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Une démission exigée

Jacques Daoust
Photo Agence QMI, Simon Clark

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Hier, en Commission parlementaire de l'administration publique (CAP), l'enquêtrice Annie Trudel et la vérificatrice interne Louise Boily ont témoigné avec aplomb et confirmé ce que nous soupçonnions déjà depuis le 18 mai dernier: il y a eu intimidation, falsification de documents et culture du secret au ministère des Transports (MTQ), sous la gouverne de Jacques Daoust. Il faut saluer leur courage et leur intégrité.

Le courage de Louise Boily

Louise Boily n'a laissé aucun doute sur le mensonge éhonté du premier ministre Philippe Couillard, de son ministre du MTQ, Jacques Daoust et de son ex-sous-ministre, Dominique Savoie qui ont déposé aux députés un rapport signé de son nom, mais totalement modifié et tronqué de plusieurs pages.

Tous les trois ont fait la valse à quatre temps pour induire les parlementaires en erreur et endormir l'opinion publique avec des justifications aussi fallacieuses les unes que les autres. Dans un premier temps, ils ont nié que le rapport ait été falsifié ou tronqué, pour finalement se rendre à l'évidence et inventer, de toutes pièces, des réponses qui n'ont ni queue ni tête, aussi contradictoires qu'invraisemblables: erreur de pagination Word, problème d'imprimante, etc.

En guise de récompense pour son honnêteté et sa rigueur, Louise Boily, la vérificatrice interne, a été rétrogradée par la sous-ministre d'alors, Dominique Savoie, au poste de directrice de la révision des programmes. Le MTQ lui doit des excuses publiques et sa réintégration dans son poste à la direction de l'Audit.

«La plus respectée» des hauts fonctionnaires

Au lendemain de son audition à la CAP, l'ex-sous-ministre, Dominique Savoie a été transférée au Conseil exécutif, le ministère du premier ministre. On se souviendra que, de son siège à l'Assemblée nationale, le premier ministre Couillard avait affirmé, le 18 mai dernier, que «la titulaire actuelle du poste de sous-ministre aux Transports est une des hautes fonctionnaires les plus respectées de l'administration publique du Québec».

Et il le pensait vraiment, car Dominique Savoie en menait large à la tête du MTQ et pas seulement. Elle était pressentie pour être nommée secrétaire générale associée du gouvernement du Québec, afin de remplacer Juan Roberto Iglesias, à titre de secrétaire générale et greffière du Conseil exécutif, l'année prochaine.

Quand on a des accès aussi privilégiés au sommet du pouvoir, «la plus respectée» des sous-ministres n'a que faire des «jérémiades» de son ministre en titre, Robert Poëti, et ne s'est même pas gênée pour le dire aux députés, lors de son audition à la CAP.

«Je ne pense pas qu'entre un ministre et un sous-ministre, on parle d'ordres», avait-elle tranché. Voilà qui est clair, du moins dans son esprit. L'ancien ministre Poëti se plaignait donc pour rien, madame la sous-ministre n'avait pas de comptes à lui rendre sur les allégations d'irrégularités constatées par l'enquêtrice, Annie Trudel, qu'il avait lui-même engagée.

Le témoignage d'Annie Trudel

Annie Trudel, qui a lancé l'alerte depuis le 18 mai dernier, a fait un témoignage percutant à la CAP, hier. Elle a démontré, à suffisance, que non seulement elle avait été harcelée et entravée dans l'exercice de son mandat au MTQ, mais que la sous-ministre Dominique Savoie lui avait fait la vie tellement dure qu'elle a été obligée de démissionner. On a appris aussi que la fameuse clé USB, qu'elle avait remise au cabinet du ministre Jacques Daoust a été trafiquée, et qu’au moins 22 documents s'y sont retrouvés comme par enchantement.

Daoust doit démissionner

Cette saga du MTQ nous indique que le premier ministre Couillard a perdu le peu de crédibilité qui lui restait pour assumer les plus hautes fonctions de l'État. Il nous donne, encore une fois, un spectacle pathétique, digne des guignols avec son ministre Jacques Daoust. Difficile de savoir s'il faut en rire ou en pleurer.

La farce a assez duré. Jacques Daoust doit démissionner et ça presse. Il est inadmissible qu'un personnage aussi tordu soit aux commandes des affaires de l'État, dans une position névralgique de surcroît, à la tête du ministère des Transports (MTQ) qui est visé, au premier chef, par les allégations de collusion et de corruption depuis plusieurs années.

