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Alain Perreault a menti pour «assurer son avenir»

Alain Perreault
Photo d'archives Alain Perreault

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Alain Perreault affirme avoir changé sa version des faits et s’être incriminé pour le meurtre de Lyne Massicotte, devant le grand patron, afin d’«assurer son avenir». Ce témoignage n’a convaincu en rien la Couronne, qui a plutôt coincé l’accusé en soulevant moult contradictions dans ses déclarations précédentes.

La défense a poursuivi sa preuve vendredi matin au procès d’Alain Perreault, accusé d’avoir assassiné Lyne Massicotte, le 17 juillet 2003. L’individu de 54 ans, qui avait brièvement entamé son témoignage la veille, a passé en revue les différentes mises en scène effectuées par des agents doubles, entre le 30 septembre 2009 et le 13 janvier 2010.

À cette dernière date, Alain Perreault a rencontré le «grand patron» de l’organisation criminelle fictive, dont il a cru être membre pendant trois mois et demi.

« Panique totale »

Le boss le traite de «menteur» lorsqu’il livre la «version originale» concernant la disparition de la dame de Chambly. Jugeant son «avenir compromis» au sein de l’organisation, il décide de mentir.

«Le patron veut une version, je lui en donne une. Il n’est pas content, je suis obligé de lui en donner une deuxième», tranche-t-il, affirmant avoir inventé une histoire «à peu près crédible» au fur et à mesure. La «panique totale» s’installe quand il est question d’aller à la recherche du cadavre, avec deux employés.

«Je ne savais pas où les amener», a-t-il témoigné. Il souhaite que tout ça en vienne à se terminer et que tout le monde oublie ça. Il sera plutôt arrêté par la police, après des recherches vaines, et réalisera du même coup qu’il a été trompé par ses collègues, des agents doubles.

« histoire plutôt particulière »

Dans un contre-interrogatoire serré, la Couronne est revenue sur ces aveux, qui constituent une «histoire plutôt particulière» si l’on tient compte de la tentative de relation sexuelle avec le cadavre de Lyne Massicotte qu’il a avouée. Alain Perreault a alors nié cette affirmation — qui se trouve pourtant sur preuve vidéo — avant de préciser que «ça a sorti comme ça».

Me Lyne Morais soutient qu’au moment des aveux, Alain Perreault a la «voix tremblante» et semble «ému». L’avocate persiste, arguant qu’en aucun moment durant cette rencontre, l’accusé ne se contredit, et ce, malgré les multiples questions du grand patron. «Toujours la même séquence, toujours les mêmes détails. Jamais vous ne vous trompez», plaide-t-elle.

Auparavant, elle avait confronté l’accusé avec ses déclarations au moment de la disparition de Lyne Massicotte, en 2003, ainsi que son témoignage à son premier procès, en 2011. À chaque incongruité, l’accusé montrait des signes d’impatience et d’exaspération ou affichait des trous de mémoire, ces derniers étant dus à ses «7 ans en prison», a-t-il dit.

« Le monde idéal », selon Perreault

«C’était le monde idéal pour moi», plaide Alain Perreault lorsqu’il repense à ses débuts dans l’organisation criminelle fictive aux côtés de ses «amis». Ses nouveaux collègues le faisaient travailler, le rémunéraient bien et l’amenaient au restaurant.

Il développe des liens, particulièrement avec l’agent Jimmy avec qui il passe le plus de temps lors de cette mise en scène. «C’était pas mon idole, mais un exemple à suivre, soutient-il. J’étais prêt à faire tout [pour Jimmy].»

Il estime que sa vie avait pris un tournant depuis la disparition de Lyne Massicotte, en 2003, alors que des photographies de lui ont été diffusées dans les médias.

Il affirme que les gens le reconnaissaient.

En contre-interrogatoire, toutefois, la Couronne a rappelé qu’il avait donné de plein gré une douzaine d’entrevues aux médias à cette époque.

Un contre-interrogatoire corsé

«Vous essayez de tout changer ce que je dis !», «Vous ne m’écoutez pas!» martelait l’accusé, lorsque contre-interrogé par la Couronne. La tension est montée à un point tel que le juge a dû intervenir à différentes occasions pour sommer l’accusé de répondre aux questions de l’avocate.

La Couronne a exposé des photographies de l’appartement d’Alain Perreault en 2003, soulignant qu’il n’y avait aucune douillette sur son lit. «Vous n’aviez emballé personne avec?» a questionné Me Lyne Morais, faisant référence aux aveux de l’accusé selon lesquels il aurait enroulé le corps de Lyne Massicotte dans une doudou, avant de s’en débarrasser.

Lors de son témoignage en 2011, Alain Perreault avait soutenu que le grand patron l’avait menacé au moment de passer aux aveux. Il avait alors affirmé que les avocats avaient effacé ce passage de la preuve vidéo. Contre-interrogé par la Couronne à cet effet, Alain Perreault a répondu qu’il avait «imaginé ça».

Alain Perreault dit avoir consulté le site du ministère de la Justice dans le but d’avoir des informations sur les personnes disparues, puisqu’il était inquiet de la disparition de Lyne Massicotte. Il explique la suppression de 8000 fichiers sur son ordinateur, tel que révélé par la Couronne, par une défragmentation qu’il fait chaque mois.