/news/currentevents
Navigation

La juge Vadboncoeur présente ses excuses pour avoir injurié des constables spéciaux

La juge Suzanne Vadboncœur a finalement présenté des excuses vendredi lors de son témoignagne au Comité d’enquête du Conseil de la magistrature.
Photo Chantal Poirier La juge Suzanne Vadboncœur a finalement présenté des excuses vendredi lors de son témoignagne au Comité d’enquête du Conseil de la magistrature.

Coup d'oeil sur cet article

La juge visée par une plainte au Conseil de la magistrature pour avoir injurié des constables spéciaux du palais de justice de Montréal après un souper de Noël a finalement présenté ses excuses et exprimé des regrets, vendredi.

«Il est exact que j’ai perdu patience. Si j’ai prononcé des paroles qui ont blessé des gens, je m’en excuse profondément et je regrette sincèrement», a déclaré la juge Suzanne Vadboncoeur devant le comité d’enquête du Conseil de la magistrature.

Elle a fait part de ses remords dès le début de son témoignage, mais seulement après le dépôt d’une déclaration d’un autre magistrat qui avait dénoncé son comportement à l'époque.

«L'attitude de la juge Vadboncoeur à l'endroit des constables, et particulièrement du premier constable, était à la fois méprisante, insultante et menaçante», peut-on lire dans le document.

Le juge Vincenzo Piazza, nommé à la Cour du Québec moins d'un an avant l'incident, avait d’ailleurs cru bon de présenter ses excuses aux constables spéciaux, au nom de la magistrature, dès le lendemain.

«Épais»

L’affaire est survenue le 8 décembre dernier, après un souper de Noël de la magistrature.

La juge Vadboncoeur a indiqué que ce soir-là, elle n'avait bu, en l’espace d’environ cinq heures, qu'un verre de vin blanc et deux de vin rouge.

«Ç’a été un repas fort agréable», a-t-elle témoigné.

Mais son retour à la maison a été ralenti par une porte de garage défectueuse, qui empêchait la sortie des véhicules du stationnement du palais de justice de Montréal.

«J’ai effectivement perdu patience», a-t-elle avoué.

Selon les constables spéciaux sur place, la juge aurait crié des grossièretés aux constables spéciaux, qui sont les forces de l’ordre des palais de justice.

«Le mot ‘crié’ m’apparaît exagéré, je n’ai jamais crié de ma vie, a assuré la juge Vadboncoeur. Entre parler fort et crier, il y a une différence.»

Elle reconnaît avoir «peut-être» utilisé les mots «épais» et «imbécile», mais pas le mot «crisse».

Quant aux crissements de pneus allégués après que la porte eut été réparée, après une dizaine de minutes de retard, elle nie tout geste volontaire.

«Il y a peut-être quelque chose qui ne va pas avec mes pneus», a-t-elle dit, tout en ajoutant que sa Toyota Camry n’avait pas de frein à main.

Faute?

Lors de ses plaidoiries, l’avocat de la juge a rappelé que l’événement ne s’est pas produit dans un endroit public, mais bien dans un garage à accès restreint.«S’il n’y avait pas eu de publicité, l’affaire serait passée inaperçue, personne n’en aurait parlé», a-t-il dit.

Il a concédé que sa cliente avait fait preuve «d’incivilité», tout en se demandant si ces gestes étaient «reprochables».

Mais pour l’avocat qui assiste le Conseil, il est clair que les juges doivent avoir un comportement exemplaire pour préserver l’image de la magistrature.

«La grande impatience (de la juge Vadboncoeur), les insultes, le jugement de valeur en utilisant le terme ‘incompétent’, tout dénote un comportement problématique, a plaidé Me Sylvain Trudel. C’est une faute qui rejaillit sur l’ensemble de la magistrature.»

Le comité d’enquête du Conseil de la magistrature a ensuite pris l’affaire en délibéré. On ignore quand la décision sera rendue.

Notons que la juge Vadboncoeur a affirmé qu’elle comptait prendre sa retraite d’ici l’an prochain, mais qu’elle pourrait demander à être nommée par décret comme juge suppléante.

C'est le Journal de Montréal qui avait dévoilé en juin dernier les agissements de la juge Vadboncoeur et le dépôt d'une plainte à son endroit.

Ces révélations ont depuis entraîné une plainte du Conseil de la magistrature et l'ouverture par la Sûreté du Québec d'une enquête qui a mené mercredi dernier à la saisie de l'ordinateur du représentant du Journal. L'appareil a cependant été mis sous scellé, puisque le Journal entend contester la validité du mandat de perquisition.

 

Extraits de la déclaration du juge Vincenzo Piazza qui a dénoncé sa collègue

  • Le juge Piazza a été bouleversé par ce qui s’était passé. ll n’a pas dormi une partie de la nuit.
  • Elle a clairement dit au premier constable: «C’est garanti que tu vas avoir une plainte.»
  • La juge criait constamment et gesticulait, les bras dans les airs, et a même frappé le sol avec ses pieds.
  • Tout le temps que cela a duré, la juge imputait la faute du bris de la barrière au premier constable.
  • Pour elle, le constable était un gros épais.
  • Lorsqu’elle (la juge Vadboncœur) est partie, elle est partie sur les chapeaux de roues, en faisant crisser ses pneus.