Plusieurs ministres ont été démis de leur fonction pour beaucoup moins que cela. Je pense, entre autres, à Rita Dionne-Marsolais, forcée de quitter son poste de ministre du Revenu, le 28 avril 1999, sous le gouvernement de Lucien Bouchard, pour une erreur commise par l'un des fonctionnaires de son ministère qui aurait divulgué des données nominatives. C'est ce qu'on appelle avoir le sens de l'État et le souci de l'éthique publique.

LE CAS DAOUST

À la tête du ministère des Transports, depuis janvier dernier, il navigue dans les eaux troubles des irrégularités, du trafic d'influence, de la falsification de documents et de l'intimidation des employés de son ministère qui osent, à leurs risques et périls, dénoncer les stratagèmes dont ils sont témoins.

C'est le même Jacques Daoust qui a présidé à la liquidation des actions d'Investissement Québec dans RONA, afin de faciliter son acquisition par l'américaine Lowe's, alors qu'il était ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, un fait qu'il continue de nier, malgré l'évidence et les preuves concrètes.

À l'Assemblée nationale, ses justifications alambiquées ne bernent plus personne. Le mot MENSONGE s'écrit sur son visage à chaque fois qu'il se hasarde à traficoter des réponses qui ne tiennent pas debout. Plus il ment, plus il se cale et plus le portrait du «cover up» se dévoile au grand jour. Le seul qui n'hésite pas à monter au créneau pour le défendre, c'est celui qui l'a nommé ministre, le premier ministre Couillard.

Jacques Daoust avait 66 ans quand Philippe Couillard l'a présenté comme le candidat du «renouveau du PLQ», dans le comté de Verdun, en prévision des élections générales du 7 avril 2014. Pour ce faire, il aura fallu tasser son vaillant député et ex-ministre, Henri-François Gautrin.

Henri-François Gautrin, c'est 25 ans d'expérience parlementaire à son meilleur, autant de loyaux services au PLQ et de l'intégrité à en revendre. Le 26 février 2014, il espérait encore défendre les couleurs de son parti, quand il avait déclaré à La Presse qu'il a toujours l'intention de se présenter: «Si c'est leur volonté que je ne me présente pas, cela peut être leur volonté... Mais tant que ce n'est pas fait, ce n'est pas fait». Dans les jours qui ont suivi, Philippe Couillard lui a montré la porte, sans ménagement.

Digne, Henri-François s'est bien gardé de nuire à son parti, mais sa conjointe, Liliane Lavallée, qui a vécu cet épisode douloureux avec lui avait confié à La Presse du 28 février 2014 qu'il était «triste et blessé de se voir ainsi rejeté».

Henri-François Gautrin était parmi les premiers députés libéraux à se mettre sur les rangs, en 2012, pour appuyer la candidature de Philippe Couillard à la chefferie du PLQ. Mais Philippe Couillard n'a de loyauté qu'envers lui-même.

Retournement de l'histoire

À voir l'arrogance avec laquelle le premier ministre Couillard traite les questions de l'intégrité du gouvernement, je ne peux m'empêcher de saluer le génie de l'ex-député de Verdun, Henri-François Gautrin.

On lui doit la création de la Commission de l'administration publique (CAP), celle-là même ou les députés ont confronté «la plus respectée» des hauts fonctionnaires, Dominique Savoie, et entendu les témoignages accablants de Louise Boily et d'Annie Trudel.

Il est également l'auteur de la Loi sur l'imputabilité des sous-ministres et des dirigeants d'organismes publics, sanctionnée en 1993. Elle stipulait précisément que ces derniers étaient responsables de leur gestion administrative devant les parlementaires.

Depuis, la CAP a introduit un véritable changement de culture institutionnelle à cause du pouvoir qu'elle confère aux députés, comme contrôleurs de l'action gouvernementale, sur la haute fonction publique. Elle se consacre à la surveillance de la gestion administrative de tous les ministères et organismes gouvernementaux et à cause de son mandat de reddition des comptes, elle est toujours présidée par un député de l'opposition.

S'il y a un côté positif à ce scandale du MTQ, c'est qu'il a démontré l'importance du rôle des députés comme contrôleurs de l'action du gouvernement. Ils ont démontré qu'au-delà de la partisanerie politique, ils peuvent rehausser leur image, en s'appropriant les outils mis à leur disposition par l'Assemblée nationale, notamment la Commission de l'administration publique.