radio et les médias avaient quand même couvert le projet, ce qui m’avait motivé à poursuivre l’aventure», se souvient-il.

Il œuvre dans l’univers du hip-hop durant quelques années jusqu’à ce qu’un certain Karim Ouellet, actif sur la scène musicale notamment dans le collectif rap Movèzerbe, se lance en solo. Vers les années 2010, Abusive Records prend un tournant plus généraliste et un nouveau nom, Coyote, en l’honneur... du chien de Rafael Pérez.

Québec-Montréal

Aujourd’hui, Coyote Record compte sur un noyau dur de huit personnes basées à Québec et cinq autres dans la métropole. «Les gens de Montréal sont en externe: une agence de promotion radio et de relations de presse. D’avoir une antenne à Montréal est un atout important au sens médiatique, parce que l’industrie est là», souligne M. Pérez.

Le travail s’effectuant bien de la capitale, pas question pour l’équipe de déménager ses pénates dans la métropole. «D’être à Québec, ce n’est pas un obstacle, dans la mesure où je suis capable d’investir du temps à Montréal pratiquement chaque semaine», avance-t-il.

La stratégie semble fonctionner, à un point tel que les artistes de Montréal n’hésitent plus à venir frapper aux portes de la compagnie de Québec. «Ce n’est pas commun. Je me demande si ça s’est déjà fait par le passé qu’une maison de disques de Québec travaille avec des artistes de Montréal. On est plus habitué à l’inverse!»

Une dizaine d’albums en 2016

L’étiquette lancera une dizaine d’albums cette année, dont Stefie Shock revisite Gainsbourg, le 26 février, un EP signé Marième en février ainsi que le troisième opus de Karim Ouellet, le 8 mars. Satisfait de ces projets, Rafael Pérez souhaite poursuivre sur sa lancée et travailler avec des artistes qui le passionnent.

«Je compare beaucoup la musique au sport. Un club de hockey peut aller bien, aller en séries durant quelques années, mais aussi rapidement toucher le fond du baril. Mon objectif est de toujours m’assurer d’avoir une équipe qui performe», conclut-il en riant.

Ce qu’il aime d’un artiste

«J’ai deux critères: l’artistique et la personne. Il faut que le courant passe avec la personne, c’est le premier de tous les critères. Il faut que ça se démarque aussi d’un point de vue artistique. Des fois, on reçoit des choses qui sont vraiment très bonnes, mais qui ne se démarquent pas.»

«J’y vais au feeling. Un bon projet pour moi ne sera peut-être pas un bon projet pour une autre maison de disques. S’il y a un projet sur lequel je sens que je peux amener quelque chose, il n’y aura pas de limites.»