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Un résident de Québec sauvé par un don de moelle osseuse d'un Allemand de 25 ans

Benoît Boivin
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC Benoît Boivin

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Frappé de plein fouet par une leucémie myéloïde aiguë, un résident de Québec doit la vie à un jeune Allemand de 25 ans qui a fait un don altruiste de moelle osseuse.

«On s’est écrit. Je souhaite le rencontrer un jour, car j’aimerais comprendre ce qui l’a amené à être aussi généreux. S’il n’avait pas fait ce don, je ne serais plus là», exprime, reconnaissant, Benoît Boivin.

Son unique frère n’étant pas compatible, il a fallu faire appel à la banque mondiale de moelle osseuse, en espérant trouver le bon donneur avant que son état ne se détériore trop.

«C’est un genre de tsunami que la vie met sur ta route. J’avais une belle carrière, une vie agréable. En novembre 2012, j’ai eu une petite grippe qui se prolongeait. En janvier suivant, à la suite de prises de sang, mon médecin m’a demandé de me présenter à l’Hôtel-Dieu de Québec. Je n’ai rien vu venir. J’étais à l’hôpital pour une grippe, alors que deux médecins sont venus m’annoncer: “vous avez un cancer du sang, monsieur”», se rappelle parfaitement M. Boivin, qui était alors âgé de 56 ans.

Lot de complications

Il s’en est suivi plusieurs séances de chimiothérapie, des séjours prolongés à l’Hôtel-Dieu de Québec – près de 150 jours au total, en isolement – et son lot de complications. Alors que son système immunitaire était au plus bas, il a pratiquement perdu la vue durant trois semaines, à cause d’une grave infection aux yeux.

«On sait tous qu’on va mourir un jour. Dans mon lit d’hôpital, lorsque le médecin m’a dit que les traitements de chimiothérapie n’avaient pas fonctionné, je me suis dit que je n’étais pas prêt à partir. J’ai dit au médecin: vous allez me sortir d’ici», relate M. Boivin.

Perte de son frère

Alors qu’il combattait la maladie, il a dû surmonter la perte de son frère, qui a été d’un soutien indéfectible durant ces longs mois de traitements. «Il m’a accompagné tout le temps de ma maladie. Nous étions sur la rue Saint-Joseph, lorsqu’il s’est écroulé à mes côtés. On a dû prendre la décision de le débrancher. Je lui a dit: “c’est moi qui devais partir et c’est toi qui s’en vas”», confie M. Boivin.

Il est le porte-parole de la marche Illumine la nuit, organisée par la Société de leucémie et lymphome du Canada, samedi le 24 septembre, sur les plaines d’Abraham.

Une protéine aux propriétés insoupçonnées

Une protéine associée au cancer de la prostate, découverte il y a 20 ans par des chercheurs du CHU de Québec, jouerait un rôle clé dans la progression de la leucémie lymphoïde chronique, ce qui ouvre la porte à des traitements mieux ciblés pour ce cancer du sang.

«C’est une protéine qu’on pensait connaître par cœur. On sait maintenant qu’elle a d’autres fonctions biologiques qu’on n’avait pas anticipées. C’est vraiment intrigant et intéressant d’étudier son impact sur la leucémie lymphoïde chronique», signale le Dr Éric Lévesque, hémato-oncologue et chercheur au CHU de Québec, qui a été le premier à isoler cette fameuse protéine, en 1996.

Une première subvention de 160 000 $, sur deux ans, de la Société de leucémie et lymphome du Canada, permet au groupe de chercheurs de poursuivre ses travaux, en collaboration avec des collègues autrichiens.

Cancer plus agressif

«On avait observé chez 320 patients atteints de leucémie lymphoïde chronique que 30 % à 40 % d’entre eux avaient un certain marqueur sanguin associé à un diagnostic défavorable et une résistance aux traitements de chimiothérapie. Cela vaut le coup d’aller creuser les mécanismes de cette protéine», souligne la Dre Chantal Guillemette, titulaire de la chaire de recherche du Canada en pharmacogénomique, au CHU de Québec.

Les chercheurs amorcent leurs travaux, de sorte qu’il s’écoulera plusieurs années avant la mise au point de nouveaux traitements. «Actuellement, on n’est pas très bien outillés pour prédire l’évolution de cette maladie. Des traitements mieux adaptés permettraient de prévenir ou de retarder du moins la maladie», précise la Dre Guillemette.

Cancers du sang

  • 110 000 Canadiens atteints ou en rémission
  • 4e rang des cancers les plus fréquents au Canada

Leucémie lymphoïde chronique

  • 2195 nouveaux cas par an au pays
  • 60% hommes – 40% femmes
  • Moyenne d’âge: 65 à 70 ans

Société de leucémie et lymphome Canada

  • 2,1 millions $ investis dans la recherche en 2014
  • 5 millions $ amassés au pays lors de la Marche Illumine la nuit