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Papa à temps plein

Quatre pères à la maison se confient sur leurs motivations

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Ils sont encore l’exception, mais les hommes sont de plus en plus nombreux à rester au foyer pour élever les petits. À 42 ans, avec deux enfants, Charles De Grâce fait partie de ces papas «modernes» qui sont à la maison alors que maman travaille.

En 1976, être un homme et s’occuper de la maisonnée, c’était impensable, mais depuis quelques années, les papas à temps plein se multiplient.

«Au début, certains trouvaient ça bizarre, ils ne comprenaient pas qu’un homme puisse accepter de dépendre de sa conjointe», explique Charles De Grâce, qui réside à Lac-Beauport.

Avec une douce moitié avocate à l’horaire chargé, Charles De Grâce ne voulait pas courir dans tous les sens, entre la garderie et le boulot, le jour où ils fonderaient leur famille.

Il a ainsi laissé tomber son emploi dans le domaine de la restauration, qui le payait bien, dit-il.

Depuis six ans, il s’occupe de Catherine 5 ans et de François-Xavier 15 mois, en plus de faire le ménage, la cuisine et le lavage.

Stress réduit

Être parent à la maison assure à sa famille une tranquillité dit M. De Grâce,

Pas de stress le matin pour aller reconduire la plus grande à l’école. Au retour, on prépare le dîner. De temps en temps, on visite grand-maman ou on va au parc avec le plus petit.

Difficile de dresser un portrait exact des pères au foyer au Québec puisqu’il existe peu de statistiques sur le sujet.

On sait toutefois que 7,5 % des pères québécois sont au foyer, pour diverses raisons (par choix, en congé de paternité ou à la recherche d’emploi). En 1976, c’était seulement 1 % des pères*.

Préjugés tenaces

Malgré le fait que les papas à la maison sont de plus en plus nombreux, les préjugés subsistent.

«Certains pensent que tu es un profiteur. Comme homme, c’est difficile à accepter de se faire voir ainsi, mais ça passe», confie Charles de Grâce.

Le plus difficile pour lui a plutôt été de renoncer à son indépendance financière.

«Au début, c’est certain que tu as l’impression de “demander” de l’argent, mais rapidement on a établi que c’est “notre” argent», explique-t-il.

Après quelques années, Charles de Grâce a toutefois décidé de démarrer une entreprise qui lui permet de travailler dans ses temps-libres, quelques heures par semaine.

«Je me suis découvert un intérêt pour l’importation de vins. Je travaille sur mes projets, quand les enfants font la sieste», dit-il.


*Source: Institut de la statistique du Québec et Statistiques Canada.

Quelques chiffres

Aujourd’hui

  • 0,8 % des papas québécois sont à la maison par choix.
  • 7,5 % des papas québécois sont à la maison (par choix, en congé de paternité ou à la recherche d’emploi).
  • 89 % des papas québécois travaillent.

En 1976

  • Environ 1 % des papas québécois étaient à la maison pour diverses raisons.
  • Environ 93 % des papas québécois travaillaient.
  • 54 % des papas québécois étaient le seul soutien de la famille.

Source : Profils d’emploi des familles avec enfants, Statistique Canada et Enquête sur la population active 1997, Statistique Canada

Portraits de papas

Charles De Grâce

Photo Agence QMI, Simon Clark
  • Lac-Beauport
  • 42 ans
  • Détenteur d’un diplôme de secondaire 5

Papa de Catherine 6 ans et de François-Xavier 15 mois

«C’est le plus beau choix que j’ai fait. Ma blonde est avocate, voulait une famille, mais savait que son travail allait lui demander beaucoup d’investissement de temps. C’était clair que si on avait des enfants, c’est moi qui resterais à la maison»

«En général, un homme et une femme, ça n’a pas toujours la même façon de fonctionner. Ma blonde a dû faire des deuils, notamment sur la façon de faire le ménage»


Philippe Arsenault

Photo courtoisie
  • Lévis
  • 35 ans
  • Détenteur d’un Baccalauréat en informatique

Papa de Léo 5 ans et Émi 1 an

«Avoir pris le congé parental complet a complètement changé ma vie. Je travaillais dans l’univers des jeux vidéo et c’était un milieu où on ne compte pas nos heures. C’était impossible d’envisager reprendre ce rythme de travail lorsque le congé terminerait».

«Être resté à la maison m’a donné une telle proximité avec mes enfants que j’ai préféré changer d’emploi pour m’assurer d’avoir assez de temps à leur consacrer».


Eric Mongrain

Photo Améli Pineda
  • Montréal
  • 41 ans
  • Détenteur d’un diplôme en technique d’usinage

Papa de Lukas 6 ans et de Lytycya 5 ans

«Depuis que je suis papa à la maison, j’ai appris à respirer. Je n’ai jamais été aussi fier de ce que je fais. Regarder mes enfants grandir c’est un des plus beaux cadeaux. Je chante, je joue, je ris, j’ai la chance de vivre tous ces petits moments avec eux».

«La première année, ç’a été tout un casse-tête. Je n’avais jamais vraiment changé des couches, j’étais un peu maladroit. À 19h, j’étais déjà couché avec les enfants».


Christophe Drouin

Photo Améli Pineda
  • Montréal
  • 29 ans
  • Détenteur d’un Baccalauréat en économie

Papa de Rose 4 mois

«Je n’ai pas vraiment été confronté à de mauvaises réactions lorsque j’ai annoncé que c’est moi qui prendrais le congé parental. Les gens ont plutôt tendance à se dire qu’en 2016, on est rendu là, que les papas peuvent rester à la maison».

Pas pour toujours

Contrairement à plusieurs mamans à la maison, la plupart des pères au foyer ne se voient pas quitter à tout jamais le marché du travail, selon la sociologue Valérie Harvey qui s’est penchée sur les motivations des papas à la maison pour sa thèse de doctorat.

«Les hommes se sont longtemps définis en fonction de leur travail. Certains craignent qu’en restant à la maison trop longtemps, ils seront perçus comme des zéros plutôt que des héros», explique Mme Harvey.

Plusieurs papas ont aussi de la difficulté à s’épanouir pleinement à travers la parentalité, constate-t-elle.

Certains retourneront sur le marché du travail tout de suite après leur congé ou ceux qui décident de rester à la maison trouveront des projets personnels pour se réaliser, comme ce fut le cas pour Charles de Grâce.

«Leur ordre de priorités change, mais il y a parfois un besoin d’être valorisé aussi professionnellement», souligne la sociologue.

Congé parental

Mme Harvey constate également une nouvelle tendance qui s’installe tranquillement, alors que de plus en plus de pères n’hésitent pas à prendre le congé parental complet pour permettre à leur conjointe de travailler ou d’étudier.

C’est le cas de Christophe Drouin, diplômé en économie et employé d’une institution financière. L’homme de 29 ans qui réside à Montréal n’a pas hésité à offrir à sa conjointe de prendre le congé parental au complet pour lui permettre de compléter son Barreau.

«Je ne m’étais jamais imaginé à la maison, mais l’occasion s’est présentée parce qu’elle est aux études alors je lui ai proposé», raconte le papa de la petite Rose, 4 mois.