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Les derniers défenseurs de la langue

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Invitée par l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française, j’ai retrouvé mercredi soir des amoureux inconditionnels de la langue.

L’assemblée était composée majoritairement d’hommes, d’anciens professeurs, des bibliothécaires, des fonctionnaires, des syndicalistes, presque tous âgés, mais dont la passion est demeurée intacte. Nos échanges portaient sur la détérioration de la qualité du français parlé et écrit.

Intelligents, documentés, plusieurs ont consacré leur vie aux jeunes. Ils sont nationalistes. D’un nationalisme ni ethnique ni civique, mais humaniste.

Ces hommes et femmes ont vécu le grand rêve du Québec moderne. Un rêve qui s’est fracassé à la réalité politique. Ils parlent de la langue avec émotion et respect. Avec regret également. Ils s’expriment tous dans une langue soutenue, colorée, élégante, une langue dont ils connaissent les embûches et le génie.

Face à l’indifférence

Ils ne parlent pas «à la française». Rien n’est caricatural chez eux. Ils sont d’authentiques Québécois qui se désolent de l’indifférence en quelque sorte de leurs petits enfants quant à la langue d’aujourd’hui.

Un professeur qui a enseigné quarante ans dans les universités québécoises a décrit la lente dégradation du français écrit et parlé à travers la génération de jeunes qu’il a tenté de former.

Ces fils et filles d’un Québec qui disparaît, les derniers des Mohicans, des sages à vrai dire, ils préfèrent parler de la langue comme de notre âme québécoise plutôt que de l’aborder comme un moyen de communication, un outil efficace, expressions qui reflètent bien la vision utilitaire qu’impose la société consumériste.

Le Québec multiculturel qui émerge, le bilinguisme qui s’officialise et la disparition de quelques valeurs collectives qui marquaient notre distinction en Amérique du Nord ne réussiront pas à éteindre chez eux cette fidélité à la langue qui nous définit encore. Mais pour combien de temps?