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Et si Hillary avait été un homme?

Hillary Clinton
Photo AFP

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Cette certitude m'a torturé l'esprit pendant toute la campagne électorale américaine et lors des élections d'hier, et j'en suis toujours aussi convaincue. Si Hillary Clinton avait été un homme, elle aurait battu facilement Donald Trump.

Beaucoup d'experts sont venus dire depuis hier qu'il ne fallait pas limiter l'analyse du résultat des élections américaines au fait qu'elle était une femme. Mme Clinton avait le défaut de représenter l'élite, l'establishment. Les gens avaient besoin de changement, semble-t-il, comme si le règne du démocrate Barack Obama représentait un fiasco.

Mme Clinton avait aussi été éclaboussée par le scandale des courriels, pour être blanchie à deux jours du vote. Le patron du FBI, James Comey, est en effet venu jouer dans la campagne en annonçant le 28 octobre qu'il rouvrait cette enquête. Puis à 36 heures du vote, donc au tout dernier moment, il l'a de nouveau blanchie. Étrangement, celle-ci disposait d'une importante avance avant son intervention, laquelle a ensuite chuté abruptement.

Mais toutes ces raisons, j'en suis persuadée, n'auraient pas empêché un homme d'être élu. On pardonne plus facilement aux hommes leurs travers, au même titre qu'on soupçonne plus facilement les femmes.

La plus belle preuve de ça, c'est que même si les Américains savaient que Trump était un harceleur, agresseur, intimidateur, misogyne, raciste, qui n'a pas payé ses impôts pendant près de 20 ans -imaginez-, cela ne les a pas empêchés de voter aussi massivement pour lui. Personne n'aurait pu prévoir une victoire aussi éclatante, ce qui est très révélateur.

Vous imaginez si ce portrait très peu flatteur avait concerné Hillary Clinton? On l'aurait traitée de tous les noms et elle aurait fini sur le bûcher sans pitié. La bonne vieille chasse aux sorcières où les femmes sont présumées menteuses, instables, et sont soupçonnés de bien des travers, existe bel et bien toujours. Elle ne prend plus la même forme qu'au Moyen-Âge, mais persiste néanmoins dans les mentalités et à travers les tenants de l'extrême-droite dont nous subissons les propos sur diverses tribunes.

Les femmes en politique, et de nombreux autres exemples le démontrent à travers le monde, partent toujours avec plusieurs prises. Elles doivent ramer encore plus fort pour obtenir de la considération et de la crédibilité. Elles n'ont pas le droit à l'erreur. On les juge sur leur apparence, on les traite facilement d'hystériques si elles lèvent un peu trop le ton. Rappelez-vous le cas de Pauline Marois chez nous.

On parle beaucoup de «désir de changement» de la part des Américains. On nous dit qu'il ne faut pas juger, mais essayer de comprendre. Je regrette, mais à force de penser qu'il ne faut plus rien juger, on finit précisément par manquer de jugement. Il faut bien au contraire s'inquiéter de la situation, et réfléchir sur les valeurs qui guident notre supposément très évoluée société nord-américaine.

Il faut le faire pour nos enfants, nos garçons et nos filles, à qui comme parents, on répète à tort et à travers que l'intimidation, c'est mal, que l'agression sexuelle et le harcèlement, c'est mal, que le racisme et la misogynie, c'est mal.