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Nouveau service pour parents en deuil

Le CHU offrira des photos souvenirs à ceux qui viennent de perdre un bébé avant la naissance

L’entente exclusive entre Guylaine Renaud et le CHU devrait aider les familles à mieux vivre leur deuil, soutient la responsable de la fondation J’allume une étoile.
Photo Jean-François Desgagnés L’entente exclusive entre Guylaine Renaud et le CHU devrait aider les familles à mieux vivre leur deuil, soutient la responsable de la fondation J’allume une étoile.

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Un pas de géant vient d’être franchi pour les familles qui vivent des deuils périnataux à Québec, alors que le CHU offrira gratuitement une séance photo souvenir de la dépouille des bébés.

Guylaine Renaud, responsable et photographe de la fondation J’allume une étoile, vient de conclure une entente d’exclusivité avec le CHU de Québec pour la production de photos de bébés qui sont morts avant la naissance.

Retoucher les images

Après que les mamans aient mis au monde l’être inanimé, un photographe bénévole de l’organisme pourra entrer, si la famille le veut bien, dans la chambre afin de réaliser une série de clichés du bébé. «On remet une photo au parent lorsqu’on quitte l’hôpital afin qu’ils ne partent pas les mains vides», souligne Mme Renaud.

Ensuite, la fondation sélectionne de nombreuses photos, retouchant les images par souci d’esthétisme, car la peau du bébé peut être très abîmée. «On les met en noir et blanc. On soigne l’aspect parce que le petit bébé peut être rouge, bleu... la peau un peu brisée. Puis on les grave et on fait deux impressions», explique-t-elle. Mme Renaud mentionne rechercher des bénévoles «humains, sensibles et emphatiques» prêts à être formés.

Rituels

Sujet tabou, le deuil périnatal afflige pourtant plus d’une famille chaque jour au Québec. Au CHU de Québec, c’est près d’une centaine par année. Pour y faire face, les parents dévastés se tournent de plus en plus vers des rituels parfois surprenants.

Photos du bébé décédé, tatous, urnes, vidéo souvenir et pierre tombale: les façons de vivre son deuil périnatal et de combattre la dépression sont multiples. D’ailleurs, Le Journal a rencontré des gens ayant vécu la perte d’enfants à l’aube de leur naissance.

<b>Josée Jacques</b><br>
<i>Psychologue spécialisée en deuil</i>
Photo courtoisie
Josée Jacques
Psychologue spécialisée en deuil

«Les rituels, ça aide. Lorsque les gens prennent le temps de pratiquer des rituels, comme bercer le petit bébé, l’habiller pour une première fois ou le coiffer, etc. Ils vont après coup se rendre compte que le geste aura été bénéfique pour eux», explique Josée Jacques, psychologue spécialiste en deuil.

La spécialiste estime également que les deuils, peu importe leur nature, ne sont pas comparables. «Les gens ne sont pas conscients de l’ampleur de cette perte-là. Pourtant, c’est très fréquent. Les gens n’osent pas en parler, c’est l’inconnu. Il y a des préjugés. On tend un peu à minimiser, alors qu’au fond la souffrance ça ne se compare pas», dit la psychologue qui enseigne aussi aux thanatologues.

Décès enregistrés ou non ?

  • Les fausses couches qui surviennent avant 20 semaines ne sont pas enregistrées au registre québécois des décès, mais selon l’Institut de la statistique elles représentent entre 15 % et 20 % de toutes les grossesses annuelles.
  • Lorsque le poids du fœtus est de 500 grammes et plus, il est enregistré comme une mortinaissance, ou en terme plus commun enfant mort-né.
  • En 2014, selon les données provisoires, le Québec a dénoté 371 décès du genre.

« Mon ventre est un tombeau »

Il existe un tabou face au deuil périnatal, soutiennent les gens qui l’ont vécu
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Il existe un tabou face au deuil périnatal, soutiennent les gens qui l’ont vécu

Dépressions, long deuil et expérience traumatisante: Jessica Plourde est marquée à jamais par la mort de sa petite Alison qui s’est éteinte à 33 semaines de grossesse.

Jessica Plourde et son conjoint avaient le vent dans les voiles. Ils attendaient leur premier enfant, Alison, et après cinq ans de vie commune, ils venaient de s’acheter une belle maison à Mirabel. C’était en mai 2010.

Rien ne laissait présager de problème avec le bébé. «Elle était en super forme. J’étais fière de mon ventre, dit-elle. La petite chambre était finie, on avait acheté une balançoire et du linge».

