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Tourisme Québec dépense sans compter

Son site internet QuébecOriginal coûte cher et rapporte des poussières

Tourisme Québec a développé un outil efficace pour épauler les hôteliers avec QuébecOriginal, mais la clientèle n’embarque pas et les contribuables doivent en payer le prix.
Photos d’archives Jean-François Desgagnés, et Capture d’écran Tourisme Québec a développé un outil efficace pour épauler les hôteliers avec QuébecOriginal, mais la clientèle n’embarque pas et les contribuables doivent en payer le prix.

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Conçu dans le cadre d’un pactole de dizaines de millions de dollars octroyés à Bell Canada, l’outil de réservation de nuitées d’hôtel en ligne du ministère du Tourisme, QuébecOriginal.com, coûte en entretien quatre fois plus que ce qu’il rapporte, a découvert notre Bureau d’enquête.

Traduit en six langues, l’outil a généré des minuscules revenus de 130 000 $ dans les coffres de l’État en 2015. Simplement pour l’entretien, le site a coûté 570 000 $ durant la même année, selon des données transmises par le ministère de l’Économie.

Les fonds publics continuent d’être injectés même si la plateforme web du ministère ne fait tout simplement pas le poids devant la concurrence des grands sites de réservation en ligne, tels qu’Expedia et Booking.com.

Moins de retombées que les Pee-wee

Les retombées du site du ministère pour le secteur hôtelier ont été de seulement 1,7 M$ en 2015. Pour illustrer, c’est deux fois moins que les retombées hôtelières pour les dix jours du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec.

En 2005, 85 000 nuitées ont été réservées via le site. Une décennie plus tard, avec l’arrivée des grands sites, le nombre de nuitées a fondu par six, constate-t-on.

QuébecOriginal, qui s’appelait initialement BonjourQuébec, est le système de gestion de Tourisme Québec, incluant l’outil de réservation en ligne. Tout le système a été lancé au début des années 2000 dans le cadre d’un partenariat public-privé totalisant 30 M$ à parts égales entre le ministère et Bell Canada.

Tourisme Québec a versé 16 M$ en 2010 et 6 M$ en 2015, toujours à Bell, sans le moindre appel d’offres. Le système et le site internet ont jusqu’ici coûté 37 M$.

Avantageux, mais pas couru

Pourquoi le gouvernement continue-t-il de vouloir concurrencer les grands sites en ligne? «Ce service permet de rendre transactionnels les sites internet des attraits touristiques, gratuitement, simplement et sans programmation» et d’«accroître la connaissance de la clientèle», nous a répondu Jean-Pierre D’Auteuil, des relations médias au ministère de l’Économie. Selon nos informations, Québec songe à revoir sa formule.

M. D’Auteuil explique aussi que les établissements d’hébergement bénéficient d’un modèle tarifaire avantageux. La commission est de 7 % sur QuébecOriginal, tandis qu’elle se situe entre 15 % et 25 % pour des sites comme Expedia ou Booking.com. Les hôtels québécois ont donc tout intérêt à ce que la clientèle passe par le site gouvernemental.

Les hôteliers contactés ont souligné que le nombre de nuitées réservées sur QuébecOriginal dans leur établissement était de «quelques-unes» par mois.

Des coûts pour peu de résultats

Argent public injecté dans le système de gestion informatique du ministère depuis 1999: 37 M$

Coût de refonte du site QuébecOriginal en 2014: 400 000 $

Coût en entretien de l’outil de réservation en ligne en 2015: 570 000 $

Revenus générés par les réservations en ligne en 2015: 130 000 $
 

Les hôteliers dénoncent... poliment

Dans le marché hôtelier, c’est devenu une évidence: Québec doit trouver une solution pour remplacer le modèle actuel de réservations en ligne de QuébecOriginal.

Les hôteliers se retrouvent entre l’arbre et l’écorce. D’un côté, ils saluent les efforts et ne veulent pas critiquer le ministère du Tourisme qui investit pour les aider dans cette lutte féroce de la réservation en ligne.

D’un autre côté, ils jugent que la formule actuelle est inévitablement à revoir et au plus vite. Voilà pourquoi la plupart des hôteliers ont refusé de commenter officiellement.

Un hôtelier a même éclaté de rire lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait de la pertinence de l’outil de réservation du ministère du Tourisme. «Ça ne marche pas!» lance-t-il.

Se tourner vers l’avenir

La présidente de l’Association hôtelière de la région de Québec, Michelle Doré, préfère se tourner vers l’avenir.

«De pair avec le ministère, on est en train de regarder quelle est la solution pour que tout le monde soit gagnant», lance-t-elle.

Le directeur général de l’hôtel Marriott de Québec, Dany Thibault, juge aussi qu’une révision de la structure est importante.

«Est-ce que les budgets de commercialisation en ligne sont nécessaires? La réponse, c’est oui, et ça en prend même plus. C’est par là que ça passe. Est-ce que la forme actuelle de QuébecOriginal est optimale? Je ne peux pas répondre, mais il est permis d’en douter», explique-t-il.

«On doit revoir notre façon de commercialiser en ligne de façon continuelle. On doit repenser notre façon de travailler», ajoute celui qui dirige des hôtels depuis près de 15 ans à Québec.