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Guerre d’expertises dans le dossier de Delisle

L’ex-juge de 81 ans tente d’obtenir sa liberté le temps qu’Ottawa statue sur son sort

juge Jacques Delisle
Photo d'archives Jacques Delisle maintient qu’il a été condamné à tort pour le meurtre de son épouse.

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La guerre des théories scientifiques s’est poursuivie mercredi dans le dossier de Jacques Delisle, l’expert de la défense ayant écorché le travail et les conclusions du pathologiste de la poursuite, avant que cette dernière ne s’attaque à sa crédibilité en contre-interrogatoire.

L’audition de la requête sur remise en liberté de l’ex-juge de 81 ans, qui affirme être condamné à tort pour le meurtre prémédité de son épouse, a repris hier. De retour à la barre, le pathologiste ontarien Michael Shkrum n’a pas été tendre envers l’expert de la Couronne, l’accusant d’avoir complété une autopsie négligée sur le corps de la défunte.

Si le témoin avait eu à effectuer cette procédure, nul doute qu’il aurait conservé le cerveau de la défunte dans du formol pour expertises futures, ce que le Dr Bourgault n’a pas fait.

Dr Shkrum a précisé qu’en Ontario, lorsqu’un cerveau doit être retenu aux fins d’enquête, le coroner rencontre la famille impliquée qui, généralement, consent à cette opération.

Dans ce cas-ci, a illustré en contre-interrogatoire le procureur de la Couronne Michel Fortin, le coroner aurait donc dû s’adresser aux enfants et à l’époux de la disparue, dont Jacques Delisle. «Le suspect serait donc consulté et aurait le dernier mot?» a-t-il questionné, soulevant l’incongruité de la situation.

5 % des cerveaux conservés

Toujours en contre-interrogatoire, Dr Shkrum a estimé qu’environ 5 % des cerveaux sont conservés annuellement dans du formol, à son laboratoire. Il concède que dans la grande majorité des cas, ils le sont pour aux fins d’examen neuropathologique. Donc rien à voir avec des crimes par arme à feu.

Sur les 2500 expertises médico-légales que le témoin a pratiquées à ce jour, moins de 150 impliquent des armes de poing. S’il a déjà vu du noir de fumée sur des mains, c’est la première fois qu’il voyait une tache semblable à celle retrouvée à l’intérieur de la paume de la défunte.

Vives critiques

Auparavant, le témoin avait émis de vives critiques sur la façon dont le Dr Bourgault avait déterminé la trajectoire de la balle dans le cerveau. Il est allé jusqu’à douter qu’il ait véritablement effectué des tranches du cerveau, tel que l’expert montréalais l’affirme.

En fin de journée, le juge Benoît Moulin a rappelé qu’il n’avait pas à choisir «entre les expertises», mais bien à déterminer si le condamné soulève une preuve «nouvelle et fiable suffisamment importante pour soulever de très sérieuses préoccupations» face au verdict rendu. L’audition se poursuit jeudi.

Arguments de la défense

  • La balle serait entrée à la tempe gauche, avant de ricocher à l’intérieur du crâne, à droite et débouler à l’arrière de la tête. Une fracture à la droite du crâne ainsi que des fragments de balle apposés sur cette dernière confirmeraient cette thèse.
  • Si la trajectoire de la Couronne était véridique, des fractures se trouveraient le long de ce tracé ainsi qu’au point d’arrivée, ce qui n’est pas le cas. Il est invraisemblable que des fragments aient dévié du tracé, étant donné la faiblesse du calibre.

Arguments de la couronne

  • La balle est entrée à la tempe gauche de la défunte, pour se diriger directement vers l’arrière de la tête, à droite.
  • Les fractures à la droite du crâne sont attribuables à la pression des gaz et à la force de l’impact lorsque la balle est entrée dans la tête. Les fragments de balle qui se trouvent à proximité ont dévié de la trajectoire déterminée.