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Les HEC et la prédation académique

Les HEC et la prédation académique
PHOTO JOËL LEMAY

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Lorsqu'un Tim Hortons ouvre ses portes quelque part, vous pouvez être certains que viendront bientôt s'implanter un jour ou l'autre un Subway, un Mikes, un McDo. Si un IGA opère quelque part, arrive subito presto un Provigo, un Métro. Ainsi en va-t-il de la concurrence en alimentation; l'occupation du terrain fait partie de la guerre commerciale que se livrent ces bannières de la bouffe. 

Il en va apparemment de même pour ce qui est de la "bouffe académique".

Hélène David, ministre responsable de l'Enseignement supérieur, vient d'annoncer l'ouverture d'un dossier d'affaires en vue d'octroyer 94M$ aux HEC de l'Université de Montréal (dont elle était tout récemment encore la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels) pour leur permettre de s'implanter dans le centre-ville de Montréal.

Le directeur des HEC n'a de cesse de répéter que cela ne fait que répondre aux besoins d'une clientèle qui n'aura plus besoin de grimper sur la montagne pour s'inscrire à des cours pour adultes ou à des certificats en gestion. Autrement entendu: nous ne venons pas marauder la clientèle de l'UQAM dans le centre-ville, nous voulons tout simplement et angéliquement offrir un service de proximité à des étudiants qui nous fréquentent déjà.

Caca de boeufs et bouse de vaches (traduction libre de bull shit)!

Cette implantation prédatrice de "colonies académiques" sur des territoires déjà desservis pas d'autres universités témoigne de la volonté très claire des HEC d'étendre leur empire. Elle est aussi la manifestation d'une lutte sans merci que se livrent nos institutions de haut-savoir depuis des années sans que personne n'y trouve à redire.  À la recherche de toujours plus de clientèle dont le volume détermine en grande partie les subventions gouvernementales, ces implantations se font dans le désordre le plus total sans égard pour la vocation de chaque université et encore moins pour une planification intelligente, ordonnée et efficiente du réseau de nos universités. Ainsi donc nous avons un campus de l'université de Sherbrooke à Longueuil, un autre de l'Université du Québec en Outaouais à St-Jérôme, un de l'Université du Québec à Rimouski à Lévis, un autre en médecine annoncé de McGill à Gatineau. Et j'en oublie sans doute.

Dans le cas du dossier des HEC au centre-ville, le directeur de la maison, M. Patry, invoque que le centre-ville appartient à tout le monde d'où son bon droit corporatif de venir s'y installer tout près de son concurrent de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.  On peut se demander quelle serait la réaction de M. Patry si l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, soudainement et miraculeusement, dotée d'un 100M$ supplémentaire venait installer ses pénates devant leur pavillon du Chemin de la Côte Sainte-Catherine. Il crierait à bon droit à l'invasion et à la dépense inacceptable de fonds publics.

Ce déploiement stratégique des HEC qui se fait sous l'oeil bienveillant de la ministre vient encore une fois jeter un énorme doute sur la capacité de corporations privées d'enseignement supérieur de gérer sainement le développement de ces institutions. Elle vient aussi faire la démonstration que le gouvernement québécois, quelque soit le parti au pouvoir, se comporte en mollasson et ne joue pas son rôle de bon gestionnaire de l'État dont les subventions permettent encore et toujours ce type de comportement prédateur.

La ministre, dans son infinie délicatesse, a pris soin de préciser que cette approbation ne vaut que pour la présentation d'un plan d'affaires qui devra être entériné ultérieurement par le Conseil des ministres. Elle ajoutait cependant, à l'appui qu'elle compte donner à ce projet, que cela améliorerait l'offre en français de cours de gestion au centre-ville. Autrement dit: nous permettrons aux HEC de descendre de la montagne parce que nous ne faisons pas confiance aux sciences de la gestion de l'UQAM pour remplir cette mission. L'UQAM qui travaille depuis des années à ouvrir ses portes aux adultes, à démocratiser l'accès aux études supérieures, et dont l'École des sciences de la gestion récolte les honneurs année après année dans les concours nationaux et internationaux, ne serait donc pas à la hauteur, faut-il en conclure.

Voilà une belle occasion pour la communauté entière de l'UQAM, professeurs, gestionnaires et  étudiants de manifester leur indignation et de montrer ce qu'elle sait faire en terme de mobilisation et de montage de barricades. Après tout, c'est sa marque de commerce, non?