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Jusqu’où peut aller le Canada?

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En raison de la nouvelle puissance de la Chine, le Canada, comme bien d’autres pays, n’a pas d’autres choix que de tenter d’entrer dans les bonnes grâces des dirigeants chinois.

Mais à quel prix? Jusqu’où le Canada peut-il aller dans ce dangereux jeu d’équilibre entre ses propres intérêts et les demandes de la Chine? Il n’y a pas de réponse évidente à cette question.

Les entreprises canadiennes peuvent-elles percer davantage le marché chinois ?

Oui bien sûr. Mais presque tous les pays industrialisés ont un très gros déficit commercial avec la Chine. Ce déficit augmente année après année, depuis des décennies. Le taux de change trop faible de la devise chinoise et les manipulations économiques du Parti communiste chinois expliquent en bonne partie ce déficit. Il est difficile de voir comment le Canada pourrait obtenir une balance commerciale équilibrée avec la Chine. D’autant plus que les Chinois sont surtout intéressés par nos matières premières et par nos produits de haute technologie (en attendant de pouvoir fabriquer ces produits eux-mêmes). Un traité de libre-échange avec la Chine ne ferait qu’empirer la situation.

Un traité d’extradition entre la Chine et le Canada est-il une bonne chose ?

C’est une bonne chose pour la Chine, mais pas pour le Canada. Le Canada possède une excellente réputation internationale en matière de droits. Or, le système juridique de la Chine est un des pires au monde. Les aveux sont arrachés aux suspects par la torture et les mauvais traitements. Les procès sont sommaires et souvent secrets. Les dirigeants politiques peuvent influencer les juges. Signer un traité d’extradition avec la Chine revient à reconnaître implicitement une qualité équivalente au système chinois et au système canadien. Ceci constituerait une belle victoire symbolique pour le régime chinois. Ce pourrait être aussi un dangereux précédent pour des négociations commerciales ultérieures, lorsque viendra le temps de reconnaître ou non la validité des tribunaux chinois.

La Chine peut-elle aider le Canada ?

La Chine peut aider le Canada dans plusieurs domaines. Ainsi, le Canada ne peut pas obtenir de siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations unies sans l’aval de la Chine. Les dirigeants chinois auraient sans doute bloqué la candidature du Canada sous Stephen Harper. Ils ne le feront probablement pas sous Justin Trudeau. Ce siège est très important pour rehausser le prestige international du Canada et donc, pour augmenter son pouvoir de négociation dans les forums internationaux.

Pourquoi le Canada souhaite-t-il faire partie de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures ?

Cette banque internationale, créée et dirigée principalement par la Chine, possède un actif de plus de 100 milliards de dollars. Les entreprises des pays qui en sont membres peuvent espérer recevoir plus facilement des contrats pour les multiples projets de construction de ports, d’aéroports, de chemin de fer, de barrages hydroélectriques, etc., que cette banque va financer. Ces projets font partie de ce que la Chine appelle la «nouvelle route de la soie», soit un nouveau réseau mondial de circulation des marchandises.

Qu’en est-il de la science et de la recherche ?

Les universités chinoises ont beaucoup progressé. D’ici une dizaine d’années, elles devraient dominer le classement mondial des universités. Il est donc essentiel pour les universités canadiennes de renforcer leur coopération avec les universités chinoises. Avec un bémol important: le gouvernement chinois restreint de plus en plus les échanges scientifiques au nom de la sécurité nationale.