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La « caquisation » du Parti québécois avec Lisée

POL-LISEE-CAMPAGNE
Photo Agence QMI, YVES CHARLEBOIS

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Paradoxalement, Jean-François Lisée propose aux forces progressistes de s’unir et de ne présenter qu’un seul candidat dans Verdun tout en se drapant dans ses dernières propositions d’un populisme qui sied plus à la CAQ qu’à Québec solidaire. L’intellectuel et pragmatique candidat à la direction de son parti serait-il en voie de se composer un autre personnage parce qu’il est en manque d’appuis parmi la députation péquiste?

Soutenu par aucun député actuel de son parti dans sa quête d’en devenir le prochain chef, le député montréalais a lancé plusieurs propositions depuis le début de la campagne qu’il qualifie lui-même de réalistes et d’audacieuses. On ne peut certainement pas lui reprocher de manquer d’imagination et d’originalité, car il se distingue pour la quantité et la diversité des idées lancées. Toutefois, plusieurs de ses propositions flirtent avec le populisme qui caractérise la CAQ et les appuis reçus d’anciens députés reflètent bien mal le progressisme dont il s’affuble.

Profitant de la controverse soulevée par la CAQ autour du burkini, le député Lisée voudrait lancer un débat public sur le droit ou non de porter la burka à cause des enjeux de sécurité. À ce propos, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a vivement rétorqué à la députée caquiste, Nathalie Roy, que ce n’était pas un problème et qu’elle n’entendait pas intervenir sur la question. Le Parti québécois réagit de la même manière avec l’idée lancée par monsieur Lisée sur la burka, en effet Agnès Maltais considère impraticable et inutile une interdiction sur cette question.

Il est tout de même surprenant qu’après s’être montré dissident du projet de la charte des valeurs de son parti, le député Lisée se fasse le chantre d’une interdiction de porter la burka et ouvre la voie à pareil mouvement pour le burkini. Il fallait l’entendre tenter de se dépêtrer dans une entrevue accordée à Patrick Masbourian, alors que ce dernier lui demandait s’il n’était pas dans les platebandes de la CAQ. Je ne répèterai pas les arguments énoncés par les collègues Villeneuve et Trudel dans leur billet sur le sujet, que je vous invite à lire par ailleurs, je veux toutefois rappeler leur idée que la force d’une société démocratique ne réside pas dans l’interdit, mais plutôt dans la libre expression et le pouvoir de conviction.

Il est aussi bizarre d’entendre l’appel à la convergence des forces progressistes par un candidat à la chefferie du Parti québécois qui compte parmi ses appuis les ex-députés et ministres Jacques Brassard et Joseph Facal. Ces supporters ne logent sûrement pas à l’enseigne du progressisme et ajouteront à la répulsion de plusieurs militants  progressistes pour le député auteur du livre Pour une gauche efficace. Il faut se rappeler que le titre du livre était inspiré par les propos de François Legault.

L’appel aux progressistes fait par Lisée n’est-il finalement qu’une manœuvre pour essuyer un non et faciliter une alliance éventuelle avec un parti plus à droite comme la CAQ afin d’évincer les libéraux? En ce sens, les propositions populistes qui se rapprochent des visions de la CAQ seraient en quelque sorte les préliminaires à cette future alliance en latence dans l’esprit du candidat. Les membres péquistes ne sont peut-être pas appelés à faire un choix cornélien entre les deux candidats qui se détachent du peloton, en l’occurrence Cloutier et Lisée, mais j’ai des sérieux doutes sur la capacité de l’ex-conseiller des Parizeau et Bouchard à pouvoir redonner de la vigueur à ce parti.