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Quand le cancer mène au street art

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Il y a de ces épreuves dans la vie qui nous amènent ailleurs. Parlez-en à l’artiste peintre Berko, qui a su faire de ses traitements contre le cancer un moteur de créativité. Résultat ? Des portraits plus grands que nature aux touches de street art qui ne cessent de gagner en popularité.

Une Cendrillon armée, une Marilyn Monroe entourée de graffitis, des superhéros réunis, des icônes de la pop ou de la mode: les immenses toiles de Berko se sont fait connaître sur les réseaux sociaux et par le bouche-à-oreille. Aujourd’hui, elles ornent les foyers d’acheteurs du Québec et même du Canada anglais.

«Sans farce, ça n’arrête pas. J’essaie de faire des tableaux pour moi, pour le fun, mais je ne peux pas, je n’ai pas le temps. J’ai plein de commandes, tout est vendu d’avance», se réjouit celui qui a été forcé de diminuer ses heures au travail pour pouvoir répondre à la demande.

Autodidacte

Originaire de Québec, Berko – qui souhaite entretenir le mystère sur sa véritable identité – travaille avec l’huile, l’acrylique, l’aquarelle, le crayon Sharpie et la peinture en canne. «Je prends n’importe quoi, je n’ai aucune formation en art, je suis vraiment autodidacte», dit-il, ajoutant qu’il préfère travailler sur des «grosses pièces». «Je ne fais rien en bas de 3 pieds par 4 pieds.»

La formule fonctionne. La boutique Surmesur a acheté ses œuvres pour décorer l’ensemble de ses succursales et l’humoriste Yannick de Martino lui a récemment commandé une toile de la populaire série pour adolescents... Dawson’s Creek.

«Je ne connaissais pas ça pantoute, je n’avais jamais écouté ça! J’étais sûr qu’il me niaisait. Je trouvais ça bizarre, mais j’ai dit que j’allais le faire. J’y ai demandé un dépôt, pour être sûr... et il me l’a donné! Il était sérieux finalement ! Je suis allé lui porter la semaine passée et il était super content», lance Berko en riant.

Cancer généralisé

Le jeune homme compte produire une centaine de pièces cette année. Il était loin de se douter que sa passion prendrait un tel virage. Tout a commencé en 2007, alors qu’il apprenait un diagnostic qui allait changer sa vie: cancer généralisé. Il avait 22 ans. Alors qu’il suit ses traitements de chimiothérapie, sa mère l’invite à venir peindre chez elle.

«Ma mère avait déjà fait de la peinture plus jeune. C’était vraiment pour me changer les idées. Je ne sortais pas de chez nous. Elle a invité ma sœur et moi, elle a acheté des toiles et des pinceaux. J’avais fait de la peinture toute la journée, dehors, et j’ai vraiment tripé», se souvient-il.

Le lendemain, il reprenait l’exercice chez lui. «Je n’ai jamais arrêté. Pour moi, c’est une échappatoire. Les premières années, je peignais pas mal juste quand ça allait mal. Ça m’aérait la tête», ajoute-t-il.

En rémission de son cancer, la vie reprenant tranquillement son cours, il peint à temps perdu des pièces énormes qu’il expose dans son appartement. L’an dernier toutefois, un second cancer le force à cesser de travailler pour six mois. «Ça n’allait pas bien et je n’avais rien d’autre à faire. Ça a éclaté.»

Berko se remet à peindre à temps plein, enchaînant les toiles en «quantité industrielle». Son talent attire l’attention de ses proches, qui lui passent des commandes. Ces dernières ne cessent d’augmenter, depuis.

«C’est spécial. J’ai commencé à peindre à cause de la maladie. C’est ce qui m’a aidé d’en vivre aussi. Pas que j’aurais fait faillite, mais arrêter de travailler pendant six mois, quand tu as des obligations et que tu n’es plus assurable sur rien... C’est comme un conte de fées», termine-t-il.