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Le pavillon Lassonde vu par son architecte

Quebec
Photo Stevens Leblanc Line Ouellet, directrice et conservatrice en chef du MBNAQ, et l’architecte Shohei Shigematsu, lors de la visite du pavillon Pierre Lassonde mardi, au MNBAQ.

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L’architecte Shohei Shigematsu, directeur du bureau de New York de la prestigieuse firme OMA, a réalisé plusieurs grands projets à travers le monde. Mais celui du nouveau pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) à Québec était particulièrement gratifiant à ses yeux.

Nous avons pu accompagner M. Shigematsu lorsqu’il a franchi pour la première fois, mardi matin, ce qui deviendra la nouvelle porte d’entrée du complexe muséal dont il a dirigé la conception. Sa dernière visite remontait à novembre. Il était franchement impressionné par le résultat, qu’il voulait simple dans un contexte aussi riche en matière d’environnement.

Ces dernières années, M. Shigematsu, d’origine japonaise, a dirigé des projets de renom tels que le Faena Arts Center de Miami, l’agrandissement du Musée Whitney de New York, le Shentzen Stock Exchange en Chine et de nombreux projets de gratte-ciel luxueux de San Francisco, New York et Miami. Il a aussi collaboré avec différents artistes, dont Kanye West, pour l’élaboration d’un pavillon temporaire à Cannes.

Première au pays

Dans le cas du pavillon Pierre Lassonde du MBNAQ, œuvre d’art de 103,4 M$ dont le concept a été réalisé avec la firme Provencher Roy et associés de Montréal, il s’agit du plus important projet culturel au Québec à l’heure actuelle. Le pavillon constitue aussi le premier projet au Canada de la firme à laquelle il est rattaché, OMA, dont le siège social se trouve aux Pays-Bas, et qui a été fondée par la vedette de l’architecture Rem Koolhaas.

Mais plus encore, ce projet a permis à cet architecte réputé une incursion, m’a-t-il confié, dans un univers unique en Amérique du Nord qui l’a fasciné. Au point de lui donner le goût d’apprendre le français, objectif qu’il s’était fixé en remportant le concours, mais qu’il regrette de n’avoir pas pu tenir. «Il est rare d’avoir une culture aussi distincte», a-t-il souligné.

Cette incursion dans notre «univers» était d’autant plus intéressante pour M. Shigematsu qu’elle se trouvait également au cœur du défi qui a guidé le concept du projet. Il s’agissait en effet de parvenir à créer, avec le nouveau pavillon, un lien entre l’art, l’histoire, la ville et le parc qui se trouve à cet endroit, soit les plaines d’Abraham.

Tout en lumière

Pour en revenir à notre visite des lieux, une fois franchie la porte du nouveau hall d’entrée, on constate que tout a été pensé pour offrir le maximum de points de vue à la fois sur le parc, les ormes centenaires, la ville et l’église. On a voulu éviter l’effet «black box» ou si vous préférez le phénomène de «fatigue du musée» qui s’avère un problème pour bien des institutions du genre, explique Line Ouellet, directrice et conservatrice en chef du MBNAQ.

Je dois l’avouer, j’ai douté au départ du concept très moderne dans cet environnement historique, à l’entrée de la ville. Le résultat m’a charmée. Très fière elle aussi du résultat qui «lui fait battre le cœur» à chaque visite et va au-delà des attentes, s’est-elle réjouie, Mme Ouellet n’avait de cesse de s’exclamer. Elle souligne l’originalité de l’escalier qui donnera un peu aux visiteurs l’impression de flotter au-dessus des arbres. Elle nous montre aussi les divers types de verre utilisés pour le revêtement extérieur, qui offrira un effet différent selon les saisons. Elle nous parle aussi du fait que le nouveau pavillon permet de voir sur toute sa longueur l’église Saint-Dominique, unique en son genre au Québec pour son style néo-gothique anglais.

Espace d’exposition

«C’est toujours quelque chose de voir le résultat, a glissé Mme Ouellet. C’est lorsqu’on voit le résultat qu’on peut dire si ça été bien “designé”, et je peux dire que nous avons eu la chance de travailler avec des architectes qui avaient un réel sens du détail, et de l’espace dans son ensemble, sans négliger le moindre aspect de la conception.»

Fait intéressant, le musée compte en fait 38 000 œuvres, mais ne dispose de l’espace nécessaire pour en présenter que 2 %. Ce nouvel espace permettra d’augmenter ce rapport autour de 10 %, le ratio habituel à l’échelle internationale se situant autour de 12 % pour une institution comparable.

À ce jour, 94 % de la construction du nouveau pavillon, qui viendra presque doubler les surfaces d’exposition des trois pavillons actuels, est achevée. On y retrouvera également, à compter du 24 juin, billetterie, vestiaire, boutique, café et auditorium à la fine pointe de la technologie. Je me promets d’être l’une des premières à m’y précipiter.