C’est entre Noël et le jour de l’An tout a basculé, alors qu’elle recevait ses proches pour un party. À ce moment, elle est enceinte de 32 semaines et six jours. Durant la soirée, son bébé ne bougeait pas. Son corps réagissait à quelque chose. «Je pensais à un rhume, une grippe», relate-t-elle.

Le lendemain matin, c’est le drame. Son ventre est mou. Elle a su immédiatement. «Notre fille est morte», a-t-elle affirmé à son conjoint au réveil. «Je pleurais... Il y avait quelque chose de grave».

Une fois à l’hôpital, le pire se confirme. Le cœur ne battait plus. «Je paniquais, je criais, se souvient-elle. J’étais démolie, anéantie. J’ai frappé dans le mur. Mon chum, c’est la seule fois que je l’ai vu pleurer en 10 ans».

Jessica devait maintenant accoucher d’un enfant mort, et ce, naturellement à l’aide de tiges de bambou. Elle a gardé son enfant pendant un difficile 24 heures dans son ventre avant l’intervention.

Séparation difficile

Une fois extirpée, Alison a passé quelques heures en compagnie de sa mère, son père. Ils ont vêtu son petit corps et l’ont serrée dans leurs bras, fort. «Même le médecin pleurait», admet-elle. «On l’a bercé et quand ils sont partis avec la dépouille, ç’a été difficile. Ç’a été l’enfer». L’autopsie révélera huit mois plus tard que Jessica a eu un hématome intraplacentaire qui a causé un manque d’air au cerveau de Alison.

Le deuil a été intense, il a duré plus d’un an. «J’avais des montées de lait qui faisait mal, mais pas de bébé à allaiter. Tu as le corps d’une femme qui vient d’accoucher, mais tu n’as rien pour te rendre heureux».

Autres grossesses

Depuis, le couple a eu deux garçons et ils attendent dans les prochains mois une petite fille.

Elle est tombée enceinte trois mois après le décès de Alison. À chaque grossesse, Jessica a fait une grave dépression et a dû prendre de la médication. «J’ai l’impression que mon ventre est un tombeau», avoue-t-elle.

Néanmoins, Jessica reste partie prenante de l’histoire de la famille. Dans la petite maison, une plaque a été installée sur le mur avec des souvenirs de la petite. «À quatre ans, son frère Loan parle de sa sœur [et] des étoiles lorsqu’il passe devant la plaque», explique Jessica.

Un deuil qui est très tabou

Ces deuils liés aux morts périnatales, aux fausses couches ou aux mort-nés, sont encore très tabous dans notre société, affirme Valérie Dorion, accompagnatrice de nombreuses familles anéanties.

<b>Valérie Dorion</b><br>
<i>Fête des anges de Montréal</i>
Photo courtoisie
Valérie Dorion
Fête des anges de Montréal

Ayant elle-même perdu une petite fille décédée, à terme, quelques heures avant de voir le jour il y a 14 ans, en plus de ses trois fausses couches, elle connaît la douleur se rattachant à ces pertes tragiques. «La chambre était prête, pis finalement, il n’y en a pas de bébé. Tu as des montées de lait... Les gens nous disent de passer à autre chose, qu’on est chanceux parce qu’on ne l’a pas connu, qu’on est encore jeune et qu’on pourra en avoir un autre», a mentionné Mme Dorion. «Moi, je ne me suis pas occupée du corps de ma fille et je l’ai amèrement regretté».

Facebook

Valérie Dorion, qui a aussi créé la Fête des anges de Montréal à la suite de son propre deuil il y a 14 ans, a fondé un groupe privé sur Facebook qui compte plus de 1400 adeptes.

La majorité des participants sont des gens qui ont vécu ou qui vivent un tel deuil. D’autres sont des proches de victimes, personnes endeuillées qui veulent s’exprimer ou essayer de comprendre.

Sur cette page, les femmes se livrent complètement, sans détour.

Procédure lors d’une mort périnatale à l’hôpital

1. Les parents peuvent voir l’enfant après la naissance s’ils le veulent.

2. Ils peuvent passer un moment avec la dépouille, l’habiller, prendre des photos et la bercer.

3. Il est aussi permis d’exiger une autopsie.

4. L’enfant peut ensuite être envoyé dans une fosse commune.

5. Il est possible de contacter des salons mortuaires qui gèrent gratuitement ce type de décès. Certains fournissent même l’incinération et l’urne.