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La vertu qui abuse!

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Quand on adopte une loi, c’est pour régler un problème; comme celui, réel, des fumeurs qui empestent les entrées d’édifices publics et les terrasses les beaux jours d’été.

Ça ne dérangeait personne que certains se réfugient sur une terrasse par un temps frisquet, loin de l’entrée du bar ou du resto. Ils disposent d’un cendrier, ne boucanent qu’eux-mêmes.

Écœurer surtout

Mais voilà: au lieu de seulement protéger les non-fumeurs, les ayatollahs de la santé tenaient surtout à écœurer les fumeurs. On les chasse des terrasses qu’il fasse -30 ou +30 degrés, qu’il pleuve, neige ou fasse beau, qu’ils soient seuls ou dans la cohue.

On aurait pu les interdire par jour de beau temps, ou laisser les tenanciers gérer une zone fumeurs quand cela ne nuit pas aux autres. Mais il fallait les enquiquiner au maximum!

On interdit aussi le vapotage, partout, tout le temps. Pourtant, un aréopage de pneumologues et cardiologues a supplié la ministre de donner un peu de répit aux vapoteurs. Mais les vertueux chasseurs de sorcières tiennent à houspiller même les repentants!

Effets pervers

Les accros de la nicotine devront s’éloigner de neuf mètres des portes, ce qui revient à leur interdire de fumer dans des quartiers complets! Encore là, l’objectif n’est plus la protection, mais l’humiliation, la répression du fumeur, même le plus poli. Leur dépendance les poussera vers des arrière-cours, des recoins transformés clandestinement en cendriers géants.

Je passe régulièrement à pied devant un centre dont les fumeurs se regroupaient sur le terrain à l’écart, sans nuire à quiconque. À grand renfort d’amendes, un inspecteur les a forcés à se déplacer à neuf mètres de la porte; ils m’empestent maintenant sur le trottoir, devenu vite un vaste cendrier dégueu...

La variété des situations nécessite du jugement; la loi et ses inspecteurs en semblent dépourvus... Les intégristes ont gagné.