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Si Gaétan Barrette écoutait Gaétan Barrette...

Si Gaétan Barrette écoutait Gaétan Barrette...
Photo Simon Clark

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Transferts fédéraux en santé : le sujet semble aussi austère que l’austérité du gouvernement Couillard. Il est pourtant crucial.

Il est crucial parce qu’au-delà de la guerre de chiffres – les provinces, dont le Québec, exigent du fédéral qu’il maintienne la hausse des transferts à 6% alors que la proposition s’arrête à 3% -, se cache un enjeu d’importance capitale pour les citoyens.

Cet enjeu étant la question qui tue : oui, mais quel que soit le montant final, où doit donc aller cet argent? Lequel, en passant, sort des mêmes poches des mêmes contribuables à travers le pays.

La constitution nous dit que la santé est une juridiction exclusive des provinces, mais la Loi canadienne sur la santé édicte aussi aux provinces certaines obligations à respecter dans le but de «livrer» aux Canadiens un système de santé et de services sociaux universel et «gratuit».«Gratuit» comme dans payé par les taxes et les impôts de même qu'accessible aux citoyens selon leurs besoins et non pas selon leurs moyens financiers personnels.

Or, le gouvernement Trudeau soupçonne fortement que plusieurs provinces ont manqué à leur devoir de «livrer» aussi les réformes nécessaires pour faire face au vieillissement de la population. Un vieillissement pourtant prévu depuis des lustres.

D’où la demande de la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, de créer des fonds dédiés entre autres aux soins à domicile, aux soins palliatifs et à la santé mentale – trois parents particulièrement pauvres de notre système de santé et services sociaux. Et, certains ajouteraient même avec raison, plus particulièrement encore au Québec.

Or, le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, en déchire presque sa chemise. Traitant le fédéral d’«agresseur» - rien de moins -, il réclame le respect intégral de la constitution de 1867.

Si ses intentions étaient nobles, on serait sûrement tenté de l’applaudir. Et encore plus, s’il n’avait pas coulé des milliards de dollars pour hausser considérablement la rémunération des médecins sans obtenir en retour une plus grande accessibilité aux soins. Le tout, doit-on aussi le rappeler, pendant que les services directs à la population en pâtissent. Y compris chez les plus vulnérables d'entre nous.

On l’appuierait certes s’il n’avait pas non plus présidé à une méga «réorganisation» du système de santé et services sociaux. Laquelle, au lieu d’en améliorer le fonctionnement pour les citoyens, déstructure le système en accouchant d’une hypercentralisation qui l’éloigne de plus en plus des besoins réels des gens.

Or, il s’avère que face à l’ensemble de son «œuvre», la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a plutôt de bonnes chances de passer pour une héroïne auprès des Québécois...

Réunis cette semaine à Toronto, les ministres provinciaux de la Santé attendent maintenant l’intervention de Justin Trudeau lui-même.

En attendant, le ministre Barrette serait néanmoins sage d'écouter lui-même le ministre Barrette.

Voici en effet ce qu’il lançait hier à propos du fédéral :

«On nous demande de faire plus avec pour le moment moins. On se retrouve quand même dans une situation où on veut nous dire aussi quoi faire et comment le faire. Et ça, ça pose un problème.»

Vraiment?

Comme par hasard, c’est aussi exactement ce qu’il fait depuis deux ans au système de santé québécois. Et pour le pire.

Et ça, en effet, «ça pose problème»....