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Pourquoi les pauvres fuient-ils le salaire minimum ?

Les hausses du salaire minimum nuisent à l'emploi
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Très récemment, une nouvelle étude sur les effets du salaire minimum est apparue. Le résultat est fascinant puisqu’il pose une question très simple : est-ce que les travailleurs susceptibles d’être au salaire minimum choisissent de travailler là où le salaire minimum est plus élevé ?  Si la réponse est non, il y a des bonnes raisons de croire que les plus pauvres eux-mêmes sont conscients des méfaits d’un salaire minimum trop élevé.

L’étude récente dont je parle est celle de Joan Monras de Science Po Paris. Le raisonnement de Monras est simple : les endroits où les employeurs sont insensibles aux augmentations du salaire minimum devraient observer une immigration des travailleurs peu qualifiés ; en contrepartie, les endroits où les employeurs sont très sensibles aux changements du taux salarial devraient observer l’émigration des travailleurs peu qualifiés.

Le raisonnement de Monras implique qu’une augmentation du salaire minimum n’affecte pas le niveau d’emploi dans la région qui effectue une telle hausse. L’effet est ressenti sur la croissance de l’emploi puisque les travailleurs moins qualifiés ne peuvent plus se trouver un emploi. En conséquent, ils émigrent. Ceci explique pourquoi Monras remarque pour chaque augmentation de 1% du salaire minimum, la part de la main d’œuvre représentée par les travailleurs moins qualifiés diminue de 1.2%. Par la suite, la part de la population totale d’une région représentée par les travailleurs moins qualifiés diminuera aussi.   Plus précisément, les travailleurs peu qualifiés fuient les augmentations du salaire minimum.

Il s’agit là d’une cruelle démonstration de raisonnement : la politique qui vise à aider les plus pauvres est rejetée par ces derniers. Une telle étude démontre la pertinence de toujours pousser le raisonnement économique le plus loin possible lorsqu'on effectue un test empirique. L'intuition théorique voulant qu'un salaire minimum trop élevé mène à une réduction de l'emploi est assez imposante et difficile à réfuter. Les modèles empiriques qui testent cette théorie ne sont aussi puissants que la qualité des données considérées. Peut-être qu'il faudra avertir les gens à l'Assemblée nationale. 

Source: l'étude de Monras peut être consultée ici