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Quand la politique gère le caribou

Chasser le caribou en hiver dans le Nord-du-Québec va devenir une véritable mission impossible pour les chasseurs québécois.
Photo courtoisie Chasser le caribou en hiver dans le Nord-du-Québec va devenir une véritable mission impossible pour les chasseurs québécois.

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Depuis des décennies au Québec, la chasse de toutes les espèces de gros gibier est gérée à partir des plans de gestion qui sont mis de l’avant par le gouvernement. Dans le cas du caribou, il semble bien que ce soit la politique qui gère le dossier.

Dans un communiqué publié par les communications de son ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFPQ), le ministre Laurent Lessard annonce des modifications apportées aux modalités de la chasse au caribou du troupeau de la rivière aux Feuilles. Il n’y aura pas de chasse dans la zone 22A en 2016-2017, et la limite de capture sera d’un caribou par permis.

Si le chasseur veut acheter un deuxième permis, il aura droit à un deuxième caribou.

«La situation des caribous migrateurs demeure sérieuse. Le ministère fait preuve de vigilance dans la gestion de cette espèce afin d’assurer la pérennité de ce symbole du patrimoine faunique québécois.»

Si le ministre a de bonnes intentions dans sa décision, elles ne sont pas guidées par les données biologiques du plan de gestion.

Dans ce document, il est mentionné «qu’entre 200 000 et 400 000 individus, le troupeau de la rivière aux Feuilles est à un niveau élevé». Selon le dernier inventaire fait à l’automne 2015, la population de ce troupeau était évaluée à 332 000 caribous. Où est le danger pour l’espèce ?

Le comité conjoint

La gestion du caribou ne se fait pas uniquement par le MFFPQ, mais aussi avec les nations autochtones qui sont touchées par cette espèce.

Les décisions se prennent au comité conjoint. Depuis plusieurs années, des membres des premières nations demandent l’arrêt de la chasse du caribou par les non-autochtones.

Au fil des ans, plusieurs mesures restrictives ont été mises de l’avant pour diminuer progressivement la présence des chasseurs québécois dans le Nord. La chasse d’hiver était la seule façon pour bien des Québécois d’avoir accès à cette ressource à un coût moindre que les excursions de chasse automnale. Ils pouvaient s’y rendre par la route et obtenir les services de pourvoyeurs pour le logement et la nourriture.

C’était une chasse populaire. Avec ces nouvelles mesures restrictives, ajoutées à celles existantes, on signe l’arrêt de mort de cette chasse pour les Québécois.

Selon le plan de gestion, il est mentionné que la protection de l’espèce arrive au premier plan, la chasse de subsistance en deuxième place et finalement la chasse sportive.

Si le troupeau était véritablement en danger, les mesures annoncées par le ministre seraient entièrement justifiables. Les données biologiques disent le contraire. Il est vrai qu’il y a eu une diminution du troupeau depuis l’inventaire de 2014, 6,7 % de moins, mais avec 332 000 individus, le troupeau est loin d’être en danger.

Les chasseurs québécois écopent

En 2015, selon les chiffres du MFFP, 250 permis ont été délivrés pour la chasse d’hiver. La limite de 500 caribous a été atteinte. Sur une population de 332 000, cela représente à peine 0,15 %. La survie de l’espèce n’est pas affectée.

Comme si ce n’était pas assez de couper la chasse et de mettre des mesures encore plus contraignantes pour la zone 22B et 23 Ouest, le chasseur devra débourser plus d’argent pour se procurer un deuxième permis de chasse. Finalement, la disparition demandée depuis plusieurs années va se faire d’elle-même.

Le ministre et les hauts fonctionnaires seront peut-être portés à croire que cette chronique a été commandée par un groupe de pression, mais c’est faux. Des chasseurs ont communiqué avec nous, des amateurs se disent brimés dans leurs droits.

Depuis les 40 dernières années, je suis probablement celui qui a le plus suivi le dossier du caribou dans le Nord-du-Québec. Pas besoin de personne pour comprendre ce qui se passe. Lorsque le troupeau de la rivière Georges est devenu en danger, les chasseurs ont collaboré avec plaisir, mais, cette fois, ils l’ont de travers dans la gorge. Pour exprimer votre mécontentement: services.clientele@mffp.gouv.qc.ca.