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Nos producteurs de sirop toujours pris en otage

sirop d'érable
Photo d'archives

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On apprenait, le 15 septembre dernier, que les réserves de sirop d’érable bio étaient à sec et que le Québec, pourtant le leader mondial dans la production de cette denrée, allait en importer pour 6 millions de livres cette année. Pourtant, encore récemment, les producteurs se plaignaient que 60 millions de livres de sirop d’érable québécois s’accumulaient depuis des années dans des entrepôts.

Qu’est-ce qui se passe au juste avec le sirop d’érable québécois ?

Le Québec domine depuis longtemps le marché des produits de l’érable. En 2000, on produisait au Québec environ 80 % du sirop mondial et 75 % de cette production était exportée, surtout aux USA, où se faisait environ 60 % de la consommation mondiale. Mais l’érable est depuis toujours un secteur très volatile, principalement en raison des variations naturelles de la température : pour obtenir un bon rendement, le printemps doit durer et le thermomètre doit descendre sous zéro la nuit, avant de remonter dans le positif le jour. Certaines années, la récolte est donc abondante, alors qu’à d’autres moments on ne produit pas grand-chose. Ceci amène le prix du sirop, qui est mondial, à fluctuer beaucoup d’une année à l’autre. Pour cette raison, beaucoup voyaient depuis longtemps l’érable comme un hobby ou comme une production d’appoint, qui venait complémenter leur revenu. Par exemple, en 1997, 61 % des entreprises acéricoles québécoise étaient considérées comme petites (moins de 3000 entailles) et 7 % comme grandes (plus de 10 000 entailles).

En 1990, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) obtient la création d’un plan conjoint ; en 2000, celle-ci établit une réserve stratégique, qui vise à stabiliser le prix du sirop ; en 2001, elle impose des quotas de production à ses membres. Bref, on fait passer le secteur sous un régime de gestion de l’offre, tout comme celui de la volaille, des œufs, du lait, ... et du taxi.

Les quotas ont été établis à un niveau inférieur à la production « normale ». De plus, une partie de la production est détournée vers des entrepôts, afin de constituer une réserve qui devrait, en cas de mauvaise récolte, être écoulée. Le résultat ne se fait pas attendre : le prix du sirop monte et demeure élevé. Pendant quelques années, les producteurs sont contents, car ils obtiennent un meilleur prix. Il y tout de même des points de mécontentement. Premièrement, le sirop entreposé n’est payé aux producteurs que lorsqu’il est vendu. On découvrira avec le temps que ça peut vouloir dire des années d’attente. Deuxièmement, la fédération charge aux producteurs québécois des redevances, pour financer ses activités et pour entreposer le sirop. Les Québécois obtiennent donc un prix net inférieur à leurs homologues du reste du Canada et des États-Unis. Et troisièmement, il est impossible pour un producteur du Québec d’augmenter sa production individuelle.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Alléchés par les prix élevés, les producteurs ontariens, néo-brunswickois et américains en profitent pour augmenter leur capacité de production. En outre, dans le dernier Farm Act du Congrès des États-Unis, des subventions spéciales sont dirigées vers les producteurs acéricoles du nord-est, afin de les aider à pénétrer le marché avec les toutes dernières technologies. Le résultat était prévisible : la politique québécoise a créé les conditions d’une expansion de la production hors-Québec. Aux États-Unis, le nombre d’érables entaillés a augmenté de 45 % entre 2007 et 2012. Ainsi, même si la demande mondiale augmente de façon régulière, la part du Québec dans la production globale s’érode. La part québécoise de la production mondiale de sirop est passée de 80 % avant la gestion de l’offre à 64 % aujourd’hui. Les experts prévoient même un recul supplémentaire.

Le pire reste à venir, car les États-Unis pourraient potentiellement devenir le plus important producteur mondial : il n’y avait, en 2012, que 12 millions d’entailles sur un potentiel de 200 millions (il y a 15 milliards d’érables aux États-Unis). Comme le dit Mike Farrell, un chercheur de l’Université Cornell : « La Fédération a subventionné une expansion de la production partout, sauf au Québec ».

La politique actuelle de quotas ne peut être que temporaire et mène, à terme, à une importante augmentation de la production hors Québec. Il est grand temps de redonner aux producteurs acéricoles du Québec leur liberté, en éliminant les quotas de production.