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Allégations d'agressions sexuelles: Gestion de crise ratée à l'Université Laval

Le recteur de l’Université Laval se donne une note presque parfaite de 9,5 sur 10

Allégations d'agressions sexuelles: Gestion de crise ratée à l'Université Laval
DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

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Le recteur de l’Université Laval Denis Brière donne une note «de 9,5 sur 10» à l’équipe de gestion de crise de son établissement relativement à la présumée vague d’agressions sexuelles survenue en fin de semaine dans une résidence. Une note que ne partagent pas des experts en gestion de crise consultés par Le Journal.

Trois experts n’accordent même pas la note de passage à la gestion de crise du recteur de l’Université Laval. «Quand on sort trois jours plus tard et en plus on se donne une note de 9,5 sur 10, c’est un peu fort», a commenté Richard Thibault, expert en gestion de crise (voir autre texte).

Plus de 72 heures après le dépôt des premières plaintes à la police de Québec par des étudiantes, le recteur a dû faire face à un barrage de questions pour expliquer son silence radio. Ce dernier a expliqué son mutisme par le fait qu’il ne voulait pas nuire à l’enquête de la police de Québec qui a enregistré, mardi, une 11e plainte d’une résidente du pavillon Alphonse-Marie-Parent.

Pression médiatique

«Il y a une enquête et moi je ne veux pas et je ne peux pas interférer dans des enquêtes», a dit le recteur. Il a donc fallu la présence de la ministre de l’Enseignement supérieur et la pression médiatique pour que M. Brière fasse une brève apparition publique. «Pourquoi j’ai été dans les médias, c’est parce que vous avez insisté», a dit celui qui a admis avoir séjourné à Montréal depuis l’événement tout en refusant d’en dire la raison.

Sur la défensive, Denis Brière s’est même emporté lorsqu’il a été question de la façon dont lui et son équipe avaient géré cette crise.

«Je donne un 9,5 sur 10 définitivement, tout le monde a travaillé de façon extraordinaire sur ce dossier-là et je tiens à féliciter l’ensemble des intervenants de l’Université Laval», a lâché celui qui gagne 330 000 $ par année.

Sécurité et sensibilisation

Avant le point de presse, le recteur a visité la cellule de crise et rencontré des étudiants avec la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Celle qui affirme travailler sur une politique-cadre sur la prévention du harcèlement et de la violence sexuelle s’est dite prête à donner plus d’argent aux universités tout en parlant de prévention.

«C’est plus large que ça, c’est une question de sensibilisation», a dit la ministre. Quant à la sécurité, le recteur a dit l’avoir renforcée depuis les faits et n’exclut pas d’ajouter d’autres mesures. «Ma priorité c’était de sécuriser le campus.»

Des résidentes ont toujours peur. «Je n’ai remarqué aucun changement dans la sécurité. Je ne sais pas quelles mesures ont été ajoutées. J’aimerais bien voir si le recteur réagirait pareil s’il ne se sentait pas en sécurité dans son lit!», a confié l’une d’elles.

— Avec la collaboration de Jean-François Racine

 

TROIS EXPERTS SE PRONONCENT

 

Sous la note de passage

Allégations d'agressions sexuelles: Gestion de crise ratée à l'Université Laval
Photo courtoisie

Victor Henriquez, associé chez Flanagan RP

  • Note accordée au recteur: sous les 60 %
  • Pourquoi: pas de ligne directrice claire sur la gestion de cette crise en ce moment.
  • Pas d’accompagnement et aucun message lancé aux étudiants, qui sont pourtant les principales victimes, pendant la conférence de presse.

 

Un échec

Allégations d'agressions sexuelles: Gestion de crise ratée à l'Université Laval
Photo courtoisie

Leslie Molko, directrice-conseil chez Octane stratégie

  • Note accordée au recteur: échec
  • Pourquoi: il confond la gestion des mesures d’urgence qui se font derrière les portes closes et la gestion de crise publique qui exige d’être présent et transparent. Sa présence est importante pour que les étudiantes se sentent soutenues.
  • Ce n’est pas quelqu’un qui a les qualités pour être un bon porte-parole médiatique. Sa réaction aux questions est très défensive, il n’est pas à l’aise.

 

Moins de 50 %

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Photo courtoisie

Richard Thibault, président de RTCOMM

  • Note accordée au recteur: sous les 50 %
  • Pourquoi: souvent on dit que la façon dont on gère la crise est pire que la crise elle-même. Le peu de cas que le recteur semble avoir donné à cette histoire-là est pour le moins étonnant. Le secret d’une crise bien gérée est d’être capable d’en sortir rapidement.

 

Allégations d'agressions sexuelles: Gestion de crise ratée à l'Université Laval
Courtoisie compte Facebook Colette Brin

 

VIVES RÉACTIONS

«Si les grands leaders se relèvent dans l’adversité, le recteur Brière montre qu’il n’est pas de ceux-là! Odeur de fin de règne à l’Université Laval?» — Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval 

«Ouf. On est plus sévère que ça avec nos étudiants de premier cycle en communication, mettons.» — Colette Brin, directrice du Centre d’études sur les médias à l’Université Laval

«Il y a une absence de sécurité dans les résidences de l’Université Laval qui défie l’entendement. Quand on va dans les résidences, c’est comme entrer dans un moulin.» — Éric Zubrzycki, conseiller syndical du personnel de soutien de l’Université Laval

«C’est le rôle et la responsabilité de tout gouvernement de rassurer tous les étudiants et les présumées victimes. La ministre n’a rien trouvé à dire pour calmer les tensions et ramener l’ordre social sur le campus.» — Jean-François Roberge, porte- parole de la CAQ en matière d’éducation

«Ça fait juste démontrer comment les recteurs sont démunis pour répondre à la situation. On est très mal formé sur les enjeux des agressions sexuelles.» — Mélanie Lemay, militante de Québec contre les agressions sexuelles

«On voudrait qu’ils mettent en place une foule de mesures pour soutenir les victimes, soutenir la dénonciation et qu’ils apportent des solutions plus permanentes.» — Liliane Côté, Conseil du statut de la femme