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Les élèves veulent de meilleurs profs

Les élèves veulent de meilleurs profs

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J’ai demandé à mes élèves ce dont les écoles du Québec avaient besoin. Leur réponse, bien que déstabilisante, ne pouvait pas être plus claire: ils veulent de meilleurs profs.

Ce sont les mots que mes jeunes de 6e année ont utilisés lors de l’une de nos discussions sur la façon dont on devrait s’y prendre pour améliorer notre système d’éducation. Évidemment, lorsque je leur ai demandé de préciser, j’ai compris que ce n’était pas que les enseignants qu’ils avaient connus étaient mauvais, mais bien que ce qu’ils attendaient d’un prof aujourd’hui allait bien au-delà du modèle qui leur a souvent été présenté.
 
Le souhait de nos élèves se résume en trois points:
  • apprendre auprès de modèles motivés et motivants;
  • avoir des profs branchés sans être pour autant des techniciens informatiques;
  •  disposer d’une plus grande place dans tout ce qui fait leurs journées à l’école.

Un garçon de ma classe a d’ailleurs amorcé la discussion en soulignant qu’il ne voulait pas voir des adultes assis à le voir travailler. Celui-ci souhaitait être accompagné par des enseignants constamment en action qui dégagent une énergie contagieuse. De plus, il lui apparaissait tout naturel que ceux-ci doivent sembler avoir un plaisir communicatif.

Je ne pouvais qu’acquiescer avec lui, car depuis longtemps, j’ai banni les bureaux de ma classe (le mien comme les leurs). Je m’efforce d’utiliser mes passions dans tout ce que j’ai à leur enseigner: la grammaire comme les mathématiques subissent un traitement  geek.
 
Parce que c’est quelque chose qu’on oublie trop souvent en éducation que cette notion de plaisir. Notre recherche de confort toute naturelle comme adulte nous amène trop souvent à créer des situations où la notion du contrôle sur les événements se déroulant dans la classe prime sur la créativité des enfants. Pourtant, les motiver est si simple. Il suffit de les impliquer dans l’élaboration de nos projets. Mieux, il est essentiel de les écouter réellement et faire de leurs idées quelque chose de concret que tout le monde est appelé à vivre dans notre petit local ou même dans l’école afin d’apprendre de nouvelles notions.
 
Bien entendu, ils veulent que leurs enseignants soient branchés et utilisent toutes les ressources que le numérique a à offrir. Toutefois, mes élèves maintiennent qu’on a bien beau avoir les meilleurs jouets technologiques, si le prof qui se tient devant eux en a nécessairement besoin pour être intéressant, ça ne vole pas bien haut. Évidemment, durant un certain temps, comme dans toutes les modes qui touchent nos jeunes, des styles vestimentaires jusqu’aux Pokémons, l’attrait de l’écran fera son effet.
 
Mais, cela ne durera qu’un temps. Dans ma classe, on utilise chaque jour tablettes et ordinateurs pour donner vie à nos idées, à notre envie de créer à travers les projets que nous réfléchissons ensemble. Mais, nous ne sommes esclaves ni de la technologie ni de celui qui écrit ces lignes. Leurs désirs me motivent à chercher avec eux le bon chemin, que ce soit en bougeant à l'extérieur ou en déboulonnant un projet dans la classe.
 
Parce que mes élèves le disent haut et fort: ils veulent plus de pouvoir, davantage de responsabilités véritablement importantes. Être uniquement en charge d’effacer un tableau ou jouer les policiers en mettant des crochets aux enfants qui parlent dans le corridor est abrutissant à leurs yeux et ils ont raison! Ils n’ont pas peur des limites que nous nous donnons comme adultes pessimistes et nous faisons l’erreur colossale de leur fournir notre mode d’emploi, pas le leur.
 
Pourtant, tous les projets les plus appréciés des élèves et les plus payants au niveau pédagogique ont toujours été ceux où j’ai accepté de leur laisser les commandes et le droit à l’erreur. Des situations d’apprentissage pensées par les enfants et pour les enfants, c’est toujours gagnant.
 
Cependant, pour devenir ces meilleurs enseignants que désirent nos enfants, il doit y avoir une condition essentielle: une ouverture à enseigner autrement dans l’école. Si on peut oublier les regards désapprobateurs de certains collègues, il est impossible pour un enseignant innovant d’être créatif si la direction n’est pas là pour mettre l’épaule à la roue.
 
C’est le cas dans mon école. Qu’en est-il de la vôtre?