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Québec dans l’œil des handicapées

Un anthropologue veut présenter une vision de la ville selon la perspective des gens à mobilité réduite

Raynald Pelletier, membre du ROP 03, doit affronter toutes sortes de difficultés de déplacement au quotidien. Le travail de Yan Grenier permettra maintenant de cartographier et de documenter les obstacles qui pourraient se trouver sur son chemin.
Photo Stevens Leblanc Raynald Pelletier, membre du ROP 03, doit affronter toutes sortes de difficultés de déplacement au quotidien. Le travail de Yan Grenier permettra maintenant de cartographier et de documenter les obstacles qui pourraient se trouver sur son chemin.

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Un anthropologue de l’Université Laval veut équiper 30 personnes handicapées de caméras GPS pour documenter les difficultés de déplacement des personnes à mobilité réduite dans la ville de Québec.

C’est pour son projet de doctorat que Yan Grenier a pensé à cette idée qu’il qualifie de «toute simple en pratique». Les trente volontaires porteront durant leurs déplacements des caméras à la fine pointe de la technologie permettant de géolocaliser les trajets. L’équipement permettra au même moment d’enregistrer des témoignages en temps réel de leurs difficultés.

«Le rapport GPS permet de recréer une carte à partir de leurs tracés. On va pouvoir géolocaliser leurs commentaires, les vidéos. Ça donne une carte interactive, ‘’handicapée’’, de la ville de Québec», explique l’instigateur du projet.

Raynald Pelletier, membre du ROP 03, doit affronter toutes sortes de difficultés de déplacement au quotidien. Le travail de Yan Grenier permettra maintenant de cartographier et de documenter les obstacles qui pourraient se trouver sur son chemin.
Photo Stevens Leblanc

Réalité bien existante

Celui qui travaille au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) croit que son projet pourra faire une réelle différence. «Un projet comme le mien va permettre de montrer la complexité de déplacements aussi simples que sortir de chez soi ou prendre l’autobus. Ça peut sensibiliser les décideurs publics à cette réalité», espère Yan Grenier, qui souhaite aussi donner un coup de pouce aux organismes de défense des droits des personnes handicapées.

Cette réalité est bel et bien réelle dans la ville de Québec même si le commun des mortels ne le réalise pas toujours. Que ce soit un bateau-pavé (descente de trottoir) avec un trou, un poteau de téléphone ou une terrasse en plein milieu d’un trottoir, les obstacles sont là.

«Un trottoir de six pouces pour une personne en fauteuil roulant, c’est l’équivalent d’une clôture de dix pieds avec du barbelé pour moi. Quand tu comprends ça, tu vois à quel point la ville peut être hostile», dénonce Yan Grenier.

Yan Grenier, doctorant en anthropologie de l'Université Laval.
Photo Didier Dubusscheres
Yan Grenier, doctorant en anthropologie de l'Université Laval.

Recherche de financement

Le doctorant doit maintenant se procurer tout l’équipement pour mener son projet à terme. 30 caméras GPS, avec les accessoires et les harnais adaptés, le tout pour un total d’environ 12 000$.

Après avoir essuyé des refus de commanditaires et partenaires potentiels, l’anthropologue doit se tourner vers le sociofinancement pour amasser les fonds nécessaires. «C’est ça la difficulté de faire quelque chose d’atypique en anthropologie. La campagne GoFundMe était un dernier recours», explique M. Grenier.

Il continue toutefois de croire en son projet, qui est très attendu dans la communauté scientifique. «C’est une idée qui peut changer des choses et qui est facilement exportable dans d’autres villes par la suite.»

Les gens qui voudraient aider Yan Grenier à financer son projet peuvent le faire à cette adresse : https://www.gofundme.com/2cxry34v

Les membres du ROP-03 se réunissent régulièrement pour discuter des enjeux qui touchent les déplacements des personnes handicapées.
Photo Didier Dubusscheres
Les membres du ROP-03 se réunissent régulièrement pour discuter des enjeux qui touchent les déplacements des personnes handicapées.

Des difficultés bien réelles

Le projet de Yan Grenier vise dans le mille si l’on se fie à la façon que des personnes ayant des incapacités de déplacements perçoivent la ville de Québec.

Pour le directeur du ROP03, un regroupement d’organismes venant en aide aux personnes handicapées, le dossier de la mobilité est prioritaire. «Il y a ce qui est urgent, ce qui est très urgent et ce qui est très très urgent», insiste Olivier Collomb d’Eyrames.

Des membres de l’organisme n’ont pas besoin de réfléchir longuement avant d’identifier des endroits problématiques. À peu près tout le Vieux-Québec est complètement absent de leurs vies, malgré la beauté de l’endroit. «Même la rue St-Jean, c’est magnifique l’été. Mais les terrasses sont sur le trottoir, donc ils doivent se taper la rue en pavé avec leurs fauteuils», dénonce M. d’Eyrames.

Exemple nombreux

Dans Vanier, plusieurs trottoirs sont obstrués par des boites aux lettres ou des poteaux d’Hydro-Québec installés en plein centre du trottoir. Pourtant le quartier abrite le domaine du Parc-Savard une coopérative d’habitation adaptée où vivent plusieurs personnes à mobilité réduite.

L’exemple de la baie de Beauport frappe aussi l’imaginaire. «On nous a dit qu’on voulait redonner le fleuve aux citoyens de Québec, se rappelle Robert. Je ne me sens pas tellement comme un citoyen quand je réalise que je ne peux pas y aller.» La plage est accessible par un long trottoir en bois impraticable en fauteuil roulant. «Et il n’y a pas de descente au bout. Ils tombent dans le vide», déplore le directeur du ROP 03.

Citoyens à bout

Un citoyen désirant garder l’anonymat a aussi contacté Le Journal pour dénoncer une situation «complètement illogique» au parc Montchâtel de la ville de Québec. Un stationnement pour handicapé s’y trouve au bas d’une côte qui elle, donne sur des marches.

«Un citoyen comme moi qui veut faire changer les choses à l’arrondissement, c’est comme essayer de parler au Pape, dénonce le résident du secteur. Comme souvent dans ces situations, tous les intervenants se relancent la balle».

Cinq endroits à éviter à Québec selon des personnes handicapées

  • Quartier St-Jean-Baptiste
  • Baie de Beauport
  • Plaza Limoilou pour les handicapés visuels
  • Vieux-Québec
  • Avenue Maguire