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Les désinvoltes

Agir en dépensier, c’est plus qu’une série de décisions prises isolément, c’est une attitude

POL-TRUDEAU KEQIANG
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood

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Le secrétaire principal et la chef de cabinet de Justin Trudeau ont réclamé plus de 200 000 $ de fonds publics pour leur déménagement de Toronto vers Ottawa. Il s’agit des deux individus les plus puissants de la politique canadienne après le premier ministre.

Le gouvernement fournit des justifications pour expliquer la hauteur du montant. Les frais de courtage sont élevés sur une maison de grande valeur à Toronto, et ils sont remboursables. Sauf que le symbole est terrible. Quand ces deux proches du premier ministre dépensent sans compter, qui reste-t-il dans l’équipe libérale pour agir comme préfet de discipline en matière de gestion des dépenses?

De toute évidence, aux plus hauts échelons de l’administration Trudeau, on dépense avec une désinvolture totale. Agir en dépensier, c’est plus qu’une série de décisions prises isolément, c’est une attitude.

Le moins que l’on puisse dire dans ce scandale des déménagements révélé par le Globe and Mail, c’est qu’en matière de dépenses inconsidérées, l’exemple vient de haut dans la famille libérale.

Long effort

L’élimination du déficit fut le fruit d’une longue série de petits gestes. Sous les gouvernements libéraux comme conservateurs depuis plus de 20 ans, une approche de rigueur avait été préconisée.

Malgré tout, il y a eu nombre d’exemples de gaspillage. Mais l’appel à faire très attention aux dépenses demeurait le message dominant, martelé par le premier ministre ou le ministre des Finances.

Cette époque est définitivement révolue.

Dans ce cas précis des déménagements, le Globe and Mail a fait l’exercice de chercher les comparables des dernières années. Sous Stephen Harper, il semble qu’une limite pour les frais de déménagement avait été établie à 30 000 $ pour les employés des plus hauts rangs. Les acolytes de Justin Trudeau viennent de charger plus du triple aux contribuables pour le déménagement de leurs pénates vers Ottawa.

Autres exagérations

Il ne s’agit pas du premier épisode de dépenses exagérées. Disons que la délégation qui accompagnait monsieur Trudeau à Washington avait été constituée dans un esprit assez faste. La facture avait fait sourciller.

Puis la ministre de la Santé a été prise en flagrant délit d’utiliser un service de limousines, faisant exploser le coût de ses simples déplacements dans la grande région de Toronto. Les gardiennes du premier ministre et le nombre d’employés qui s’occupent de sa chaîne YouTube ont aussi fait la manchette.

Le cumul des exemples finit par transmettre l’image d’un parti qui s’est ennuyé du pouvoir et qui saute dans le buffet dès que cela devient possible. Comment résister à la tentation de relier cette attitude avec le retour à des grands déficits comme à la belle époque?

En l’absence d’une opposition structurée et crédible, les libéraux paraissent trop sûrs d’eux. Hier, à la Chambre des communes, monsieur Trudeau répondait avec légèreté aux questions sur les coûteux déménagements. Il parlait d’autre chose, sourire en coin.

Dans les finances du Canada, 200 000 $, ce n’est pas si gros. Ce qui m’inquiète, c’est le message envoyé à tout l’appareil gouvernemental. Dans un bar ouvert, qui se prive?