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Du pain et des jeux

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Snowden, le plus récent film d’Oliver Stone, est en salle depuis une semaine. Il relate l’histoire du lanceur d’alerte éponyme qui a dénoncé l’étendue des méthodes de surveillance du gouvernement américain.

Ce film n’est pas un succès au box-office­­, et c’est regrettable!

Certes, Snowden n’est pas un chef-d’œuvre cinématographique. C’est un bon film, sans plus. Mais si de pures fictions sans contenu informatif réussissent à déplacer les foules, pourquoi un film qui révèle l’envergure du cyber­­-espionnage gouvernemental dont nous faisons l’objet laisse-t-il indifférent­­?

Concept romantique

Qu’on le qualifie de héros ou de traître, Edward Snowden reste un génie­­ de l’informatique qui a sacrifié son confort, sa sécurité et sa liberté pour nous informer, vous et moi, de l’ampleur démesurée des programmes de surveillance dont usent et abusent non seulement le gouvernement américain, mais aussi certainement tous les gouvernements qui en ont les moyens. Il dévoile que toutes nos activités électroniques sont surveillées et enregistrées à notre insu, que la vie privée n’est plus qu’un vague concept romantique. Mais de cela, personne n’en a cure­­!

Snowden aurait dû tout au moins relancer­­ le débat sur le périmètre d’action­­ des agences de renseignements, mais il n’en est rien. Là encore, tout le monde se moque de savoir que celui qui détient l’information détient le pouvoir, que les renseignements colligés­­ par Big Brother nous mettent à la merci de son pouvoir arbitraire.

Peuple amorphe

Les révélations de Snowden auraient dû provoquer l’indignation et la colère du peuple. Elles ont plutôt montré que le peuple est passif, presque amorphe. Qu’il suffit de lui donner du pain et des jeux pour l’anesthésier.

Ne rien dire, c’est acquiescer. Tant que les gens préféreront s’abrutir de fictions plutôt que de défendre leur vie privée, l’initiative de Snowden restera vaine et l’espionnage de masse s’intensifiera. Pourquoi l’État nous surveille-t-il autant? Parce qu’on l’y autorise!