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La flamme éternelle de M. Tanguay

À 83 ans, Maurice Tanguay s'investit toujours dans sa fondation et suit de près les affaires de «son bébé», l'Océanic de Rimouski, dont s'occupe maintenant son petit-fils Alexandre.
photo stevens leblanc À 83 ans, Maurice Tanguay s'investit toujours dans sa fondation et suit de près les affaires de «son bébé», l'Océanic de Rimouski, dont s'occupe maintenant son petit-fils Alexandre.

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Maurice Tanguay soufflera mardi ses 83 bougies, et si son médecin n'avait pas exigé qu'il se repose davantage en raison de sa santé plus fragile, il serait toujours aussi actif. La passion, après tout, n'a pas d'âge.

«Il ne se fait pas de garages pour remplacer les pièces usées des humains, malheureusement», lance d'entrée de jeu M. Tanguay, président et fondateur d'Ameublements Tanguay, et dont le premier commerce était justement un garage de mécanique automobile.

À notre arrivée, l'homme d'affaires s'excuse de ne pas être en mesure de se lever pour nous souhaiter la bienvenue dans son bureau de la Fondation Maurice Tanguay, qui vient en aide aux enfants handicapés. Il a en effet dû se résoudre, ces dernières semaines, à se déplacer en fauteuil roulant. Un vieux problème de genoux est revenu le hanter, et ses jambes ne peuvent plus le supporter.

Pas question pour M. Tanguay de s'en plaindre, toutefois, bien qu'il se passerait volontiers des effets du temps. Malgré cela, il s'investit toujours dans sa fondation, et suit de près les affaires de «son bébé», l'Océanic de Rimouski, dont s'occupe maintenant son petit-fils Alexandre. Il regarde aussi aller avec fierté son fils Jacques chez Ameublements Tanguay. Les trois hommes se parlent souvent et M. Tanguay offre ses conseils.

«La vie est belle quand même, et on reste dans un beau pays», dit-il, estimant qu'il y «a pas mal de gens bien plus mal pris» que lui.

Sa grande fierté

Des gens dans le besoin, sa fondation créée il y a 25 ans contribue d'ailleurs à en aider sur une base quotidienne. «Nous recevons huit à 10 demandes par jour», expose M. Tanguay, pour qui cette fondation représente sa plus grande fierté, «en plus de ses enfants», précise-t-il.

L'idée de cette œuvre lui est venue lors de la naissance de sa petite-fille Jennifer, qui travaille aujourd'hui dans l'un de ses magasins. Il se rendait alors au CHUL avec son épouse Madeleine tous les jours, pour visiter leur fille et leur petite-fille qui a dû demeurer hospitalisée plusieurs mois.

M. Tanguay a constaté que l'unité n'était pas suffisamment équipée pour le nombre d'enfants. Il a acheté des télévisions et des micro-ondes, et s'est mis en tête de faire davantage. Des millions de dollars ont depuis été remis à des familles et en milieu hospitalier.

Employés en or

Lorsqu'on aborde le succès phénoménal de son entreprise d'ameublement, fondée il y a 55 ans, M. Tanguay souligne à tout coup la contribution de ses employés. Idem pour sa fondation. «Un homme tout seul ne peut rien faire.»

Il attribue également ce succès à son «plan de fou» d'offrir de reporter le paiement de six mois. Il espérait ainsi mousser les ventes de téléviseurs couleur, jugés trop chers. On était au début des années 1960. C'était une première en Amérique.

«J'aurais pu faire une faillite épouvantable. Il n'y avait pas de crédit à l'époque. Les gens nous remettaient des chèques au printemps qu'on n'encaissait qu'à la fin de l'année. Sur les 1100 téléviseurs couleur, je n'ai eu que deux chèques qui ont rebondi. C'était quand même exceptionnel.»

M. Tanguay n'aurait jamais pu deviner la suite. La première année, les ventes totalisaient 65 000 $. L'an dernier, elles atteignaient 300 M$. Une belle fierté pour un homme dont les années ne parviendront clairement jamais à atténuer la flamme.

Retour des Nordiques

Maurice Tanguay a fait partie du groupe qui s'était associé à Molson dans les années 70 dans le but d'attirer une équipe de la Ligue nationale de hockey à Québec.
 
Les conditions exprimées par Marcel Aubut l'avaient toutefois incité à se retirer lorsque l'équipe est arrivée, décision qu'il n'a jamais regrettée. Il croit fermement que Québec va ravoir ses Nordiques.
 
«On ne peut pas les ravoir comme ça d'un coup sec de même», considère-t-il, rappelant que le fonctionnement du repêchage d’expansion a nui aux chances de Québec. M. Tanguay croit à un retour dans deux ou trois ans, grâce à un transfert d'équipe.
 
«Mais je ne suis pas du tout là-dedans, c'est juste mon idée», précise l'homme d'affaires, qui n'a pas été tenté de s'impliquer financièrement avec Québecor dans cette aventure. «Ce n'est plus de mon âge», affirme-t-il, ajoutant qu'un club de la LNH exige beaucoup de temps et d'engagement.

Sièges chanceux

Parmi les six sièges que détient Maurice Tanguay au stade municipal de Québec, où évoluent les Capitales, deux lui sont réservés depuis 65 ans.
 
«Ce sont les deux mêmes sièges, derrière le banc des joueurs, que nous occupions Madeleine et moi lors de notre première sortie», confie-t-il.
 
Son histoire d'amour avec Madeleine, qui fut sa première blonde, me souligne-t-il fièrement, dure depuis autant d'années. Le couple a trois enfants, dont Jacques, et sept petits-enfants.

Pas que des succès

Appelé à commenter son succès en affaires, Maurice Tanguay fait remarquer en riant qu'il n'a pas fait que des bons coups.
 
Il a notamment été propriétaire de deux restaurants, dont un à Lévis qu'il avait eu le malheur d'ouvrir un dimanche de Pâques. Il avait réservé une table avec sa famille, pour s'apercevoir que le restaurant était bondé, que personne n'avait à manger, et que c'était la catastrophe.
 
«J'avais engagé un gérant, qui pleurait dans son bureau parce qu'il avait perdu le contrôle, relate-t-il. Bien des gens sont repartis du restaurant sans avoir mangé, ce jour-là, dont nous.»