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Daoust, aveugle volontaire

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Le ministre des Transports Jacques Daoust aurait dû sauter cette semaine, en même temps que sa sous-ministre et son chef de cabinet, pour nonchalance et aveuglement volontaire.

Les dates parlent. Remaniement le 27 janvier: Jacques Daoust refuse obstinément de rencontrer son prédécesseur, libéral comme lui.

Le 23 février, l’enquêtrice Annie Trudel briefe le chef de cabinet. Des contrats scindés pour échapper aux appels d’offres et confiés à d’anciens du ministère, des inspecteurs soumis à ceux qu’ils doivent surveiller, des autorités qui la niaisent: cela rend possibles collusion et corruption.

La clé !

Le chef de cabinet annule le rendez-vous suivant. Le 4 avril, l’enquêtrice remet sa démission dans une lettre détaillée, avec une clé USB contenant le fruit de ses recherches.

Un chef de cabinet s’arrange souvent pour que son ministre sache, mais pas officiellement. Il laisse traîner une lettre sur le bureau, et revient la chercher en disant «excusez, je l’ai oublié là». Ou encore, on fait une marche sans témoin...

L’ex-ministre Robert Poëti remet le 27 avril en mains propres à Jacques Daoust sa lettre explosive dans laquelle il raconte tous les soupçons, les obstacles.

Ce n’est que le 10 mai, quand un journaliste pose des questions, que le cabinet transmet à l’UPAC la clé USB de l’enquêtrice. Les preuves auront patienté cinq semaines dans un tiroir ministériel. Sans les lanceurs d’alerte anonymes et le journaliste, elles y dormiraient encore.

Arrogance

Par vengeance, probité, ou un mélange des deux, l’ancien ministre a mouillé son successeur, l’empêchant de plaider l’ignorance comme Philippe Couillard. Daoust a réagi timidement, lentement. Il a échappé aux projecteurs grâce à l’arrogance de la sous-ministre qui «par hasard » comparaissait devant les élus le même jour.

Ce ministre dépassé ne voulait pas savoir et a su malgré lui. Cela le rend inapte à gérer le plus gros donneur d’ouvrage de la fonction publique.