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Le mystère des films cultes

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo courtoisie Ferris Bueller’s Day Off

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Plus les années passent, plus les anniversaires entourant certains films semblent se multiplier. Cet été, alors que de nombreux cinéphiles célèbrent les 30 ans de Ferris Bueller’s Day Off, Le Journal s’est demandé comment un long-métrage devenait culte. Premier constat après en avoir discuté avec plusieurs experts: un important flou législatif entoure le phénomène.

La définition de film culte varie effectivement énormément d’une personne à l’autre. Pour certains, c’est un vieux film qu’on aime revoir régulièrement (Deux femmes en or, Orange mécanique), alors que pour d’autres, c’est un film obscur qui hante nos esprits (The Toxic Avenger, Pink Flamingos).

Selon Jarrett Mann, président-directeur ­général du Festival SPASM, la grand-messe ­annuelle du cinéma indépendant québécois de genre, la naissance d’un film culte est toujours inattendue. «Il n’y a pas de recette magique. C’est une combinaison de facteurs. C’est quelque chose qui clique et qui prend des ­proportions surprenantes», déclare celui qui cite Star Wars, Blade Runner et Evil Dead parmi les plus grands films cultes de l’histoire.

Chose certaine, pas besoin d’être un chef-d’œuvre pour être qualifié de film culte. Les nombreux palmarès consacrés au phénomène trouvés sur internet regorgent de navets ­assumés.

Cocréateur de Total Crap, un festival qui rend hommage aux désastres télévisuels et cinématographiques, Simon Lacroix donne l’exemple de Troll 2, un film d’horreur du ­cinéaste italien Claudio Fragasso qui brosse le portrait d’un village peuplé de trolls affamés de chair humaine. Sorti en 1990, cet échec retentissant a longtemps été considéré comme le pire film au monde. Il récolte d’ailleurs un maigre 6 % sur Rotten Tomatoes.

«Les gens riaient, mais pas au bons endroits, explique Simon Lacroix. C’était tellement ­mauvais que c’était bon. Ça a créé un buzz sur internet et c’est devenu une sorte de légende.»

«Les imperfections font souvent partie d’un film culte, ajoute Jarrett Mann. Ce ne sont pas tout le temps des films à gros budget. Ce sont ­souvent des films indépendants.»

Des signes sans équivoque

Bien qu’aucune règle claire n’encadre clairement l’attribution du mot «culte», certains signes ne mentent pas. Vos amis connaissent les répliques d’un film par cœur? Tout porte à croire qu’il s’agit d’une œuvre culte. Au ­Québec, Elvis Gratton est sans contredit le personnage fictif le plus cité de l’histoire. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un dire: «Moé, j’ai un garage, un gros garage!» Ou ­encore «Pasta Dental» et «Elvis Wong»? Trop souvent, sans doute.

Autre facteur à prendre en considération: le succès initialement remporté par l’œuvre en question. Beaucoup de films cultes ont connu un mauvais départ au box-office ou n’ont tout ­simplement jamais rencontré leur public en salles. Pour certains, il s’agit d’un élément ­déterminant. Créateur du site web extrabeurre.com, le critique et blogueur Kevin ­Laforest croit même qu’on devrait refuser ­l’entrée des blockbusters au panthéon des films culte. «Pour moi, Star Wars, ce n’est pas un film culte; c’est mainstream.

Le cinéma culte a commencé au début des années 1970 avec des films comme El Topo et Night of the Living Dead, qu’on projetait à ­minuit. «Ça provoquait des rassemblements d’initiés. Ce n’était pas monsieur madame Tout-le-monde qui allait au ciné-parc.»

La localisation géographique influencerait également le potentiel culte de certains longs-métrages. Au Québec, quelques films ont atteint ce statut enviable uniquement grâce au doublage, à commencer par Slap Shot, cette comédie sportive américaine mettant en vedette Paul Newman. «Si Slap Shot n’avait pas eu une version en joual québécois, ce ne serait pas un film culte parce qu’au départ c’est un film très ordinaire, indique Kevin Laforest.


Un événement spécial visant à souligner les 30 ans du film Ferris Bueller’s Day Off aura lieu le same­di 6 août au Club Soda. Pour plus d’info: www.mcflyevt.ca.

À l'ère des réseaux sociaux

La montée en flèche des réseaux sociaux a favorisé l’éclosion de nouveaux films cultes au cours des 10 dernières années. Plus besoin d’attendre patiemment le party d’Halloween ­annuel thématique Rocky Horror Picture Show pour partager son amour pour l’œuvre cinématico-musicale de Jim Sharman; un mot-clic sur Twitter suffit pour entrer en communication avec d’autres fans finis.
 
«Dans les années 1980, le culte a explosé avec l’arrivée du VHS parce que, avant ça, tu devais aller voir ton film préféré en salle, raconte Marc Lamothe, codirecteur général du Festival international de films Fantasia. Aujourd’hui, la multiplication des médias fait en sorte qu’on peut le voir autant de fois qu’on veut. L’accès est beaucoup plus facile. Ça nourrit l’engouement.»

