/news/currentevents
Navigation

Baiser fatal dû aux arachides

Allergique, Myriam Ducré-Lemay n’avait pas son Épipen ni de bracelet Medic-Alert

Micheline Ducré, mère de la victime, Myriam Ducré-Lemay, espère que son message sauvera des vies. Elle demande aux jeunes qui ont des allergies de porter un bracelet Medic-Alert.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés Micheline Ducré, mère de la victime, Myriam Ducré-Lemay, espère que son message sauvera des vies. Elle demande aux jeunes qui ont des allergies de porter un bracelet Medic-Alert.

Coup d'oeil sur cet article

Un simple baiser entre une jeune fille de 20 ans et son nouveau copain a tourné au drame quand cette dernière est décédée à la suite d’un choc anaphylactique, provoqué par une tranche de pain au beurre d’arachides.

Ce qui devait être une soirée de rêve a tourné au drame en octobre 2012 pour Myriam Ducré-Lemay et son nouveau copain, avec qui elle faisait la fête chez des amis dans les Laurentides.

«On s’était vu quelques jours avant et elle m’avait annoncé qu’elle avait rencontré un garçon, une nouvelle relation. Ça allait bien dans sa vie à ce moment-là. Elle m’avait dit qu’elle était en amour. C’est la première fois que je voyais ma fille avec les yeux si brillants», explique, émotive, Micheline Ducré, qui se confie pour la première fois depuis le drame.

«Malheureusement, elle n’aura pas eu le temps de lui dire qu’elle avait une allergie aux arachides», poursuit-elle.

Amour fatal

À la fin de la soirée, les deux tourtereaux se sont rendus au domicile du garçon afin d’y passer la nuit. Pendant que Myriam se préparait à dormir, son copain est allé manger une tranche de pain au beurre d’arachides. Il s’est ensuite brossé les dents avant d’aller la rejoindre dans le lit où ils se sont échangé quelques baisers. «Elle ne l’a pas senti. Habituellement, elle le sentait à cent milles à la ronde», raconte Mme Ducré.

Mais encore, jamais Myriam n’avait indiqué à son copain qu’elle était allergique aux arachides. Après le baiser, rapidement, elle s’est sentie incommodée. Myriam n’avait pas en sa possession son Épipen et son état s’est rapidement détérioré.

Les ambulanciers sont arrivés sur les lieux moins de huit minutes à la suite de l’appel. Malgré leurs efforts, relate le rapport du coroner rendu public en 2014, les manœuvres de réanimation n’ont pas eu les effets escomptés. Ils n’ont d’ailleurs pas réussi à intuber la jeune femme, et ce, même si de nombreuses doses d’Épipen ont été administrées.

Bracelet important

«C’est un téléphone qui m’a réveillé à 5 heures du matin pour me l’annoncer», se rappelle Mme Ducré, qui pense à son «rayon de soleil» chaque jour. «Elle a toujours vécu une vie normale. Jamais elle n’a été brimée à cause de ça. Elle avait normalement toujours son Épipen. Tout le monde était au courant», souligne Mme Ducré.

Selon elle, les personnes aux prises avec des allergies devraient toujours porter un bracelet Medic-Alert. «Il faut insister pour le bracelet. Si elle avait eu le bracelet Medic-Alert, lui, automatiquement, il l’aurait vu, lui aurait posé des questions».

Mme Ducré a indiqué au Journal être toujours en contact avec le jeune homme, soulignant ne jamais lui en avoir voulu. Il a eu énormément de peine à la suite de ce drame et a dû consulter.

Qui est la victime?

Micheline Ducré, mère de la victime, Myriam Ducré-Lemay, espère que son message sauvera des vies. Elle demande aux jeunes qui ont des allergies de porter un bracelet Medic-Alert.
Photo courtoisie

Myriam Ducré-Lemay

  • 20 ans
  • Elle était allergique aux arachides, aux noix et aux crustacés depuis l’âge de 3 ans
  • Une fille rassembleuse et toujours souriante

Extraits du rapport du coroner Michel Trudeau

«Quand le copain est revenu à sa chambre, il a échangé des baisers avec Myriam. Peu après, cette dernière s’est sentie incommodée et a utilisé sa pompe de Ventolin présente dans sa sacoche. Comme elle n’a pas été améliorée avec le Ventolin, elle a demandé à son copain s’il avait mangé des arachides. Ce dernier lui a alors répondu positivement. Myriam D-Lemay lui a alors demandé de signaler le 911.»

«Une enquête policière a été menée par les enquêteurs de la Régie de police Thérèse-de-Blainville. L’enquête a démontré que le copain ignorait la présence d’allergies chez Myriam D-Lemay. Il a aussi été démontré que cette dernière n’avait pas d’Épipen en sa possession

et qu’elle ne portait aucun bracelet ou médaillon pour signifier ses allergies.»

«Les policiers ont aussi appris que Myriam D-Lemay croyait que son allergie aux arachides avait diminué.»

Les allergologues misent sur l’Épipen

Les gens aux prises avec des allergies sévères sont en croissance depuis la dernière décennie. L’allergologue Rémi Gagnon répond à nos questions.

Que pensez-vous du bracelet Medic-Alert?

Il ne faut pas être gêné de notre allergie. Il faut aviser les gens. Je pense que c’est beaucoup mieux.

Le bracelet, c’est très controversé. Dans la vraie vie, si on a quelqu’un qui est capable de s’exprimer plutôt que de lui mettre un tag. Parfois, on a remarqué que le bracelet qui met une identification favorise la gêne.

Est-ce que les gens aux prises avec des allergies depuis de nombreuses années sont trop confiants et traînent moins leur Épipen?

Ça fait partie des facteurs de risque de réaction fatal de ne pas traîner leur Épipen. Malheureusement, lorsque les gens réalisent que ça fait longtemps qu’ils n’ont pas eu de réactions, la tendance, qui est à risque, est de laisser souvent tomber l’Épipen. Ils se sentent en confiance et croient qu’ils peuvent éviter les contacts. Mais, c’est une des raisons lorsqu’arrive une réaction d’importance.

Que conseillez-vous aux personnes aux prises avec des allergies alimentaires?

À partir du moment où on a une allergie alimentaire qui est confirmée et diagnostiquée, il ne faut jamais se sentir à l’abri d’un contact accidentel. La meilleure prévention, c’est d’avoir son auto-injecteur disponible. Qu’il soit toujours valide et la date d’expiration vérifiée et que la technique soit connue. Il faut aussi savoir quand l’utiliser.

Selon une récente étude publiée en Colombie-Britannique, énormément de parents ayant des enfants avec des allergies ne savent pas comment utiliser l’Épipen. Êtes-vous surpris?

C’est une des lacunes. C’est pour ça qu’il y a beaucoup d’enseignement. C’est pour ça qu’on favorise toujours la révision de la technique. C’est pour ça que les démonstrateurs sont accessibles facilement, pour faire répéter les familles, les grands-parents, les parents et même le patient.