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Les armes Taser: à utiliser davantage au Québec?

Souvent, les agents interviennent à moins de trois mètres d’un suspect armé d’un objet

Une simulation d'intervention policière dans laquelle un sujet atteint de troubles de santé mentale était armé d'un pied de biche s'est déroulée ce matin, á l'École nationale de police de Nicolet.
Photo Amelie St-Yves Une simulation d'intervention policière dans laquelle un sujet atteint de troubles de santé mentale était armé d'un pied de biche s'est déroulée ce matin, á l'École nationale de police de Nicolet.

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NICOLET | Les pistolets à impulsion électrique pourraient être utilisés davantage au Québec, selon un expert-conseil en utilisation de la force de l’École nationale de police du Québec.

Une étude publiée mercredi révèle que dans 41 % des cas où des policiers tirent sur un suspect, celui-ci est armé d’une arme blanche ou d’un objet contondant. Les policiers sont aussi très près des individus, la distance varie entre 1,5 et 2,7 mètres en moyenne pour les suspects armés de couteau.

«L’étude est un argument pour l’utilisation des armes à impulsion électrique», dit l’expert-conseil en utilisation de la force de l’École nationale de police de Nicolet, Bruno Poulin.

Il explique qu’une arme électrique peut être utilisée quand les sujets menaçants ne sont pas armés de fusils, parce que les policiers ont plus de marge de manœuvre face à un couteau ou un autre objet.

Souvent dans ces contextes, les agents attendent à la dernière seconde pour faire feu, ce qui explique la courte distance qui les sépare du suspect.

«L’arme à impulsion électrique va donner une meilleure opportunité de maîtriser une personne, sans lui infliger des lésions corporelles graves ou la mort», dit-il.

Une arme à impulsion électrique provoque un court-circuit temporaire dans le système nerveux du sujet, ce qui permet de le neutraliser. Le policier doit se situer entre 2 et 4,5 mètres du sujet pour une efficacité optimale.

En 2014, 187 armes à impulsion électriques étaient disponibles à travers les différents corps policiers en province, selon les données du ministère de la Sécurité publique du Québec.

Recommandé par un coroner

Les différents constats rappellent le décès d’Alain Magloire, à Montréal, le 3 février 2014. L’homme, qui était armé d’un marteau, avait été abattu vers 11 h le matin, tandis qu’un policier armé d’un pistolet à impulsion électrique arrivait tout juste sur les lieux.

La mort d'Alain Magloire aurait pu être évitée si les policiers avaient eu en main un pistolet à impulsion électrique, croit le coroner Luc Malouin.
Photo d'archives
La mort d'Alain Magloire aurait pu être évitée si les policiers avaient eu en main un pistolet à impulsion électrique, croit le coroner Luc Malouin.

Le coroner Luc Malouin a recommandé dans son rapport d’enquête publique un meilleur accès aux armes à impulsions électriques.

«Le présent dossier est un bel exemple où ce type d’arme aurait été utile et aurait pu permettre de neutraliser M. Magloire avant de faire feu sur lui. Un pistolet à impulsion électrique ne doit pas être au poste de police, mais entre les mains des policiers patrouilleurs», peut-on lire dans le rapport.

Blesser plus que tuer

L’étude sur les enquêtes indépendantes de l’École nationale de police révèle aussi que les tirs policiers blessent plus qu’ils ne tuent.

Sur les 143 dossiers analysés, 19,3 % des interventions se sont soldées par des blessures causées par des tirs policiers, tandis que 12,1 % se sont soldées par des décès par balle.

Autrement, on parle de blessures causées par des chutes, des noyades, des collisions routières, des suicides ou de suspects ayant subi des malaises.

Est-ce que les policiers savent tirer ?

Même si les policiers sont situés en moyenne à seulement 4,3 mètres du suspect lorsqu’ils ouvrent le feu, ils ne l’atteignent que dans 46 % des cas.

L’auteure de l’étude Annie Gendron est certaine que la performance est bonne.

En crise

«Ça s’explique très bien par les contextes. On parle d’interventions policières à l’extérieur, souvent le soir, avec des individus en état de crise, qui sont menaçants, qui bougent, qui fuient. C’est certain que ça va affecter la précision, révèle Mme Gendron.

La situation serait toutefois meilleure qu’aux États-Unis, où la cible est atteinte dans 15 à 30 % des cas, selon les statistiques disponibles.