/news/green
Navigation

Le fleuve Saint-Laurent renaît

Un chercheur affirme que le cours d’eau n’a pas été aussi en santé depuis 50 ans

émilien pelletier
Photo courtoisie UQAR Le professeur associé de l'Institut des sciences de la mer de Rimouski, Émilien Pelletier, a consacré sa carrière entière à étudier le fleuve Saint-Laurent.

Coup d'oeil sur cet article

Au courant des 50 dernières années, la santé du fleuve Saint-Laurent n’a jamais été aussi bonne qu’aujourd’hui, selon Émilien Pelletier, un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude du fleuve et qui est optimiste pour l’avenir.

Lors d’une croisière aux baleines dernièrement, Émilien Pelletier a été marqué d’entendre une femme s’exclamer sur la présence des cétacés. «Comment ça se fait qu’il y ait autant de baleines, alors que le fleuve est tellement pollué», a tout bonnement lancé la croisiériste.

Ces mots ont eu l’effet d’une prise de conscience sur le chercheur qui estime qu’en fait, la santé du fleuve n’a pas été aussi bonne depuis très longtemps et qu’elle est en constante amélioration.

Son discours détone avec celui des écologistes qui ne cessent de répéter que le fleuve court à sa perte.

«Je me suis dit qu’on avait peut-être tendance à parler trop des problèmes. Mais ce que je vois aujourd’hui comme apport toxique par rapport à ce que j’ai connu dans les années antérieures montre que nous n’avons plus ce type de problème-là», a dit le professeur associé à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski.

Ce dernier est heureux de constater qu’au fil des années, les efforts de décontamination du Saint-Laurent ont porté leurs fruits et qu’il y a une amélioration constante de l’état de santé du fleuve depuis 40 ans. «Il y a 10 ans, ça aurait été impensable qu’on permette aux gens de se baigner dans le fleuve Saint-Laurent de Montréal jusqu’à Québec. Mais on voit qu’il y a des municipalités qui vont finalement être prêtes à ouvrir des zones de baignade. C’est le meilleur signe que tu peux avoir de la qualité des eaux qui va continuer de s’améliorer», a dit M. Pelletier.

Des années plus sombres

La situation est loin d’avoir toujours été aussi favorable pour l’un des plus grands fleuves du monde. Dans les années 1960, son écosystème était envahi de produits chimiques.

«Il y avait beaucoup d’égouts, d’entreprises chimiques qui rejetaient toutes sortes de choses dans la partie d’eau douce entre Cornwall et Québec. Le fleuve était pas mal contaminé», a dit le professeur.

Ses pires ennemis étaient le DDT, un puissant insecticide et les BPC, une sorte d’huile synthétique utilisée par les industriels pour faire fonctionner les transformateurs électriques. Il y avait aussi les rejets de métaux en provenance des industries métallurgiques et, bien sûr, les eaux usées des égouts qui étaient alors à peine traitées.

Le printemps silencieux

C’est à cette même époque qu’il y a eu une prise de conscience collective et que des changements se sont opérés, selon le chercheur.

La publication du livre Le printemps silencieux, de la biologiste Rachel Carson, a déclenché une vague de mouvements environnementaux. En utilisant l’image des oiseaux qui ne chanteraient plus au printemps, l’auteure a contribué à faire interdire le DTT aux États-Unis dans les années 1970.

«Ça a été le début du contrôle sévère des rejets dans le fleuve. Il y a eu des efforts gouvernementaux importants, l’implantation de nouvelles lois, la fermeture d’usines trop polluantes et l’arrivée de nouvelles techniques pour réduire l’apport des contaminants dans le fleuve», a dit Émilien Pelletier.

Lentement mais sûrement

La situation s’est complètement renversée, mais des traces du passé sont encore présentes.

En raison de la profondeur du fleuve et de son fjord, l’humain ne peut pas intervenir pour dépolluer complètement. «Il faut laisser la nature faire son boulot. Elle le fait, mais à une vitesse qui n’est pas nécessairement celle qui nous plairait pour remédier à nos erreurs passées. Tout ça prend de nombreuses années à se régénérer», a dit le chercheur.

Qui est Émilien pelletier ?

Formation

  • Doctorat en chimie
  • Maîtrise en océanographie
  • Baccalauréat en chimie

Première mission océanographique sur le fleuve et dans le fjord du Saguenay en 1973

Il est devenu un spécialiste en écotoxicologie marine

Une quarantaine d’années de travaux de recherche sur le fleuve à son actif

Retraité, mais pas vraiment. Il est toujours professeur associé à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski.

Ses points de vue

Le déversement de 8 milliards de litres d’eaux usées de Montréal dans le fleuve en 2015 :

«Quelqu’un qui voit faire ça va peut-être se dire que ce n’est pas grave s’il met sa vieille huile dans les égouts.»

Le transport pétrolier sur le fleuve :

«La flotte de bateaux est relativement jeune. C’est interdit d’ailleurs dans les eaux canadiennes de transporter du pétrole avec des vieux rafiots. Le transport par bateau est le plus sécuritaire et de loin, surtout comparé au train.»

Le projet de terminal maritime de TransCanada à Cacouna :

«Je ne suis pas un militant, je ne fais partie d’aucune organisation militante, mais l’affaire de Cacouna, ça n’avait pas de bon sens. Le passage des navires et les risques au quai de chargement, c’était tellement proche des zones immédiates utilisées par les bélugas, là, nous avions un sérieux problème.»

Six espèces en péril dans le fleuve