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Programmation informatique: le Québec en retard

La province n’est pas à jour en matière d’enseignement des nouvelles technologies

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Les élèves de maternelle de Valérie Bollet arrivent facilement à programmer cette petite abeille robotisée, pour qu'elle effectue un trajet bien précis sur une maquette.

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Cet automne, des robots feront leur entrée dans les écoles de la Colombie-Britannique, de la Nouvelle-Écosse et de la France afin d’initier les élèves à la programmation informatique. Pendant ce temps, le Québec accuse un retard en la matière, affirment des experts interrogés par Le Journal.

Les documents du ministère de l’Éducation qui concernent l’enseignement des technologies n’ont pas été mis à jour depuis 15 ans. Résultat: on y fait référence à l’utilisation du télécopieur et même des disquettes.

«C’est presque honteux, ça montre à quel point on est vraiment en retard. C’est quasiment gênant par rapport à d’autres pays, ça montre un manque d’intérêt», lance Thierry Karsenti, titulaire de la chaire de recherche sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation.

Normand Roy, professeur en sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, affirme que la première chose à faire est de mettre à jour les documents de référence existants. Ce dernier se réjouit toutefois que «ce qui est écrit ne corresponde pas à ce qui se passe dans les classes».

De plus en plus de profs intègrent les nouvelles technologies et la robotique à leur enseignement, mais en l’absence de balises récentes provenant du ministère, la situation dans les classes est à «géométrie variable» et basée sur la volonté de chaque enseignant, dit-il.

Des robots dans les écoles?

La nécessité de mettre à jour les directives provenant du ministère fait consensus parmi les experts interrogés, mais ceux-ci ne s’entendent pas sur la manière de le faire. Certains, comme Margarida Romero, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, estiment que le Québec devrait intégrer la programmation informatique dans la grille-matières des élèves, comme c’est le cas dans une douzaine de pays européens.

D’autres considèrent plutôt que les nouvelles technologies doivent demeurer des outils à intégrer aux autres matières, afin d’aider les élèves à «apprendre à apprendre». Normand Roy considère qu’avant d’apprendre à coder, les élèves devraient plutôt développer de façon plus systématique leur pensée critique par rapport aux technologies, afin de mieux comprendre les conséquences d’une publication sur Facebook ou les rouages de la publicité sur le web.

Des robots dès la maternelle dans une école de Québec

Au collège Stanislas de Québec et de Montréal, tous les élèves seront initiés cette année aux rudiments de la programmation informatique grâce à une cinquantaine de robots qui font déjà fureur auprès des élèves.

Dans la classe de Valérie Bollet, des élèves de cinq ans manipulent de petites abeilles robotisées qui se déplacent sur le plancher. À l’aide des commandes très simples, les élèves peuvent programmer ces petits insectes pour qu’ils se déplacent sur un plan quadrillé, ce qui leur permet d’apprendre des notions d’orientation. «C’est assez épatant, les élèves sont très à l’aise. Ça permet de développer leur esprit logique, tout en travaillant en équipe», affirme Mme Bollet.

Dans une autre classe, des élèves de quatrième et cinquième année construisent leur propre robot fait de blocs Lego, avant de lui donner des commandes via un logiciel informatique. «L’idée, c’est de se servir de cet outil supplémentaire pour développer les apprentissages. Ça motive les élèves, autant les filles que les garçons», affirme leur enseignant, Mathieu Louchard.

Ces enseignants avaient déjà expérimenté la robotique l’an dernier mais cette année, ce sont tous les collègues sans exception qui devront l’intégrer en classe, puisque le code informatique fait son entrée dans les nouveaux programmes du réseau scolaire français.

Le directeur, Gérald Benettot, se réjouit de pouvoir l’étendre à toutes ses classes, ce qui n’aurait pas été possible sans directives claires dans les nouveaux programmes, souligne-t-il. «On sait que ça développe l’esprit créatif de l’enfant, c’est une certitude. Et à terme, il y a un gamin sur quatre qui va travailler dans ce domaine-là, alors de toute façon, il faut s’y mettre», lance-t-il.