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2900 profs formés au Québec exilés en Ontario

Les perspectives d’emploi et les salaires plus intéressants expliquent la hausse de 105 % depuis 15 ans

Caroline Joly a fait ses études à l’Université Laval et elle enseigne maintenant à l’école secondaire Gisèle-Lalonde, à Ottawa.
Photo Agence QMI, Léa Papineau-Robichaud Caroline Joly a fait ses études à l’Université Laval et elle enseigne maintenant à l’école secondaire Gisèle-Lalonde, à Ottawa.

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Attirés par des perspectives d’emploi plus intéressantes et des salaires plus élevés, les enseignants diplômés au Québec qui décident d’aller travailler dans des écoles de l’Ontario sont deux fois plus nombreux qu’il y a 15 ans, a appris Le Journal. Chaque année, leur nombre augmente.

Selon les chiffres de l’Ordre des enseignants de l’Ontario, le nombre de profs québécois qui enseignent dans la province voisine est passé de 1412, en 1998, à 2901, en 2014, soit une hausse de 105 %. Il s’agit d’enseignants formés au Québec, mais qui ont décidé de travailler de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

Profs francophones recherchés

Plusieurs raisons peuvent expliquer la popularité du réseau scolaire ontarien auprès des nouveaux diplômés québécois, affirme Gabrielle Barkany, agente de communication à l’Ordre des enseignants. À commencer par les «belles perspectives d’emploi», puisqu’il y a «beaucoup de demande» pour des enseignants francophones, affirme-t-elle.

Dans la province voisine, le taux de chômage des enseignants qui arrivent sur le marché du travail est passé de 41 % à 23 % depuis deux ans. Chez les profs qui enseignent le français langue seconde, seulement 3 % ne travaillent pas un an après avoir décroché leur diplôme.

Par ailleurs, depuis 2009, les Québécois n’ont plus besoin de suivre une formation additionnelle ou de subir une évaluation pour obtenir l’autorisation d’enseigner en Ontario, ce qui a facilité les déplacements entre les deux provinces, ajoute-t-elle.

Au Québec, près de la moitié des enseignants – 46 % – n’ont pas d’emploi permanent, indique Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

«La dimension précarité peut être très importante», dit-elle.

Des salaires plus élevés

Le chèque de paie est aussi plus élevé de l’autre côté de la frontière. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, un prof au Québec gagne en moyenne 62 259 $ par année comparativement à 80 178 $ dans la province voisine.

La présence d’un ordre professionnel en Ontario permet aussi de redonner du lustre à la profession, ajoute Thierry Karsenti, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante: «Être enseignant, c’est très valorisé en Ontario. Ça aide à pratiquer son métier.»

NOMBRE D’ENSEIGNANTS QUÉBÉCOIS EN ONTARIO PAR ANNÉE

  • 1998 (1412)
  • 1999 (1568)
  • 2000 (1632)
  • 2001 (1706)
  • 2002 (1692)
  • 2003 (1679)
  • 2004 (1721)
  • 2005 (1821)
  • 2006 (1877)
  • 2007 (1935)
  • 2008 (1991)
  • 2009 (2098)
  • 2010 (2300)
  • 2011 (2450)
  • 2012 (2636)
  • 2013 (2763)
  • 2014 (2901)

Des conditions idéales pour enseigner

Caroline Joly n’a pas hésité à quitter Québec pour aller enseigner en Ontario. Résultat: elle y a décroché un emploi permanent quelques mois à peine après avoir terminé ses études.

Mme Joly a obtenu son baccalauréat en enseignement à l’Université Laval il y a une quinzaine d’années. Elle a fait quelques semaines de suppléance avant de commencer à envoyer des curriculum vitæ en Ontario, bien décidée à décrocher rapidement un emploi.

«Je n’étais pas encore convaincue que c’était réellement ça que je voulais faire. Et j’ai rapidement réalisé que ce n’est pas en faisant quelques journées de suppléance que j’allais avoir une véritable idée de ce que c’est, enseigner», explique-t-elle au bout du fil.

Précarité

Une école secondaire francophone de Kitchener, située dans le sud de l’Ontario, l’a rapidement contactée pour lui offrir un poste permanent, par téléphone. «Ç’a été très rapide», lance-t-elle.

Au Québec, des enseignants peuvent faire de la suppléance ou des remplacements pendant des années avant d’obtenir une permanence. La précarité varie beaucoup selon la région et la discipline enseignée.

Mme Joly enseigne maintenant dans une école à Ottawa. En plus d’avoir un salaire beaucoup plus élevé que ses collègues québécois, elle estime qu’il y a davantage de services pour les élèves dans les écoles ontariennes.

Il y a quelques années, Mme Joly s’est demandé si elle ne retournerait pas enseigner à Québec, pour se rapprocher de sa famille. Mais la réalité financière l’a rapidement rattrapée.

Puisqu’il lui aurait fallu recommencer au bas de l’échelle, son salaire aurait été amputé de plus de la moitié. «C’est énorme», lance celle qui ne regrette pas son choix.