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De plus en plus difficile de faire garder pitou ou minou à Québec

De plus en plus difficile de faire garder pitou ou minou à Québec
Photo Pierre-Olivier Fortin

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Avec la fermeture, vendredi, de deux pensions pour animaux à Québec, il sera beaucoup plus difficile que ce ne l’est déjà de faire garder pitou ou minou.

«C’est plate pour nous, c’est plate pour les employés, c’est plate pour les clients», mais Jacques Piette, propriétaire de l’Arche de Noé, doit malgré lui mettre la clé sous la porte.

Le propriétaire du local qu’il louait depuis pas moins de 21 ans a refusé de renouveler son bail pour pouvoir agrandir. M. Piette reconnait que c’est son droit, mais quand même, «ça m’écœure, depuis le temps que je suis ici», dit-il.

De plus en plus difficile de faire garder pitou ou minou à Québec
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Sans local, son commerce ne vaut pas grand-chose, et à son âge, ce n’est pas la peine de cogner à la porte des banques pour emprunter les 150 000 à 200 000 $ que couterait un déménagement. Ses plans de retraite sont foutus. «À 69 ans, je me retrouve tout nu dans la rue.»

La pension de la rue de Galilée fermera donc ses portes vendredi, le même jour que l’animalerie et pension pour chats Belle griffe, dans Saint-Sacrement. Le copropriétaire, Vincent Cameron, attribue la fermeture à un ensemble de facteurs comme le manque d’intérêt pour l’achat local, les grandes surfaces et l’achat en ligne.

Une douzaine de personnes perdent leur emploi avec ces fermetures et des milliers de chiens et de chats perdent leur résidence secondaire.

De plus en plus difficile de faire garder pitou ou minou à Québec
Photo Pierre-Olivier Fortin

Pour faire garder son chien ou son chat, il y a peut-être le voisin, la belle-sœur ou la dame sur Kijiji, mais ce n’est pas toujours fiable, ni même possible. Autrement, il existe plusieurs pensions pour animaux, mais la plupart sont loin en périphérie. Les deux fermetures à Québec laissent donc un vide qui pourra difficilement être comblé à moins de rouler plusieurs kilomètres.

Le plus gros joueur à Wendake

L’auberge des 4 pattes, à Wendake, est le plus gros joueur dans la région immédiate de Québec, avec 70 places pour les chiens et 15 «condos» pour les chats. La propriétaire, Josette Brideau, «accueille avec plaisir la nouvelle clientèle», mais doit en décevoir lorsqu’ils appellent pour faire garder pitou.

La propriétaire de l'Auberge des 4 pattes à Wendake, Josette Brideau
Photo Pierre-Olivier Fortin
La propriétaire de l'Auberge des 4 pattes à Wendake, Josette Brideau

«Beaucoup de nouveaux clients nous appellent pour la saison forte, et je n’ai plus de place», dit-elle. «Si j’avais 100 places pour temps des Fêtes, je bookerais 100 places». Même chose pour l’été et les longues fins de semaine. Mais pour cela, «ça prend du personnel» qualifié et ça non plus, ce n’est pas évident.

Il lui est aussi difficile d’accueillir des chiens qu’elle et ses employés ne connaissent pas lorsque l’auberge est à ras bord. Garder un chien, c’est plus compliqué qu’un poisson rouge et les exigences dans le domaine sont de plus en plus pointues (voir l’autre texte).

Quand pitou est traité aux petits oignons

Que ce soit des caprices ou des demandes essentielles, l’Auberge des 4 pattes, à Wendake, tente d’accommoder le plus difficile des pitous et le plus pointilleux des maitres, pour autant que ces derniers soient prêts à payer.

Le coût pour une nuit dans une «suite» peut atteindre les 100 $. À ce prix, M. ou Mme Chien est branché sur une webcam, joue et marche toute la journée et a même droit à un pipi de nuit. Plusieurs chiens ont des problèmes de santé qui demandent beaucoup d’attention aux employés, ce qui fait augmenter le prix, explique la propriétaire Josette Brideau. «Si les gens méritent de partir en vacances, leurs chiens aussi!»

De plus en plus difficile de faire garder pitou ou minou à Québec
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Mme Brideau comprend que les gens veulent partir avec l’esprit tranquille, alors elle se plie autant que possible à leurs exigences, même les plus farfelues.

Des clients ont déjà demandé : «Pouvez-vous lire une histoire à mon chien avant qu’il se couche?» Pourquoi pas... «On va le faire, et on va factuer!»

Elle se souvient d’une dame en voyage en France qui avait placé son chien dans une suite avec webcam. Elle était en train d’escalader le mont Blanc et lorsqu’elle a regardé des images en direct de son chien sur son téléphone, elle a vu qu’il tournait en rond. «Elle nous a appelés pour nous dire “je pense qu’il a envie, pouvez-vous le sortir SVP?”» raconte Mme Brideau.

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Un client a déjà fourni un plan détaillé aux employés de la pension que les choses de son chien, comme sa doudou, ses jouets, sa robe de chambre, etc., soient bien disposés dans la suite. «Parce que sinon, on avait des appels», rigole Mme Brideau. Le client y a joint aussi un protocole précis pour indiquer quel jouet doit être donné quel jour.

Pitou et Minou fêtent aussi Noël et le jour de l’An à l’auberge. Plusieurs clients préparent des bas de Noël ou des repas spéciaux, que les employés doivent leur donner le jour de la fête.

Aux États-Unis, certaines pensions ont installé des dispositifs qui permettent aux maitres de parler à leurs chiens en tout temps. «Les gens sont attachés à leurs animaux et il faut respecter ça, même si parfois on peut se dire «ben voyons!»» conclut Mme Brideau.

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