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Les bons et les méchants

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Photo AFP

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À quoi bon scolariser les gens si le monde dans lequel ils vivent use de mots dont le sens est régi selon une interprétation personnelle de chacun?

Prenons le débat actuel au Québec sur l’identité dans le contexte de l’immigration. Ce dernier phénomène a entraîné en quelques décennies une transformation sociale politiquement improvisée qui a créé des remous. Ceux qui établissent des liens clairs entre l’identité et l’immigration subissent maintenant des attaques en règle de la part des tenants d’un melting-pot inoffensif et sont accusés d’être apparentés aux populistes d’extrême droite ou «trumpistes» qui sévissent en Occident.

Le vivre-ensemble, ce cri du cœur permanent du roi Justin Trudeau, plébiscité d’un océan à l’autre par une écrasante majorité de ses «sujets», ne permet pas d’envisager d’autres options. C’est le «crois ou meurs» intellectuel canadien.

Accusations mensongères

On court le risque de se faire traiter de xénophobe, d’islamophobe ou de nostalgique du temps béni des «nationaleux» ruraux et catholiques, donc de fasciste, si l’on exprime des préoccupations légitimes devant les inquiétudes de couches non négligeables de la société.

Il est irresponsable et moralement condamnable de souligner en insistant que ce sont les plus âgés qui sont perturbés. Ces plus âgés, ceux qui ont construit le Québec moderne et ont éduqué les jeunes à la liberté, seraient donc tous des adeptes des Trump, Marine Le Pen et compagnie?

Mais ils pourraient le devenir si ceux qui nous dirigent persistent à marteler, comme Philippe Couillard, qu’ils n’ont d’intérêt que pour les «vraies affaires», expression qui le trahit, lui l’intellectuel supposément humaniste. Il y a un côté moralisateur dans cette posture qui laisse entendre que la vérité, la vertu, l’ouverture et la tolérance ne sont le fait que de gens appuyant le multiculturalisme.

Justin Trudeau, l’ami des Bono et autres rock stars planétaires qui expriment des indignations choisies au baromètre des «tweets» viraux et des «Like», peut jouer sur la peur. Cela se passe devant la scène, mais en coulisse, le Canada qu’il incarne a maintenu sans états d’âme son commerce avec l’Arabie saoudite et n’a rien changé à la politique conservatrice. Le Canada continue de vendre des armes au monde entier, ce qui enrichit l’économie. Mais cette politique est la face moins attirante du Canada s’affichant vertueux.

Arrogance politique

Les dirigeants politiques, qui refusent d’entendre le malaise d’une partie souvent moins nantie de la population et qui choisissent de lui faire la morale avec cette arrogance caractéristique de ceux qui croient posséder la vérité, ont une grande responsabilité.

Tous les partisans de Trump, de Marie Le Pen et d’autres pourfendeurs de la démocratie expriment un quasi-dégoût de la politique et avant tout des politiciens. C’est ce qu’a compris Justin Trudeau, l’homme de la politique d’apaisement par les mots. Mais les citoyens ne peuvent pas avoir l’impression de perdre au change face à du clientélisme démagogique, mais très efficace.

Le «petit monde», les «de souche» et une partie des intellectuels qui ont donné ses lettres de noblesse au néonationalisme québécois se retrouvent donc amalgamés aux salauds de l’Occident.

S’opposer raisonnablement à la politique officielle sur l’immigration apparaît donc comme un crime de lèse-majesté. Nous sommes au Québec de mauvais citoyens canadiens.

Que cela se sache!