Le festival Fantasia aura lieu du 14 juillet au 3 août à Montréal.

10 incontournables

Bien qu’il existe autant de films cultes que d’êtres humains sur Terre, nous avons dressé une liste de 10 longs-métrages d’ici et d’ailleurs qui entrent incontestablement dans cette catégorie.

The Rocky Horror Picture Show (1975)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Film musical américain de Jim Sharman truffé de scènes burlesques. Ce pastiche des séries B de science-fiction des années 1950 fera l’objet d’un remake qui sera présenté à FOX cet automne.

Culte-o-mètre

Tous les 31 octobre, toutes les métropoles du monde sont envahies par des partys thématiques Rocky Horror Picture Show.


Elvis Gratton (1985)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Satire du regretté Pierre ­Falardeau qui suit les folles aventures d’un garagiste de Brossard ­imitateur d’Elvis Presley. Avec ­l’inimitable Julien Poulin.

Culte-o-mètre

Nous connaissons tous quelqu’un qui connaît les répliques par cœur. «Moé ch’t’un Canadien québécois, un Français canadien-français. Un Américain du Nord français. Un francophone. Un Québécois canadien. Un Québécois d’expression canadienne-française française. On est des Canadiens. Américain francophone d’Amérique du Nord.»


Showgirls (1995)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Ce drame simili-érotique – semblant être fait sur mesure pour Bleu nuit – ­relate le parcours de Nomi Malone, une jeune autostoppeuse qui rêve de devenir danseuse à Las Vegas.

Culte-o-mètre

Critiqué de tous bords tous côté à son arrivée en salles, Showgirls s’est transformé au fil du temps en une grande fable métaphysique et politique incom­prise. Faut le faire!


The Big Lebowski (1998)

♦ Ce long-métrage des frères Coen (Fargo, No Country For Old Men) brosse le portrait d’un chômeur adepte du bowling (Jeff Bridges, alias «The Dude») pris au cœur d’une affaire ­d’extorsion.

Culte-o-mètre

Malgré une critique mitigée, The Big ­Lebowski s’est construit une communauté grandissante d’adeptes, lesquels se réunissent sporadiquement pour jouer au bowling et boire des White Russians.


La guerre des tuques (1984)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Le conte pour tous des Contes pour tous. Une réalisation d’André ­Melançon. Même la version 3D, sortie en décembre dernier, était bourrée de clins d’œil nostalgiques.

Culte-o-mètre

Complétez la phrase: «La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour...»


Turbo Kid (2015)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Ce drame de science-fiction québécois anglophone mettant en vedette Laurence Lebœuf dépeint un monde post-apocalyptique situé en... 1997.

Culte-o-mètre

Moins d’un an après sa sortie, Turbo Kid compte une légion de fans ­inconditionnels, tatouages à l’effigie des personnages inclus.


Troll 2 (1990)

♦ Film d’horreur à très, très petit budget mettant en vedette des acteurs amateurs déguisés en gobelins ­végétariens.

Culte-o-mètre

Ironie du sort, Troll 2 a fait l’objet d’un excellent documentaire de Michael Stephenson intitulé Best Worst Movie.


Mean Girls (2004)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Le film qui a fait de Lindsay Lohan une star... avant les ­arrestations, les séjours en ­désintox, les scandales en tous genres, etc. Sur un scénario de Tina Fey, cette comédie pour ados suit les traces de Heathers et Clueless.

Culte-o-mètre

Le 3 octobre a été officieusement rebaptisé «Journée ­internationale de Mean Girls» en l’honneur d’une réplique du film.


National Lampoon’s Christmas Vacation (1989)

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo d'archives

♦ Pour Noël, Chevy Chase décore sa maison de 25 000 ampoules. Au Québec, Christmas Vacation est connu sous le titre Le sapin a des boules.

Culte-o-mètre

Le film le plus culte du producteur et auteur américain John Hughes. Et c’est tout dire, sachant qu’il est derrière presque tous les films cultes des années 1980, incluant Ferris Bueller’s Day Off, The Breakfast Club et Sixteen Candles.


Le dîner de cons (1998)

 

<i>Ferris Bueller’s Day Off</i>
Photo courtoisie

♦ Un riche éditeur parisien (Thierry Lhermite) invite un employé du ­ministère des Finances passionné de constructions de maquettes en ­allumettes (Jacques Villeret) à «un ­dîner de cons». Quand Pierre Brochant rencontre François Pignon.

Culte-o-mètre

En plus d’avoir lancé une mode heureusement révolue (la tenue de «dîners de cons»), cette comédie française de Francis Veber regorge de répliques qu’on s’amuse à répéter pour aucune raison particulière.

- Il s’appelle Juste Leblanc.

- Ah bon. Il n’a pas de prénom?