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Ados et amours violents

Près de 60% des ados subissent des violences au sein de leur couple, selon une étude

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Une adolescente sur cinq au Québec a vécu de la violence sexuelle de la part de son amoureux, révèle l’une des plus vastes études jamais réalisées sur le sujet.

Environ 15 % des jeunes filles ont avoué avoir reçu des attouchements non désirés de leur part de leur partenaire, alors 7 % ont carrément subi une relation sexuelle alors qu’elles ne le voulaient pas.

C’est ce que révèle une étude sur le parcours amoureux des adolescents réalisée auprès de 8000 jeunes âgés de 14 à 18 ans par une équipe de chercheurs de l’UQAM.

Les deux sexes confondus, ce sont près de 60 % des adolescents qui ont admis avoir vécu au moins une forme de violence dans leur couple.

Les jeunes ne se présentent pas que comme des victimes dans cette étude. Plus de 50 % d’entre eux, garçons comme filles, ont admis avoir infligé au moins une forme de violence à leur partenaire.

Pris dans un cycle de violence

Menaces, tentatives de contrôler la vie de son partenaire, coups, intimidation; les formes que peut prendre la violence dans les couples d’adolescents sont nombreuses.

«Des jeunes ont raconté avoir été pris dans une relation de contrôle. Que leur partenaire tentait de surveiller et de contrôler leurs allées et venues. D’autres se faisaient traiter de tous les noms et ridiculiser devant leurs amis. Il y a aussi des filles et des garçons qui ont subi des attouchements sexuels par la menace ou la force», détaille la chercheure derrière cette étude, Martine Hébert.

La professeure au département de sexologie de l’UQAM affirme que la situation est «inquiétante» et surtout méconnue des parents et du monde de l’éducation. «On aimerait tous penser que la première relation que vivent nos adolescents sera harmonieuse. Mais on voit que la première expérience de beaucoup d’entre eux est teintée de violence», dit-elle.

Problème persistant

Selon Mme Hébert, six mois après avoir été interrogés une première fois, 75 % des adolescents victimes de violence dans leur couple vivaient toujours de la violence.

«C’est bien la preuve comme quoi il ne faut pas banaliser le phénomène, dit à ce sujet Mme Hébert. On ne peut pas dire que c’est passager, que ce n’est pas grave. Le problème de violence ne disparaitra pas tout seul.»

Mme Hébert plaide pour qu’on ramène d’urgence les cours d’éducation sexuelle dans les classes et qu’on outille mieux les intervenants scolaires pour faire face à cette problématique.

«C’est une chose que de savoir que la violence peut exister dans les relations amoureuses des jeunes. C’est une autre que de se sentir à l’aise d’en parler ou de ­savoir comment réagir», illustre-t-elle.

Si rien n’est fait, des adolescents pourraient se retrouver pris dans un cycle de violence, craint la chercheure.

«C’est le cas en particulier des jeunes qui ont subi des agressions sexuelles dans leur enfance. Nos chiffres montrent que ces derniers sont de 2 à 3 fois plus à risques de vivre de la violence dans leur couple. Si on n’intervient pas, cette violence va se cristalliser à travers le temps pour ces jeunes-là.»

♦L’Enquête sur les parcours a­moureux des jeunes (PAJ) a été réalisée par une équipe pluri­disciplinaire auprès de plus de 8000 jeunes de 14 à 18 ans ­fréquentant les niveaux du ­secondaire III, IV et V de 34 écoles secondaires réparties sur le ­territoire québécois, entre 2011 et 2014.

La violence chez les filles

63% affirment avoir vécu au moins une forme de violence dans leur couple

Psychologique: 56%

Sexuelle: 20%

Physique: 16%

Menaces de violence physique: 7%

56% des filles ont admis avoir infligé de la violence à leur partenaire, dont de la ­violence psychologique (49%) et physique (31%)

La violence chez les garçons

49% affirment avoir vécu au moins une forme de violence dans leur couple

  • Psychologique: 66%
  • Sexuelle: 6%
  • Physique: 13%
  • Menaces de violence physique: 4%

59% des garçons ont admis avoir infligé de la violence à leur partenaire, dont de la violence psychologique (39%) et sexuelle (31%)

Exemples de violence observée

Psychologique

  • Dire des choses pour me mettre en colère
  • Me ridiculiser ou rire de moi devant les autres
  • Me suivre pour savoir où et avec qui je suis

Physique

  • Me frapper ou me donner un coup de poing ou de pied
  • Me donner une gifle ou me tirer les cheveux
  • Me pousser, me bousculer, me ­secouer ou me retenir de force
  • Menacer de me faire du mal ou de me frapper

Sexuelle

  • M’embrasser, me caresser ou me faire des attouchements sans ma permission
  • Essayer d’avoir une relation sexuelle alors que je ne le voulais pas

Les témoignages de trois ados de 15 ans

«Lorsque j’étais en relation, mon amoureux me touchait sexuellement et m’obligeait à le toucher devant d’autres personnes. Lorsque je lui disais d’arrêter, il riait et continuait. J’étais fâchée et j’avais un peu peur.»

«L’expérience la plus difficile était quand je voulais casser avec elle, mais elle me disait qu’elle allait se suicider si je le faisais. J’avais peur pour elle, et pour ce qui allait se passer.»

«Me chicaner rudement avec mon copain, qu’il crie après moi puis le lendemain matin je me réveille avec un black eye. C’est difficile d’aimer quelqu’un qui nous fait plus pleurer que sourire.»