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Pas d’austérité chez les chefs pompiers

Autre congrès de luxe payé en bonne partie par les contribuables

Le congrès de l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec, qui se tiendra à Gatineau, en mai prochain, s’est déroulé dans les dernières années à Sherbrooke (2015), Montréal (2014), Montebello (2013), Rimouski (2012).
Photo courtoisie Le congrès de l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec, qui se tiendra à Gatineau, en mai prochain, s’est déroulé dans les dernières années à Sherbrooke (2015), Montréal (2014), Montebello (2013), Rimouski (2012).

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Malgré la volonté du gouvernement de mettre fin aux congrès de luxe payés par les contribuables, nos chefs pompiers s’apprêtent à profiter d’un long séjour à l’Hôtel du Casino du Lac-Leamy, avec golf et humour au programme.

Près de 500 cadres des différents services de protection contre les incendies de la province sont attendus à Gatineau du 20 au 24 mai, à l’occasion du 48e congrès de l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec (ACSIQ).

Comme c’est le cas pratiquement chaque année, les membres qui peuvent arriver plus tôt le vendredi sont invités à commencer leur séjour par une partie de golf.

Pour trois nuits à l’hôtel quatre étoiles où se déroule le congrès, il faut compter environ 1000 $ pour une chambre de base ou la moitié pour ceux qui optent pour le Ramada Plaza Manoir du Casino ou le Four Points de Gatineau.

À cela s’ajoutent les frais d’inscription, qui frôlent les 500 $ pour un membre seul, mais atteignent 680 $ pour un couple.

Avec leur conjointe

En entrevue avec Le Journal, le directeur général de l’ACISQ, Gilles La Madeleine, a précisé que la plupart de ses membres sont accompagnés de leur conjointe, ce qui fait passer le nombre de congressistes à près d’un millier.

En effet, les conjointes sont aussi attendues, un programme ayant été créé tout spécialement pour elles. Une activité d’accueil est d’ailleurs prévue en leur honneur, le samedi.

De leur côté, les cadres participeront pendant toute la journée à une série de réunions et de conférences sur le thème de la sécurité incendie.

Après un cocktail en fin d’après-midi, la soirée de samedi sera couronnée d’un grand banquet mettant en vedette l’humoriste engagé Guy Nantel.

Alcool et uniforme

Dans un courriel envoyé aux congressistes et dont Le Journal a obtenu copie, l’ACSIQ précise que, «compte tenu des politiques sur le port de l’uniforme et l’alcool dans plusieurs services incendie et qu’il y a du vin servi au banquet, il serait préférable d’éviter de porter l’uniforme lors de cette soirée».

Dimanche, pendant que les chefs des pompiers assisteront entre autres à la conférence donnée par le sous-ministre associé à la Sécurité publique, Louis Morneau, la nutritionniste Julie DesGroseilliers attendra les conjointes pour les conférences Mythes ou réalités, à vous de jouer, mesdames! et Mieux acheter, pour mieux manger.

Lundi, les dames qui le désirent pourront aller se prélasser dans un spa nordique.

Les activités du congrès se poursuivront ainsi jusqu’au mardi.

  • Le golf, le souper dansant du lundi, le dîner de clôture et les activités des conjointes entraînent des «extra» variant de 30 $ à 90 $ et sont facturés séparément.
  • Diplômé en génie géologique, Louis Morneau a été nommé sous-ministre associé (adjoint) à la Sécurité publique par le gouvernement Couillard, en mai dernier. Il était auparavant directeur général de l’encadrement des contrats publics au Secrétariat du Conseil du trésor.

48e congrès de l’ACSIQ

Hôtel du Casino du Lac-Leamy (Gatineau)

Vendredi

  • Golf, vélo, accueil des congressistes

Samedi

  • Vélo, réunion du C.A., conférences, dîner libre
  • Accueil des conjointes, assemblée générale
  • Cocktail d’ouverture, banquet et spectacle de Guy Nantel

Dimanche

  • Plusieurs conférences, dont celle du sous-ministre associé au ministère de la Sécurité publique, Louis Morneau
  • Remise de décorations et cérémonial du souvenir
  • Ouverture du salon d’exposition, cocktail dînatoire

Lundi

  • Assemblée générale (2e partie), conférences des exposants
  • Dîner commandité, conférences (gestion, matières dangereuses, etc.)
  • Soirée de la ville hôte avec le Sway Band (souper dansant)

Mardi

  • Réunion du C.A., conférences (évolution de la mission et des valeurs des services incendie au Québec, La force du dépassement avec Hugo Girard, etc.)
  • Dîner de clôture du congrès 

Certains frais assumés par les congressistes

Bien qu’elle reconnaisse que les frais de congrès et d’hébergement sont souvent remboursés par les municipalités, l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec (ACSIQ) assure que les «extra» facturés, notamment pour le golf, le souper dansant et les activités des conjointes sont généralement assumés par les congressistes eux-mêmes.

«Si l’argent est disponible dans le budget de formation, la Ville va payer (l’inscription du congrès), mais j’ai des gens qui paient de leurs poches», a expliqué Isabelle Harvey, coordonnatrice aux communications de l’ACSIQ.

Pour ce qui est des activités organisées pour les conjointes, elles sont payées «par le congressiste lui-même, assure Mme Harvey. Habituellement, on fait deux factures. Si la municipalité paie, on fait une facture pour le congressiste et une pour sa conjointe.»

« Un réseau de contacts »

Selon le directeur général de l’association, Gilles La Madelaine, seulement une soixantaine de membres jouent au golf le vendredi. «C’est plus comme un réseau de contacts. C’est une activité pour ceux qui arrivent plus tôt, mais ça ne fait pas partie comme tel du congrès», a souligné de son côté Mme Harvey.

Quant au choix de l’hôtel quatre étoiles, l’ACSIQ précise que l’ampleur du congrès requiert de l’espace et des infrastructures adéquates.

«On ne peut plus aller dans des petits hôtels, a assuré Mme Harvey. On a des camions de pompiers en exposition. On ne peut pas les installer dans la rue.»

Le congrès est financé en partie par les inscriptions payées par les exposants, soit des fournisseurs des services incendie. «Je travaille là-dessus toute l’année», a fait valoir le dg de l’ACSIQ.

Avec des frais d’inscription de base de 480 $, «notre congrès, c’est celui qui coûte le moins cher de tous les congrès municipaux», considère M. La Madelaine.

Projet de loi à l’étude

La programmation de ce congrès détonne avec le signal clair envoyé par le gouvernement, l’an dernier.

Piqué au vif par une série de reportages du Journal, le ministre Sam Hamad avait annoncé, en mai dernier, que les somptueux congrès et les ateliers de yoga ou de rigolothérapie avec des clowns payés par les contribuables seraient bientôt chose du passé.

Dans le projet de loi 70, déposé en novembre dernier, le gouvernement propose de resserrer les critères des formations qui peuvent être payées avec des deniers publics suivant la règle du 1 %.

Ce principe, prévu dans la Loi sur les compétences, oblige les organisations à consacrer un point de pourcentage de leur masse salariale en formation. Le projet de loi, qui, à la suite du remaniement ministériel de janvier, est désormais porté par le ministre François Blais, continue de cheminer en commission parlementaire.